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16 mai 2025Retour aux action 2
Toreno. Une ville en apparence calme, bien différente de Mortigan. Ses ruelles pavées vibraient du brouhaha quotidien : vendeurs ambulants criant leurs prix, enfants courant entre les étals, musiciens de rue jouant de vieilles mélodies sur des instruments usés. C’était un lieu simple, discret, parfait pour rester invisible. Mais Éric, lui, savait que même les endroits les plus tranquilles pouvaient cacher des pièges.
Il marchait d’un pas mesuré, capuche rabattue sur la tête, un cabas à moitié rempli dans la main gauche. Sarah était restée à la planque avec les deux enfants, et il s’était proposé de faire les courses pour éviter d’exposer toute la famille. Il avait déjà repéré trois points de fuite, mémorisé la position des caméras et jeté un œil discret aux visages familiers du marché. Rien d’inhabituel. Jusqu’à ce qu’il tourne dans l’allée principale.
Trois hommes, mal rasés, nerveux, visiblement en chasse. L’un d’eux coinçait une vendeuse contre son étal de fruits, tandis qu’un autre fouillait dans les poches d’un vieil homme étourdi. Le troisième, un grand type au crâne rasé, se dirigea vers Éric.
— Joli sac, mec. T’as pas l’air du coin, hein ?
Éric ne répondit pas. Il posa lentement le sac à ses pieds, redressa la tête. Ses yeux se plantèrent dans ceux du bandit.
— Passe le fric, ou t’repartiras sans dents, lança un autre derrière lui.
En une fraction de seconde, Éric pivota, esquiva le coup de poing et riposta d’un direct dans la gorge. Le premier assaillant s’effondra. Le deuxième tenta de le prendre à revers, mais Éric le faucha d’un coup de genou au ventre, puis le projeta contre un étal de légumes. Le troisième, plus rapide, brandit un couteau.
— C’est fini pour toi…
Mais avant qu’Éric ne puisse bouger, une silhouette surgit de la foule.
Un bruit sourd. Un pied vint frapper le poignet armé du bandit, faisant voler le couteau dans les airs. L’homme enchaîna avec un crochet du droit qui envoya l’agresseur au sol, inconscient.
Le calme revint presque aussitôt. Les badauds, d’abord figés, reprirent peu à peu leur activité, comme si ce genre d’incident faisait partie du décor.
L’homme tendit la main vers Éric.
— T’as de bons réflexes. Mais t’étais un peu seul, non ?
Éric la serra avec prudence. L’homme souriait légèrement, sans arrogance, juste une lueur de malice dans le regard.
— Jin. Je vis ici. Et toi, l’étranger, tu faisais des courses ou tu cherchais la bagarre ?
Éric esquissa un léger sourire, rare chez lui.
— Éric. Et crois-moi, je préférais les tomates.
Les deux hommes reprirent leur marche dans l’allée du marché, contournant les étals renversés, les marchands qui grommelaient en ramassant leurs produits. Jin s’empara de deux mangues bien mûres et les tendit au vendeur avec un clin d’œil.
— Tu sais te battre, Éric. C’est pas courant, ici. Les gars comme toi viennent pas souvent à Toreno.
Éric attrapa quelques tomates, choisissant chaque pièce avec soin.
— J’essaie de me faire discret, répondit-il. Mais les ennuis ont souvent l’habitude de me suivre.
Jin ricana doucement.
— J’ai remarqué. T’as une gueule de gars qui fuit quelque chose… ou quelqu’un.
Éric se contenta de hausser les épaules. Jin respecta son silence. Il n’insista pas, comme s’il avait compris qu’il y avait des zones qu’il valait mieux ne pas explorer tout de suite.
Ils marchèrent ensemble, l’un achetant du pain, l’autre du poisson séché. Jin parlait peu, mais quand il ouvrait la bouche, c’était souvent pour balancer une remarque fine, un commentaire plein de bon sens ou d’ironie douce. Éric, malgré lui, se sentait en confiance.
Puis son téléphone vibra dans sa poche.
Il le sortit aussitôt. Sarah.
Il décrocha sans hésiter.
— Allô ?
Sa voix se fit plus basse, plus sérieuse. Jin détourna légèrement les yeux, respectueux de l’échange.
— Oui, je suis au marché, tout va bien… Non, rien de grave, juste un petit imprévu. Tout est sous contrôle. Les enfants vont bien ?… Parfait. Je rentre dans quinze minutes.
Il raccrocha.
— Ta femme ? demanda Jin, l’air paisible, mais curieux.
Éric le regarda un instant, puis hocha la tête.
— Quelque chose comme ça.
— Elle a de la chance. Un gars comme toi, c’est rare. Et je parie que t’es pas du genre à tout raconter.
— Et toi ? T’es qui, exactement ?
Jin haussa les épaules, un sourire en coin.
— Juste un gars du coin, qui sait observer, écouter… et cogner quand il faut.
Éric ne répondit pas tout de suite. Il venait de rencontrer un homme différent. Quelqu’un de calme, précis, pas impressionné par la violence… Un allié potentiel, ou peut-être un joker imprévu dans cette nouvelle ville.
Arrivés à un large carrefour bordé de boutiques colorées et de cafés à moitié vides, les deux hommes ralentirent le pas.
— C’est là que je bifurque, dit Jin en pointant une ruelle à droite. Mon atelier est pas loin. Je bricole un peu… électronique, mécanique, parfois informatique. J’aime comprendre comment les choses fonctionnent. Et comment les faire parler.
Éric s’arrêta à son tour. Il fixa Jin avec une curiosité retenue.
— Tu vis ici depuis longtemps ?
— Assez pour savoir qu’on peut pas rester tranquille bien longtemps dans cette ville, répondit Jin. Si jamais t’as besoin de pièces rares, d’infos ou d’un coup de main discret… tu sais où me trouver.
Il sortit un petit carton, griffonné à la main : une adresse, un nom, rien de plus.
— T’en fais pas, ajouta-t-il avec un clin d’œil, je suis pas du genre à coller les gens.
Éric prit la carte, la glissa dans sa poche. Puis il lui tendit la main.
— Merci pour tout à l’heure.
— C’est moi qui devrais te remercier. Ces types commencent à croire qu’ils peuvent tout se permettre. C’était bon de leur rappeler qu’on a encore des principes, ici.
Ils se serrèrent la main, un échange bref mais sincère.
Jin s’éloigna dans sa ruelle, sa silhouette se fondant peu à peu dans la foule. Éric resta quelques secondes à le regarder partir, puis reprit sa route, cabas à la main, direction la planque.
Toreno venait à peine de commencer à livrer ses secrets.
Éric s’engagea dans une ruelle plus calme, son sac de courses bien serré contre lui. Le bruit de la ville semblait se dissiper peu à peu, remplacé par un silence relatif, typique des quartiers résidentiels. Le bâtiment où ils s’étaient réfugiés était un vieux lotissement, discret, qui n'attirait pas l’attention.
Il arriva devant la porte d’entrée, jeta un dernier coup d’œil autour de lui, puis entra sans bruit.
À l’intérieur, Sarah était assise sur le canapé, un des enfants blotti contre elle, l’autre dessinant à côté sur la table. Ils avaient l’air en sécurité, tranquilles, mais les yeux de Sarah le scrutèrent dès qu’il entra.
— Ça a été ? demanda-t-elle, avec cette inquiétude constante qu’Éric connaissait bien.
Il déposa les courses sur la table.
— Oui, tout est sous contrôle, répondit-il d’un ton calme. Il a fallu gérer un petit accrochage au marché, mais rien de grave.
Il se détourna un instant pour poser les légumes dans le réfrigérateur, mais sentit les yeux de Sarah sur lui.
— Un accrochage ? C’était quoi, exactement ?
Il se retourna lentement, un léger sourire sur les lèvres.
— Juste quelques types qui pensaient que c’était leur marché. Ça a été réglé vite fait.
Sarah haussait un sourcil. Elle savait qu’Éric n’était pas du genre à se laisser provoquer, mais l’ombre d’un doute traversa son regard.
— Et toi, t’as pas pris de risques ?
Éric la fixa un moment, puis haussant les épaules.
— J’ai eu de l’aide.
— De l’aide ? Tu veux dire… ?
Éric hésita, avant de finalement secouer la tête.
— Un gars de la ville. Un type du coin, rien de plus.
Il fit une pause, et Sarah comprit qu’il n’en dirait pas plus. Elle n’insista pas, mais elle savait qu’il y avait quelque chose dans son regard. Quelque chose qu’il cachait. Mais pour l’instant, il semblait être en contrôle, et c’était tout ce qui comptait.
Les enfants, eux, avaient continué de dessiner et de jouer, ignorant les conversations des adultes. Un instant de calme, un moment volé à la guerre qui se préparait.
— Ça fait du bien, hein ? souffla Sarah, les yeux rivés sur Éric.
— Ouais, ça fait du bien. Mais on doit rester prêts. On sait jamais ce qui peut arriver dans cette ville.
Elle acquiesça lentement, le regard perdu dans le vide.
— Toreno est plus calme que Mortigan, mais les choses peuvent changer vite.
Éric s’approcha de Sarah et posa une main sur son épaule, comme pour lui donner un peu de réconfort. Mais dans son esprit, une question tournait déjà en boucle : qui était ce Jin, et pourquoi avait-il agi avec tant de calme ?
Éric s’assit près de Sarah, les mains posées sur ses genoux. Le bruit de la ville se faisait plus lointain, comme une vague que l’on entend au loin mais qui ne parvient jamais à atteindre l’intérieur du foyer. Les enfants, absorbés par leurs dessins, apportaient une touche de normalité, presque magique, dans un monde où la paix semblait toujours précaire.
Sarah tourna la tête vers lui, une légère inquiétude dans les yeux, mais aussi un sourire doux, celui qu’elle lui adressait quand elle savait qu’il n’avait pas encore dit tout ce qu’il pensait.
— Qu’est-ce qui te tracasse, Éric ? murmura-t-elle, sa voix calme et apaisante.
Il garda le regard fixé sur la table pendant un moment, comme s’il pesait ses mots. Puis il tourna lentement son visage vers elle.
— Je sais pas si tu te rends compte à quel point tout ça est fragile, Sarah. On est ici, à Toreno, à essayer de trouver un semblant de normalité. Et un type comme Jin… qui surgit de nulle part, pour m'aider, pour nous aider… Ça me trouble.
Elle le regarda attentivement, sa main glissant lentement sur son bras.
— Jin… il t’a aidé. Il t’a rien demandé en retour. C’est pas ça, qui te trouble ?
Éric soupira, fermant les yeux un instant.
— C’est pas juste ça. C’est qu’il m’a vu, il a vu ce qu’on est. Et il a pas eu peur. Pas de cette façon… Pas comme ceux qui savent que notre passé les rattrapera toujours. Lui, il m’a regardé comme si c’était naturel, comme si tout ce qu’on faisait avait du sens.
Sarah posa sa main sur celle d’Éric, la serrant doucement.
— Tu sais, on fait ce qu’on peut. C’est tout. Et si ce gars est un allié, tant mieux. Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est pas lui. C’est nous. Nous qui avançons sans vraiment savoir où on va, sans savoir ce qui va se passer quand on va devoir bouger à nouveau.
Éric la regarda profondément, un léger sourire aux lèvres.
— Tu sais bien que je m’en fais pour tout, mais toi surtout. T’es celle qui me garde calme, Sarah. Pas l’inverse.
Elle lui rendit son sourire, mais il y avait une douceur dans ses yeux, comme si elle savait que lui aussi portait une lourde charge.
— C’est normal, Éric. On a traversé des épreuves ensemble, et on en traversera encore. Mais ce qu’on a, ce qu’on est… ça a de la valeur. Et quoi qu’il arrive, tant qu’on est ensemble, rien ni personne ne pourra nous briser.
Il la prit dans ses bras, la serrant contre lui. Ils restèrent quelques secondes dans cette étreinte, comme pour se rappeler que malgré tout, il y avait encore des instants où tout semblait aller, où les choses étaient simples, où l’amour l’emportait sur la peur.
Mais Éric savait que ce calme n'était que temporaire. Dans quelques jours, peut-être même quelques heures, ils devraient à nouveau repartir, affronter un autre danger, et cette vie tranquille serait un souvenir fugace. Pourtant, dans l’instant, il laissa tomber ses inquiétudes. Parce que, pour Sarah et les enfants, il ferait tout. Et peu importe combien le monde pourrait devenir instable, ils se tiendraient ensemble.
Éric se détacha lentement de Sarah, mais il ne la quitta pas du regard. Il savait qu’ils ne pouvaient pas fuir indéfiniment la réalité de ce qu’ils avaient traversé. Mortigan, Siriano, les missions secrètes… tout ça faisait partie de leur quotidien désormais. Et malgré la distance qu’ils avaient mise entre eux et cette ville, le poids de ces événements restait lourd sur leurs épaules.
— Tu te souviens de la dernière mission à Mortigan ? demanda Éric d’un ton plus grave, sa voix brisée par l’intensité du souvenir.
Sarah ferma les yeux un instant, puis hocha lentement la tête.
— Comment oublier… Tout était trop tendu. Siriano était déjà sur les nerfs, et toi… tu étais au bord du burn-out. On avait l’impression que tout allait exploser à chaque minute. Mais toi, tu as pris ce risque… d’intervenir avant qu’ils ne nous aient tous massacrés.
Éric sourit tristement. Oui, il se souvenait bien de ce moment. Ce moment où l’adrénaline avait pris le dessus, où la survie l’avait poussé à faire des choix qu’il n’aurait peut-être pas faits autrement. Mais à cet instant, c’était soit ça, soit tout était fini.
— Je n’ai jamais vraiment eu le choix, Sarah. Siriano m’avait donné l’ordre, et tu sais ce que c’est… Quand il donne un ordre, c’est comme si tout le reste n’existait plus. Mais je me souviens aussi de cette dernière confrontation. On aurait pu y rester, tu sais ?
Elle posa doucement sa main sur la sienne, un geste tendre et réconfortant.
— Mais on est là, Éric. On a survécu à Mortigan, et tout ça… ce n’était pas pour rien. Chaque épreuve, chaque mission nous a rapprochés d’un objectif plus grand. La clé USB, le gouvernement… tout ça, ça a du sens.
Éric baissa les yeux, repensant à la clé USB et à tout ce qu’elle représentait. La vérité qu’elle renfermait. Le prix à payer pour la détenir.
— Tu crois vraiment qu’on peut continuer comme ça ? Que cette clé… ce dossier qu’on a entre les mains, ne va pas finir par nous écraser ? On fait tout ça pour quoi, Sarah ? Pour qui ?
Elle le regarda intensément, comme pour percer ses pensées.
— On le fait pour nous, Éric. Pour les enfants. Pour tout ce qu'on a perdu, et tout ce qu'on peut encore gagner. Et peut-être que, si on réussit à rendre ce dossier public, ça changera quelque chose. C’est notre combat aussi, tu le sais. Pas juste une mission pour un gouvernement ou une organisation secrète.
Il se leva doucement, se dirigeant vers la fenêtre. Il observa la ville, les ruelles qu’il venait de traverser, maintenant si calmes.
— On a échappé à la guerre civile, Sarah. Mais à Mortigan… c'était un autre genre de guerre. Une guerre cachée. Tout ça… toute cette mission. Ça m’inquiète. Et je sais qu’on n’en a pas fini.
Elle le rejoignit près de la fenêtre, s’appuyant contre le mur.
— Ce que je sais, c’est que tant qu’on est ensemble, Éric, on ne lâchera pas. Mortigan, Siriano, les autres… ça fait partie du passé maintenant. Mais on porte cette mission. Et tant que cette clé est entre nos mains, tant qu’on a la possibilité de faire éclater la vérité, on doit avancer. Même si ça veut dire que tout peut s’effondrer autour de nous.
Il la regarda alors, ses yeux pleins d’une certaine sérénité qu’il n’avait pas ressentie depuis longtemps.
— T’as raison. Ce dossier… c’est pas juste un symbole. C’est notre chance de changer les choses. Mais je me demande, parfois, si on ne va pas finir par être engloutis par tout ça.
Sarah lui sourit doucement, posant une main sur son bras.
— Peut-être. Mais tant qu’on a notre liberté, tant qu’on se tient à l’écart des pièges, tant qu’on est ensemble… rien ni personne ne pourra nous faire tomber.
Ils restèrent là quelques instants, dans ce silence lourd de significations. Le bruit de la ville, maintenant éloigné, semblait loin d’eux, mais les mots qu’ils venaient de partager flottèrent entre eux, comme une promesse silencieuse.
Éric tourna son regard vers Sarah, une expression plus calme sur le visage. Il sentit qu'il devait apaiser ses inquiétudes, lui rappeler qu'il y avait des aspects sous contrôle, malgré la tension qui montait.
— Sarah, il n’y a pas de raison de paniquer, la clé est en sécurité. Elle est chez le Président. Il n’y a pas de problème à ce niveau-là, tout est sous contrôle, tu sais bien.
Sarah le fixa quelques secondes, son regard incertain, comme si elle cherchait une confirmation plus profonde que ses mots. Puis elle soupira légèrement, se détendant un peu.
— Je sais, mais… Tu sais, je m’inquiète toujours. On ne peut pas simplement se dire que tout va bien, qu’on a tout prévu. Les choses peuvent changer très vite, surtout avec les informations que cette clé contient. Si ça tombe entre de mauvaises mains… on a aucune idée des conséquences.
Éric sourit doucement, un peu amusé par l'inquiétude persistante de Sarah.
— Sarah, tu crois vraiment que je te laisserais paniquer ? Le Président sait exactement ce qu'il fait. Et si jamais il y avait un problème, il agirait, tu le sais. Ils ont l’armée et les ressources pour gérer ça. C’est pas la première fois qu’on est face à des situations de ce genre. Le Président a des alliés puissants.
Il la regarda droit dans les yeux, comme pour lui transmettre sa certitude.
— La clé est là où elle doit être. Le Président la garde en sécurité, et nous, on n’a plus qu’à se concentrer sur ce qu’on doit faire. Ne t’inquiète pas de ça.
Sarah hocha la tête lentement, mais une petite lueur de doute restait dans ses yeux. Elle prit une profonde inspiration, comme pour se convaincre que tout irait bien.
— Tu as raison. On a déjà traversé pire. Mais il me semble que tout ce qu'on a vécu à Mortigan m’a laissé une impression de… fragilité. Rien n’est jamais acquis. Ce n’est pas la première fois qu’on se retrouve dans une situation où tout peut basculer en un instant.
Éric la regarda attentivement, un regard franc, plein de compréhension.
— Tu penses qu’on est prêts à tout affronter ? Qu’on pourra se tenir aux côtés du Président si jamais ça dégénère ?
Sarah sourit, bien que ses traits restaient marqués par la fatigue des dernières semaines. Elle se leva, se dirigeant vers la fenêtre, son regard se perdant un instant dans l’horizon. Puis elle répondit avec un calme résolu :
— On l’a toujours été. On a surmonté bien des épreuves, et cette fois encore, on s'en sortira. On fait ce qu’on doit, pas pour la gloire, mais pour ce qui compte vraiment : pour nous, pour nos enfants. Et pour la vérité.
Éric se leva à son tour et s'approcha d'elle, posant une main sur son épaule.
— Ensemble, on peut tout affronter, Sarah. On garde la tête froide. Mais quoi qu'il arrive, on ne perdra jamais ce qui fait de nous des humains. Pas même dans cette guerre.
Elle tourna la tête pour lui sourire, reconnaissant ce soutien qui l’aidait à rester forte, même dans les moments les plus sombres.
— Et on ne perdra pas la clé. C’est une promesse.
Éric hocha la tête, les yeux emplis de détermination. Oui, la clé était en sécurité, mais le vrai combat était ailleurs, dans ce qui restait à venir. Et ensemble, ils étaient prêts à tout.
Le vent soufflait doucement dans les arbres du jardin public de Mortigan, emportant avec lui des feuilles mortes qui tourbillonnaient autour des trois silhouettes qui se tenaient là, pensives. Le parc semblait figé dans le temps, comme une métaphore de la ville elle-même, toujours marquée par les cicatrices d’un passé récent. Mais là, au milieu de ce calme apparent, chacun semblait perdu dans ses pensées, se remémorant des souvenirs qui ne s’effaçaient pas.
Siriano, les mains dans les poches de son manteau, observait le paysage avec une intensité calme. Il savait que les choses avaient changé, que l’équipe s’était fragmentée, mais qu’ils allaient devoir se serrer les coudes à nouveau. Jennifer, à ses côtés, regardait les enfants qui jouaient non loin, une lueur de nostalgie dans ses yeux, et Shistelle, la plus calme, se tenait en retrait, les bras croisés, perdue dans ses propres réflexions.
Une brise fraiche secoua le jardin, apportant une légère fraîcheur dans l’air, mais personne ne réagit. C’était comme si le temps s’était arrêté pour leur permettre de digérer tout ce qu'ils avaient vécu.
Siriano brisa le silence, sa voix grave et réfléchie.
— On aura toujours besoin d'eux.
La phrase résonna dans l’air, comme une vérité inébranlable. Ses yeux se tournèrent vers Jennifer et Shistelle, comme pour chercher une confirmation, une forme d'accord.
Jennifer hocha la tête lentement. Elle savait que Siriano avait raison. Éric et Sarah avaient toujours été des atouts précieux, non seulement pour leur expertise, mais aussi pour leur courage et leur loyauté inébranlables. Ils étaient des piliers dans leur monde chaotique.
— Éric et Sarah, oui... sans eux, on n’aurait jamais survécu à Mortigan. Même maintenant, même à distance, leur présence se fait sentir. Mais je me demande... comment vont-ils ? Cette mission, cette clé… tout semble tellement plus lourd qu’avant.
Shistelle, qui avait jusqu’ici observé le paysage d’un regard impassible, intervint finalement, sa voix douce mais ferme.
— Ils savent ce qu’ils font. Ils ont survécu à pire. Mais... je pense qu’on doit se préparer à ce que tout bascule, à ce qu’ils reviennent, avec plus de complications que jamais.
Siriano soupira en pensant à tout ce qu'ils avaient traversé, à chaque mission, chaque trahison, chaque alliance fragile. Mais malgré tout, ils s’étaient toujours en sortis, ensemble.
— Je ne doute pas qu'ils reviendront, ajouta-t-il, ses yeux fixés sur l’horizon. Mais cette fois, ce ne sera pas comme avant. Il faudra s'assurer qu'on soit tous prêts à ce qui va venir.
Jennifer tourna son regard vers Siriano, un sourire en coin, mais une certaine inquiétude se lisait aussi dans ses yeux.
— Et toi, Siriano ? Tu as toujours ce plan… Ce plan qui pourrait changer la donne, non ?
Siriano esquissa un léger sourire, mais il ne répondit pas immédiatement. Il se contenta de regarder le ciel, son esprit naviguant déjà vers les prochains défis.
— On verra. Mais une chose est certaine : Éric, Sarah… on aura toujours besoin d'eux. Et cette mission… c’est loin d’être terminé.
Ils se regardèrent tous les trois, dans un silence lourd de sens. Leurs regards se croisaient, et malgré la distance qui séparait maintenant Éric et Sarah d’eux, une certitude persistait : ils avaient encore un rôle à jouer. La guerre n’était pas finie, et leur mission, bien que marquée par l’incertitude, les rassemblait tous.
Le jardin public de Toreno baignait dans une lumière dorée de fin d’après-midi. Des familles se promenaient, des enfants couraient entre les bancs en riant, et les fleurs parfaitement entretenues embaumaient l’air d’un parfum apaisant. Au fond du jardin, à l’ombre d’un grand arbre, Éric et Jin étaient assis sur un banc en pierre, deux bouteilles d’eau à la main, le souffle encore un peu court, mais l’esprit plus léger.
Éric jeta un œil autour de lui, appréciant cette paix rare dans leur quotidien souvent agité.
— Toreno a quelque chose de... différent, dit-il en regardant les passants. Moins tendue que Mortigan. C’est presque étrange.
Jin hocha la tête, le regard posé sur un groupe de musiciens de rue plus loin.
— C’est parce que Toreno essaie d’oublier ce qui se passe ailleurs, répondit-il. Mais tôt ou tard, la réalité frappe toujours à la porte. Il tourna son regard vers Éric. Comme toi aujourd’hui, non ? T’es pas du coin, je me trompe ?
Éric esquissa un sourire discret.
— T’as l’œil. Je viens de Mortigan. Ancien agent. J’ai essayé de raccrocher... mais les ennuis, eux, me suivent toujours.
Jin sourit à son tour, presque tristement.
— Moi aussi. J’étais dans la cybersécurité. J’ai bossé pour quelques boîtes importantes. Des réseaux bancaires, des systèmes gouvernementaux... Puis j’ai vu des choses que j’aurais pas dû voir. Je me suis mis en retrait, j’ai disparu. Toreno est mon refuge depuis deux ans.
Un silence s’installa, respectueux. Éric observait Jin, mesurant les poids invisibles que chacun portait.
— T’as l’air d’un gars bien, Jin. T’aurais pu ignorer ce qui se passait au marché.
— Ouais, mais j’ai vu ton regard. Tu te battais pas que pour toi. T’as une famille ?
— Deux enfants… adoptés. Avec Sarah, ma compagne. On a vécu trop de choses pour rester passifs. Et toi ? T’as quelqu’un ?
Jin secoua la tête.
— Non. J’ai choisi la solitude. Par protection. Mais aujourd’hui… je sais pas. Te croiser, c’était pas un hasard à mon avis.
Éric sourit doucement, son regard fixé sur le ciel en teinte orangée.
— Les hasards, dans notre monde, n’existent pas. Écoute Jin… j’ai le sentiment qu’on va avoir besoin de types comme toi, très bientôt.
— Si t’as besoin d’un cerveau… et de deux poings en plus, je suis là, répondit Jin en levant sa bouteille d’eau. Et puis… j’ai pas frappé quelqu’un depuis un moment. Ça m’a manqué.
Ils éclatèrent de rire, pour la première fois depuis longtemps. C’était le début d’une alliance inattendue, née dans un marché en plein tumulte, mais cimentée dans un jardin paisible.
Et au fond, chacun savait que cette paix n’allait pas durer.
La cuisine était baignée par la lumière tiède du matin, et une douce odeur de pain grillé et de fruits frais flottait dans l’air. Sarah, en tablier, s’affairait près du comptoir pendant que les deux enfants, Lyam et Nina, étaient installés à table, un cahier ouvert entre eux.
— Alors, c’est noté ? demanda Sarah en se tournant vers eux avec un sourire. Aujourd’hui, on prépare le pique-nique et demain matin, direction le jardin public !
Lyam, les yeux brillants d’excitation, leva la main comme à l’école.
— Moi je veux emmener le ballon rouge ! Et on pourrait dessiner des fleurs aussi, hein Nina ?
— Oui ! Et on pourra goûter les jus exotiques qu’ils vendent près de la grande fontaine, ajouta Nina en hochant la tête.
Sarah rit doucement, les regardant avec tendresse.
— Vous avez vraiment retenu tous les détails de la brochure touristique, vous deux… On dirait des petits agents en mission reconnaissance.
Lyam se redressa fièrement.
— On est les petits agents de la jungle ! C’est comme ça que papa nous appelle.
Sarah s’immobilisa un instant, touchée. Un léger silence s’installa, mais elle le brisa en reprenant d’une voix douce :
— Oui… Il est fier de vous. Et demain, on va se faire une belle journée. Pas de stress, pas de courses, pas de plan secret. Juste nous, la nature et… des glaces, peut-être ?
— Avec des pépites de chocolat ! s’écria Nina.
Sarah hocha la tête, tout en rangeant les assiettes dans l’évier.
— Marché conclu. Mais il faudra bien dormir ce soir, compris ? Et ranger votre chambre avant de partir.
Les deux enfants se regardèrent, puis poussèrent un soupir exagéré en chœur, ce qui fit éclater de rire leur mère.
À ce moment-là, une lumière douce traversa la fenêtre, réchauffant la pièce. C’était une scène de vie simple, presque banale, mais d’une valeur inestimable pour Sarah. Elle savait que ces instants paisibles étaient rares, fragiles. Et que tôt ou tard, leur monde les rappellerait à l’ordre.
Mais demain… demain serait un jour pour respirer.
La porte claqua doucement derrière lui. Éric retira sa veste et inspira l’odeur chaleureuse du foyer : pain grillé, parfum fruité, et une pointe de feutres de coloriage.
— On dirait que la créativité est en pleine effervescence, dit-il en entrant dans la cuisine.
Sarah se retourna, un sourire au coin des lèvres.
— Tu tombes bien, agent de terrain. On planifie une opération spéciale : pique-nique au jardin public de Toreno. Départ prévu demain matin. Objectif : détente maximale.
Lyam accourut en levant le poing comme un militaire.
— On est prêts, capitaine !
Éric ébouriffa ses cheveux en riant, puis s’assit près de Nina, qui dessinait un grand arbre rempli d’oiseaux.
— C’est une belle mission. Et j’ai une idée, dit-il en sortant son téléphone. Je pense qu’on pourrait inviter Jin.
Sarah, qui découpait quelques fruits, acquiesça sans lever les yeux.
— Bonne idée. Il m’a paru bien, ton nouveau camarade du marché. Il mérite de respirer un peu, lui aussi.
— C’est ce que je me suis dit, répondit Éric en tapant rapidement un message.
Demain, pique-nique familial au jardin public. Bonne ambiance garantie. Tu es le bienvenu. — Éric
Une fois le message envoyé, il rangea le téléphone et attrapa un morceau de mangue dans le plat.
— Et maintenant ? On établit les rôles ? Nina chef du goûter, Lyam responsable des jeux, maman en chef logistique, et moi… je porte les sacs.
— Tu fais aussi la musique, ajouta Sarah en le pointant avec son couteau, taquin.
— Deal.
Ils éclatèrent tous de rire, un rire vrai, léger. Ce genre de moment que la clandestinité, les missions et les souvenirs sombres ne parvenaient pas à ternir.
Le soleil matinal filtrait à travers les immeubles de Toreno, dessinant des lignes dorées sur les trottoirs. Jin avançait d’un pas tranquille, mains dans les poches, profitant du calme de la ville. Un calme rare, mais précieux.
Son téléphone vibra dans sa poche. Il s'arrêta sous un arbre, sortit l’appareil et lut le message d’Éric :
Demain, pique-nique familial au jardin public. Bonne ambiance garantie. Tu es le bienvenu. — Éric
Un petit sourire naquit sur ses lèvres. Il répondit aussitôt :
Merci pour l’invitation. Comptez sur moi. Hâte de découvrir le “fameux” jardin public de Toreno. À demain.
Il glissa son téléphone dans sa poche, leva les yeux… puis s’arrêta net. Un peu plus loin, une jeune femme aux cheveux tressés et à la robe légère reculait avec panique. Deux hommes encapuchonnés l’encerclaient, l’un pointant un couteau vers son sac.
— Donne ton sac et t’auras pas d’ennui, grogna l’un d’eux.
Jin n’hésita pas. En trois enjambées, il fut sur eux.
— Messieurs, dit-il d’un ton calme, on n’attaque pas les dames à Toreno. Mauvaise idée.
Le plus nerveux se retourna vers lui, prêt à frapper. Jin esquiva d’un pas latéral, attrapa son bras, le tordit brutalement et l’envoya au sol. Le second bandit tenta de fuir, mais Jin l’attrapa par le col et le balança contre un banc.
Quelques passants s’arrêtèrent, impressionnés. Jin, essoufflé, se tourna vers la jeune femme qui tremblait légèrement.
— Vous allez bien ?
Elle hocha la tête, encore surprise, puis reprit ses esprits.
— Oui… oui. Merci. Vous leur avez fait ce qu’ils méritaient.
Jin tendit la main avec un petit sourire.
— Jin. Et vous ?
— Alice. Enchantée… et reconnaissante, vraiment.
— Je crois que je vous dois un café pour compenser ce petit choc.
Elle rit doucement.
— C’est plutôt moi qui vous dois un café.
Ils échangèrent un regard. Simple, sincère. Puis Jin ajouta en reprenant la marche :
— Je vais à un pique-nique demain. Si vous êtes dans le coin, passez dire bonjour. J’ai des amis… formidables.
Alice sourit, visiblement intriguée.
— Je verrai. Mais je retiens le nom. Jin.
Il hocha la tête et s’éloigna tranquillement, les mains toujours dans les poches, comme si rien ne s’était passé.
La lumière tamisée de la veille éclairait le petit appartement de Jin, qui avait soigneusement rangé ses affaires. Un air calme régnait dans la pièce, presque en contraste avec l'agitation de la journée. Il se tenait près de la fenêtre, observant les rues de Toreno, pensif. Demain, il allait rencontrer de nouvelles personnes, et une part de lui ressentait la nécessité de se faire accepter.
Soudain, on frappa à la porte. Il s’étonna un instant, puis se dirigea vers l’entrée. Lorsqu’il ouvrit, il aperçut Alice, toujours un peu éméchée par l’adrénaline du matin, mais décidée.
— Alice ? lui dit-il avec un sourire. Tout va bien ?
Elle hocha la tête, mais son visage trahissait une inquiétude.
— Oui… C’est juste… Je ne sais pas. J’ai peur de vivre seule chez moi ce soir, dit-elle d’une voix hésitante.
Jin la regarda, surpris par cette confession, mais sans jugement.
— Tu veux dire, après ce qui s’est passé ?
— Exactement, répondit-elle. Je… Je suis pas du genre à me laisser impressionner, mais… la peur est là. Je n’arrive pas à m’en débarrasser.
Un silence lourd s’installa. Puis Jin brisa la glace en hochant la tête.
— Tu peux rester ici, si tu veux. C’est pas grand-chose, mais ça te permettra de te sentir plus en sécurité. Je n’aime pas l’idée que quelqu’un passe une nuit angoissée, surtout après ce qu’on a vécu ce matin.
Alice le regarda, d’abord surprise, puis reconnaissante. Elle hésita une seconde, puis accepta l’offre.
— Merci, vraiment. C’est… gentil.
Elle entra, ôtant ses chaussures, et regarda autour d’elle, constatant la simplicité du lieu. Jin se dirigea vers la cuisine.
— Je vais préparer un café, histoire de détendre l’atmosphère. On peut aussi discuter de demain, si tu veux. Le pique-nique et tout ça.
— Avec plaisir, répondit Alice, retrouvant son sourire. Ça m’aidera sûrement à me changer les idées.
Ils se dirigèrent vers le canapé, deux personnes qui, sous le poids des événements, avaient trouvé une forme de réconfort dans la compagnie de l’autre.
Jin passa les minutes suivantes à préparer deux tasses de café, tandis qu’Alice s'installa confortablement. L’atmosphère s’alourdit un peu moins à chaque mot échangé. Demain serait un jour différent.
Le jardin public de Toreno était un véritable havre de paix. Les arbres donnaient une ombre agréable, et des rires s’élevaient des tables de pique-nique qui parsemaient l’espace. Éric et Sarah étaient déjà installés, les enfants courant joyeusement autour d’eux. Lyam, avec une balle de football, et Nina, toute occupée à dessiner de petites fleurs sur un carnet.
— C’est parfait, dit Sarah en posant un regard satisfait sur le paysage. Pas un nuage à l’horizon.
Éric sourit, allongeant ses jambes sur la couverture.
— Ça fait du bien de se poser un peu, hein ? Après tout ce stress.
Quelques instants passèrent, et ils aperçurent au loin Jin et Alice marchant ensemble vers le groupe. Alice semblait plus détendue que la veille, son sourire sincère. Jin, quant à lui, dégageait toujours cette aura calme et assurée, mais il ne pouvait cacher une certaine complicité naissante avec la jeune femme.
Éric se leva en les voyant approcher et tendit la main à Jin.
— Eh bien, regardez qui voilà ! Je vois que vous avez trouvé votre chemin, dit-il en souriant.
Jin lui serra la main et répondit avec un sourire léger.
— Désolé pour le retard, mais on a dû faire un petit détour.
Alice s’avança à son tour, un peu plus timide que Jin, mais se sentant déjà à l’aise parmi ce groupe. Sarah se leva et lui tendit la main avec un sourire chaleureux.
— Salut Alice, c’est super que tu sois là ! Bienvenue dans notre petit coin de Toreno.
Alice sourit et accepta la poignée de main.
— Merci beaucoup, j'espère ne pas déranger.
— Non, non, tu ne déranges pas du tout, répondit Sarah. Tout le monde ici est bienvenu.
Lyam et Nina, curieux de voir les nouveaux arrivants, se rapprochèrent rapidement. Lyam donna une tape amicale sur l’épaule de Jin.
— Salut, c’est toi qui as mis les bandits K.O., non ? T’as vraiment assuré !
Jin rit en hochant la tête.
— Ouais, ça m’a fait un peu de bien, à vrai dire. Mais j’espère ne pas devoir refaire ça tous les jours.
Alice, plus calme, s’adressa à Nina.
— Tu as un joli dessin là. C’est quoi, un arbre ?
Nina leva les yeux vers Alice avec un grand sourire.
— Oui ! Un arbre avec des oiseaux. C’est pour l’anniversaire de ma maman.
Alice sourit, émue par la gentillesse de la fillette.
— C’est magnifique. Tu veux que je te montre comment dessiner un oiseau aussi ?
Nina s'illumina.
— Oui, je veux bien !
Pendant ce temps, Éric se tourna vers Jin.
— Bon, on va manger ou on continue à discuter de super-héros ?
Jin éclata de rire.
— Allez, on mange. J’ai bien besoin de recharger mes batteries après tout ce matin.
La fête commença dans une ambiance détendue. Les enfants jouaient ensemble, les adultes discutaient et riaient. Le soleil baignait le jardin d'une lumière chaleureuse. Ce moment d’unité et de détente était exactement ce dont ils avaient besoin, loin des tensions des missions et des mystères de leur passé.
Le pique-nique battait son plein, mais Éric et Jin s’étaient éloignés des autres, s’installant un peu à l’écart sous l'ombre d'un arbre. Le soleil était maintenant plus bas dans le ciel, et l’air était agréable. Alice, en compagnie des enfants, animait la conversation autour du reste du groupe, laissant les deux hommes un moment de tranquillité.
Éric s’allongea sur l'herbe, les bras derrière la tête, tandis que Jin s'assit à côté de lui, les mains jointes devant lui.
— Ça fait du bien de sortir un peu du chaos, hein ? lança Éric, brisant le silence.
Jin hocha lentement la tête.
— Oui, c'est une pause bienvenue. Toreno est calme, mais c’est justement ce qui me plaît. Le bruit de la ville… parfois, ça devient étouffant.
Éric rit doucement.
— Je te comprends. Mais tu sais, ce genre de moments, ça me rappelle pourquoi je fais tout ça. Pour qu'on puisse avoir des instants comme celui-ci. La famille, les amis, tout ça.
Jin le regarda attentivement, semblant apprécier cette réflexion.
— Tu es un homme de principes, Éric. Je le vois. Mais… tu sais, on a tous notre propre chemin à suivre. Parfois, on doit faire des choix difficiles.
Éric tourna la tête vers lui, intrigué.
— C’est-à-dire ?
Jin baissa les yeux, semblant réfléchir à ses mots.
— Parfois, je me demande si ma place est vraiment ici, parmi tous ces gens. Je n'ai pas la même vie que toi ou Sarah. Tu as une famille, un but. Moi, je me trouve encore à chercher ma voie. Mais ça m’intrigue, cette façon que tu as d’équilibrer tout ça.
Éric sourit, une lueur de compréhension dans le regard.
— La vie n’est pas facile, tu sais. On cherche tous notre place, à sa manière. Ce que je fais, je le fais parce qu’on a tous quelque chose de précieux à protéger. Peu importe d'où on vient.
Jin acquiesça lentement, un sourire discret se dessinant sur son visage.
— Oui, je vois ce que tu veux dire. Et… j’ai un peu plus d’espoir pour demain, je crois.
Ils se levèrent tous les deux, secouant l'herbe qui s'était collée à leurs vêtements.
— Allez, il est temps de retourner rejoindre les autres, dit Éric. Ils commencent à s’inquiéter si on ne revient pas tout de suite.
Ils se dirigèrent vers le groupe, où Sarah et Alice étaient toujours occupées à discuter avec les enfants. Lyam et Nina avaient commencé à courir autour d’un arbre, riant à pleine gorge. Alice semblait beaucoup plus détendue qu’auparavant, un léger sourire sur les lèvres. Elle observa Jin et Éric arriver ensemble, et son regard croisa celui de Jin avec une douceur qui ne passa pas inaperçue.
Sarah se leva avec un sourire.
— Eh bien, vous êtes de retour ! Vous avez trouvé de quoi discuter pendant tout ce temps ?
Éric s’installa sur la couverture.
— Ouais, on papotait de tout et de rien. Ça fait du bien de prendre un peu de recul.
Jin s’assit près d'Alice, qui lui offrit un sourire complice.
— En tout cas, merci encore pour l’invitation, ajouta Jin. C’était vraiment une bonne idée.
Sarah hocha la tête.
— Ça m’a fait plaisir aussi. C’est agréable de partager un moment comme ça.
Les derniers rayons du soleil baignaient le jardin, la journée tirait à sa fin. Les enfants étaient fatigués après avoir couru et joué pendant des heures. Lyam se coucha près de Nina, les deux enfants bâillant de fatigue.
Éric se leva, ajustant ses vêtements.
— Il est temps pour nous de rentrer. On a eu un bon moment, mais demain nous réserve des surprises, je sens.
Jin se leva également, s'étirant après avoir passé la journée dehors.
— Oui, effectivement. J’ai beaucoup apprécié cette journée, merci à vous tous.
Alice, qui n’avait cessé de sourire toute la journée, prit la parole en se levant aussi.
— Vous allez bien rentrer ? On se reverra demain, alors.
Éric lui fit un signe de tête.
— Bien sûr. À demain. Faites attention sur le chemin.
Ils se séparèrent tous, chacun prenant son propre chemin, avec un dernier regard amical échangé entre les membres du groupe. L'air était frais, et Toreno semblait paisible à cette heure.
Jin marcha aux côtés d'Alice tout en s’éloignant. Une nouvelle complicité semblait être née entre eux, alors que Éric et Sarah prenaient la route vers leur maison.
La soirée était calme à Toreno. Le soleil avait disparu derrière l’horizon, et la maison d’Éric et Sarah était baignée par une douce lumière tamisée. Ils étaient de retour après leur agréable journée au jardin, et l’atmosphère était maintenant tranquille.
Les enfants étaient dans leur chambre, concentrés sur leurs devoirs, leurs murmures d'étude se mêlant aux bruits discrets de la maison. Éric et Sarah s'étaient installés sur le canapé, côte à côte, leurs corps fatigués mais apaisés après une journée bien remplie. Sarah alluma la télévision, choisissant un programme léger pour détendre l'atmosphère.
Les images défilèrent à l'écran, mais ni l’un ni l’autre ne semblait vraiment se concentrer sur le programme. Leurs regards se croisaient de temps en temps, et malgré le silence, un dialogue silencieux semblait se créer entre eux. Éric alluma une cigarette, l’odeur douce de la fumée flottant dans l’air.
— Tu te sens comment, après la journée d’aujourd’hui ? demanda Sarah, détournant brièvement son regard de la télévision pour observer Éric.
Éric expira lentement, son regard perdu dans le vide.
— C’était agréable. Mais tu sais, on n’arrête jamais vraiment. Même quand on veut juste profiter de moments comme celui-ci, il y a toujours quelque chose qui revient nous rappeler pourquoi on fait ce qu’on fait.
Sarah hocha la tête, son regard se durcissant un peu.
— Oui, je sais. Mais ce n’est pas mal de prendre une pause de temps en temps, non ? Pour nous, pour eux. Il faut qu'on trouve cet équilibre. Sinon, on va s’épuiser à force.
Éric se redressa sur le canapé, jetant un regard vers la porte de la chambre des enfants.
— Tu as raison. Je pense que la journée a permis aux enfants de se changer les idées aussi. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas eu un moment en famille comme ça.
Un silence confortable s’installa entre eux, seulement interrompu par le bruit lointain des pages qui se tournaient dans la chambre voisine.
Sarah sourit doucement en regardant Éric.
— Tu sais, ça m’a fait du bien de passer du temps avec Jin et Alice. Ça fait de la place pour des… discussions différentes. Pour les voir à leur manière.
Éric tourna enfin son regard vers elle, un sourire en coin.
— Oui, Jin semble avoir sa propre vision des choses. Mais je pense qu'il va bien s'intégrer à notre cercle. Quant à Alice, elle est vraiment douce avec les enfants. Ça fait plaisir de la voir ainsi.
Sarah regarda un instant la télévision, les yeux dans le vague.
— C'est vrai. Et puis, ils se complètent bien. On dirait que ça ne fait que commencer entre eux.
Un léger soupir échappa à Éric, comme s’il méditait sur l'idée.
— On verra bien. Pour l'instant, on a nos propres batailles à mener. Mais je pense qu'ils sont prêts à suivre leur propre chemin.
Le silence revint, plus lourd cette fois, comme si chacun réfléchissait à ce qui viendrait après. Les enfants dans la chambre avaient maintenant cessé de parler, signifiant que leur révision était terminée. La tranquillité de la maison était presque complète.
Sarah se tourna alors vers Éric, l’air un peu plus sérieux cette fois.
— Et toi, tu penses à quoi, exactement ? C’est à propos de la mission à Mortigan ? Ou de quelque chose d'autre ?
Éric prit une profonde inspiration, jetant un dernier regard vers les fenêtres ouvertes, où la brise fraîche caressait doucement les rideaux.
— À tout ça. À tout ce qui arrive. J’ai l’impression qu’on est juste au début de quelque chose de plus grand, tu sais. Mais on doit rester vigilants. Chaque choix qu’on fait compte, Sarah. Pas seulement pour nous, mais pour eux aussi.
Sarah le regarda intensément, un silence lourd de sens s’installant entre eux.
— On le fera ensemble, Éric. Peu importe ce qui nous attend.
Les deux se regardèrent un moment, leurs mains se frôlant avant de se saisir lentement. La soirée continuait doucement, avec le confort et la chaleur d’une routine bien établie. Mais dans le fond, chacun savait que leur vie allait bientôt les entraîner dans de nouvelles aventures, qu’elles le veuillent ou non.
La soirée s'étendait tranquillement chez Jin, une ambiance chaleureuse régnait dans la pièce. Les deux jeunes étaient assis à la table, un repas simple mais agréable entre eux. Alice, les yeux toujours un peu plus pensifs qu'à l'habitude, jouait avec sa fourchette, n'ayant pas vraiment faim. Jin, lui, semblait détendu, mais son regard se posait de temps en temps sur Alice, remarquant son malaise.
Ils avaient parlé de tout et de rien pendant le repas, mais Alice ne semblait pas tout à fait là. Ses pensées s'étaient échappées bien loin des plats savoureux qui se trouvaient devant eux.
— Tu n'as pas faim, Alice ? demanda Jin, tentant de briser le silence qui s'était installé entre eux.
Alice leva les yeux, et un léger sourire apparut sur son visage, mais il était bref, comme si elle voulait cacher quelque chose.
— Si… un peu. Mais… je crois que ce n'est pas ça, en fait, répondit-elle doucement, avant de poser ses yeux sur le verre devant elle, comme si elle évitait de le regarder.
Jin attendit quelques instants, observant attentivement la jeune femme. Il savait que quelque chose la préoccupait, mais il préférait qu'elle l'exprime d'elle-même. Après un moment, il posa doucement sa main sur la sienne, un geste à la fois rassurant et attentionné.
— Tu sais, si quelque chose ne va pas, tu peux me le dire. On peut parler de tout ici, Alice.
Elle prit une profonde inspiration avant de regarder Jin dans les yeux. Il y avait une certaine vulnérabilité dans son regard, quelque chose qu'elle n’avait pas montré auparavant. Elle hésita un instant, puis se lança :
— Je n’ai pas envie de rentrer chez moi ce soir, Jin. Je sais, ça peut paraître étrange, mais… j'ai peur. J'ai peur d’être seule, de me retrouver face à tout ce qui m'angoisse sans personne pour me soutenir. Ce soir, ici, avec toi… je me sens plus tranquille, plus en sécurité.
Jin l'écouta attentivement, ne laissant échapper aucun jugement, juste un silence apaisant. Il resserra sa prise sur sa main pour lui signifier qu'il était là.
— Tu sais, ce n’est pas étrange du tout, Alice. Je comprends. Et si tu préfères, tu peux rester ici ce soir. Il n'y a pas de pression. Tu n’as pas à te sentir obligée de rentrer si tu n’en as pas envie.
Un petit soupir échappa à Alice, comme si un poids se levait lentement de ses épaules.
— Merci… vraiment. Ça m’aide plus que tu ne le crois, répondit-elle, les yeux légèrement embués, mais un sourire sincère éclairant son visage.
Jin lui sourit à son tour, se levant pour chercher une couverture.
— Tu peux dormir ici, sur le canapé, si tu veux. Je vais préparer le lit, alors repose-toi, il faut que tu sois bien. C’est important.
Alice hocha la tête en signe de gratitude, sentant une chaleur nouvelle l’envahir. Ce soir-là, elle n'était plus seule face à ses peurs. Jin ne l’avait pas seulement sauvée des bandits dans la rue, mais aussi d’un silence pesant qui pesait lourdement sur elle depuis bien trop longtemps.
Ils restèrent encore un moment à discuter, plus détendus, jusqu’à ce que le calme de la nuit les enveloppe peu à peu. Alice s’endormit finalement sur le canapé, apaisée, tandis que Jin veillait sur elle depuis l’autre côté de la pièce, la tranquillité de la maison les entourant.
Le soleil perçait doucement à travers les rideaux, enveloppant la pièce d’une lumière dorée. Assis côte à côte à la table du petit-déjeuner, Éric et Sarah sirotaient leur café tout en discutant calmement des événements récents à Toreno, leur ton apaisé contrastant avec les souvenirs plus agités de Mortigan.
— Tu trouves pas que les enfants s’adaptent plutôt bien ici ? demanda Sarah en souriant, jetant un œil vers le couloir où l’on entendait des bruits de livres qu’on empilait.
— Oui… Et toi ? Tu te sens comment ici ? interrogea Éric, posant sa tasse.
— Je me sens bien, Éric. Presque comme si tout ça… cette vie normale… pouvait durer.
Un léger silence agréable s’installa entre eux, rempli par le chant lointain des oiseaux. Puis, subitement, le téléphone d’Éric vibra sur la table. L’écran affichait un nom bien familier.
— C’est Siriano, dit-il, fronçant les sourcils.
Sans hésiter, Éric décrocha.
— Allô ? Siriano ?
— Éric, il faut qu’on parle. C’est urgent.
Le ton de Siriano était grave, tendu. Sarah croisa les bras, l’air inquiet.
— Qu’est-ce qui se passe ?
Un silence court, puis Siriano lâcha l’information :
— La fille du Président… elle a été prise en otage.
Éric se redressa immédiatement, les yeux écarquillés.
— Quoi ? Où ça ? Par qui ?
— On pense que c’est lié à la clé USB. Ils veulent des infos. Ils ont compris qu’on détient quelque chose de trop précieux… Ils exercent une pression sur le Président.
Éric passa la main sur son visage. Sarah fixait la scène sans oser l’interrompre, mais elle devinait déjà que ce calme allait prendre fin.
— Tu es sûr de ça ? Il y a des preuves ?
— Oui. Des images, un message vidéo, des coordonnées GPS falsifiées. On ne sait pas encore où elle est, mais on bosse dessus. Et Éric, ils ont mentionné vous deux.
Un frisson parcourut l’échine d’Éric. Il jeta un regard vers Sarah, qui avait tout entendu.
— Très bien, Siriano. Tiens-moi au courant. Et… protège Jennifer et Shistelle. On ne sait pas jusqu’où ils sont prêts à aller.
— Reçu. Restez discrets. Je te recontacte dès qu’on a du nouveau.
L’appel se coupa. Éric reposa le téléphone lentement.
Sarah le fixa, inquiète.
— Dis-moi que ce n’est pas ce que je pense…
Il soupira profondément.
— Ils ont enlevé la fille du Président, Sarah. Et tout ça… c’est à cause de cette fichue clé.
Le soleil était déjà haut dans le ciel quand Éric se rendit chez Jin. Il n’avait pas pris le temps de prévenir ; l’urgence de la situation imposait une réaction immédiate. Arrivé devant la porte, il frappa deux fois. Jin ouvrit rapidement, l’air surpris mais souriant.
— Éric ? Tout va bien ? Entre !
Éric entra, l’air grave, sans perdre de temps.
— On a un problème, Jin. Un gros.
Jin referma la porte derrière lui, son regard se durcissant instantanément.
— Qu’est-ce qu’il se passe ?
— La fille du Président a été enlevée. C’est lié à la clé USB… Et ça va dégénérer très vite. Siriano vient de m’appeler.
Jin fronça les sourcils, puis inspira profondément.
— Tu veux qu’on intervienne ?
— Je veux surtout savoir si tu peux venir avec moi. On retourne à Mortigan. On doit agir, maintenant.
Sans réfléchir davantage, Jin hocha la tête.
— Bien sûr. Tu peux compter sur moi.
Éric, soulagé, sortit son téléphone et appela Siriano. Ce dernier décrocha aussitôt.
— Siriano, j’ai trouvé quelqu’un pour m’accompagner. Il est compétent et prêt à nous aider.
— Qui ça ?
— Jin.
Un silence pesant s’installa à l’autre bout du fil, avant que Siriano ne réagisse, surpris :
— Jin ? Tu veux dire le Jin ? Ancien agent, infiltration, maître en combat rapproché ?
— Lui-même. Tu le connais ?
— Bien sûr que je le connais ! Il faisait partie de l’équipe, bien avant ton arrivée. Et puis un jour… plus rien. Il a disparu du radar. On n’a jamais su pourquoi.
Éric jeta un coup d’œil à Jin, qui écoutait sans broncher.
— On arrive à Mortigan, reprit Éric. On en discutera là-bas. La priorité, c’est la mission.
— D’accord. Venez vite. On vous attend.
L’appel se termina. Éric glissa son téléphone dans sa poche, puis regarda Jin.
— T’as entendu ?
— Oui. Et ça ne change rien. Je viens.
Ils se serrèrent la main avec fermeté.
— Alors, direction Mortigan, dit Éric.
— En route, répondit Jin, déjà prêt à plonger dans l’action.
Dans la maison de Jin, l’ambiance était devenue plus sérieuse. Debout devant son armoire, il terminait de ranger quelques affaires essentielles dans un sac discret. Alice, adossée à la porte, l’observait en silence, une légère inquiétude dans le regard.
Jin se retourna vers elle avec un sourire tendre, puis s’approcha et lui prit les mains.
— Chérie, on part à Mortigan pour une mission. Un retour aux actions, comme au bon vieux temps.
Alice le fixa intensément, puis hocha la tête, réprimant l’angoisse qui montait.
— D’accord… Mais au cas où quelque chose vous arriverait, n'hésitez pas à me faire signe, d'accord ? Peu importe l’heure, peu importe la situation.
Jin l’embrassa sur le front.
— Promis.
Pendant ce temps, Éric terminait aussi ses préparatifs chez lui. Son sac était prêt près de la porte. Il jeta un dernier regard à la salle de séjour, où Sarah et les enfants l’attendaient. Les enfants avaient l’air tristes, mais fiers. Sarah, quant à elle, s’approcha et lui prit la main.
— Tu pars seul avec Jin ?
— Oui, répondit Éric, avec un sourire rassurant. C’est une opération rapide, on revient dès que possible.
Sarah baissa un peu les yeux.
— Siriano n’a pas besoin de moi ?
Éric haussa les épaules avec un sourire en coin.
— Peut-être qu’il a oublié… Ou peut-être qu’il sait que tu mérites un peu de repos. Bon… on y va.
Elle soupira doucement, puis l’embrassa.
— Reviens-moi entier.
— Toujours.
Il serra les enfants dans ses bras, leur glissa quelques mots doux à l’oreille, puis sortit de la maison.
Quelques minutes plus tard, Jin le retrouva devant le portail. Ils échangèrent un regard complice.
— Prêt ? demanda Éric.
— Plus que jamais, répondit Jin.
Ils montèrent dans la voiture et prirent la route, direction Mortigan, là où tout allait recommencer.
La route s'étendait devant eux, bordée de collines verdoyantes et de villages tranquilles. Le soleil du matin filtrait à travers les vitres de la voiture, inondant l’habitacle d’une lumière douce. Éric, au volant, gardait les yeux fixés sur la route tandis que Jin, sur le siège passager, observait le paysage qui défilait à vive allure.
Après un long moment de silence, Jin prit la parole :
— Tu sais… ça fait étrange de retourner à Mortigan après tout ce temps.
Éric esquissa un sourire sans quitter la route du regard.
— Pour moi, c’est devenu presque habituel. Mais pour toi… c’est un vrai retour aux sources, non ?
Jin hocha doucement la tête.
— J’y ai vécu des moments intenses. C’était avant ton arrivée. On était une équipe soudée, mais les choses ont changé. Trop de pression. J’ai préféré disparaître, tirer un trait sur cette vie.
— Et maintenant te voilà, replongé dedans, lança Éric, mi-sérieux, mi-taquin.
— Disons que c’est le bon moment. Et puis… j’ai rencontré des gens qui valent la peine qu’on se batte encore. (Il pensa à Alice, sans le dire.)
Éric jeta un coup d’œil complice à Jin.
— Je comprends. Sarah m’a sauvé de cette spirale. Sans elle, j’aurais sombré.
Ils continuèrent à rouler quelques instants en silence, bercés par le ronronnement du moteur.
— Tu sais pourquoi la fille du Président est si importante ? demanda Jin, brisant à nouveau le silence.
— Elle détient des informations sur l’accès à la clé. Son enlèvement est un message : ils veulent négocier. Mais on ne négocie pas avec des gens comme eux.
Jin acquiesça.
— On récupérera la fille, et on sécurisera la clé. Rien de plus, rien de moins.
Ils se tapèrent dans la main comme pour sceller un pacte silencieux, et la voiture poursuivit sa route vers Mortigan, ville de souvenirs, de secrets… et de nouvelles batailles.
Les pneus crissèrent légèrement sur le gravier en s’arrêtant devant les grilles du Centre Opérationnel de Mortigan, un bâtiment discret mais hautement surveillé. Le vent portait encore l’odeur de la mer toute proche, mêlée à celle de la terre chaude et des moteurs.
Éric et Jin sortirent du véhicule. Jin leva brièvement les yeux vers les caméras de surveillance qui pivotaient doucement pour les suivre.
— Rien n’a changé ici, souffla-t-il. Même cette odeur de tension dans l’air.
Éric ajusta sa veste avant de hocher la tête.
— Prêt ?
— Toujours.
Un garde les fit entrer après un court contrôle d’identité. À l’intérieur, les couloirs sobres et silencieux du bâtiment semblaient s’être figés dans le temps. Au bout du couloir, une porte s’ouvrit. Siriano les attendait, bras croisés, une lueur sérieuse dans les yeux. À ses côtés, Jennifer et Shistelle étaient présentes.
— Eric… Jin, fit Siriano en s’avançant. — Vous voilà enfin.
Le regard de Siriano se fixa sur Jin.
— Jin… tu vis encore. J’ai cru qu’on t’avait perdu pour de bon.
Jin esquissa un sourire calme.
— La vie a ses détours, Siriano. Mais visiblement, elle voulait que je revienne ici.
Jennifer s’approcha, visiblement surprise mais émue.
— Jin… Tu n’as pas changé. Presque pas. (Elle sourit.)
Shistelle hocha la tête avec un regard franc :
— Si tu es de retour, c’est qu’on a du boulot.
Siriano les invita à entrer dans la salle stratégique. Un plan du quartier où la fille du président était retenue était affiché en grand. Des points rouges clignotaient lentement.
— Bien. Pas de temps à perdre, dit Siriano. — On va devoir intervenir cette nuit. Mais d’abord, on doit sécuriser un contact sur place. Il faudra que Jin et Eric s’en chargent. On fera le point après.
Un silence bref s’installa. Puis Jin souffla doucement, les yeux rivés sur le plan :
— Eh bien, me voilà replongé dans le feu. Comme au bon vieux temps.
Eric posa une main sur son épaule :
— Cette fois, on ne sera pas seuls.
La nuit tombait doucement sur Mortigan, enveloppant la ville d’un voile d’ombres et de murmures. Jin et Éric, vêtus de noir, évoluaient discrètement à travers les ruelles étroites du quartier signalé sur le plan. Chacun de leurs pas était calculé, chaque coin de rue analysé avec une vigilance aiguisée.
Le quartier était en apparence calme, trop calme pour être honnête. Quelques chats errants, des volets clos, une lumière vacillante dans une ruelle… mais aucune trace de mouvement suspect.
Jin, en tête, leva un poing fermé : un signal pour s’arrêter. Éric s’immobilisa derrière lui.
— Regarde, murmura Jin. La maison à l’angle. Deux caméras récentes, une voiture blindée mal garée et... aucune activité. C’est là.
Éric observa attentivement.
— On y va ?
— Pas encore. On observe.
Ils se mirent à couvert derrière un vieux mur de pierre et sortirent leurs jumelles thermiques. À l’intérieur du bâtiment, trois silhouettes : deux hommes en mouvement, et une troisième personne, attachée sur une chaise. Silhouette fine. Féminine.
Éric chuchota :
— C’est sûrement elle.
Mais soudain, un cliquetis faible se fit entendre. La silhouette sur la chaise fut déplacée… puis un autre individu entra dans la pièce et lui retira une sorte de perruque. La silhouette n’était qu’un leurre.
Jin, fronçant les sourcils, grogna :
— Ce n’est pas elle. C’est un mannequin. Une mise en scène.
Éric, la mâchoire tendue :
— Ils ont anticipé notre repérage.
Au même moment, un des hommes à l’intérieur jeta un regard vers la fenêtre. Jin attrapa le bras d’Éric.
— On est repérés. Retraite.
Sans attendre, ils reculèrent dans la pénombre, empruntant un chemin alternatif. Derrière eux, des bruits de pas résonnaient : les hommes de l’ombre avaient mordu à l’hameçon.
Une fois à l’abri dans un vieux bâtiment désaffecté, Jin reprit son souffle.
— C’est plus sérieux que je le pensais. Ils jouent avec nous.
Éric, les yeux sombres :
— Il faut retourner au centre. Prévenir Siriano. La vraie planque est ailleurs… et ils détiennent bien la fille. Mais pour combien de temps encore ?
Le soleil caressait doucement les vitres de la maison familiale. Sarah et Alice étaient installées sur la terrasse arrière, entourées de plantes en pot et de jouets d’enfants laissés là après le dernier pique-nique. Sur la petite table en bois, deux tasses de thé fumaient encore.
Sarah, les bras croisés, fixait l’horizon avec un air préoccupé.
— Tu as des nouvelles de Jin ? demanda-t-elle doucement, les yeux toujours perdus dans le vide.
Alice hocha la tête.
— Juste un message. Il m’a dit que tout allait bien, qu’ils étaient arrivés à Mortigan… et qu’il fallait que je sois forte.
Un silence s’installa.
Sarah soupira.
— On dit que ce genre de mission ne devrait jamais revenir. Qu’on tourne la page et qu’on recommence une vie normale… mais parfois, la vie décide autrement.
Alice, d’un ton calme mais ferme :
— Jin m’a dit une fois : "On ne choisit pas toujours les batailles. Mais on choisit ce qu’on devient pendant qu’on les affronte." Je pense que c’est aussi valable pour toi.
Sarah esquissa un faible sourire.
— Je pensais qu’après avoir quitté l’agence, tout serait plus simple. Mais je sens qu’on y replonge, doucement. Et cette fois, il y a des enfants à protéger. Une famille.
Alice posa sa main sur celle de Sarah.
— C’est justement pour ça qu’ils font ce qu’ils font. Pour que leurs enfants vivent dans un monde où ils ne devront pas prendre les armes.
Un silence complice s’installa entre elles.
— Je crois que je vais faire un gâteau ce soir, dit Sarah avec un soupçon de légèreté. Tu m’aides ?
Alice sourit.
— Seulement si je peux lécher le plat à la fin.
Les deux femmes éclatèrent de rire, retrouvant pour un moment un semblant de normalité. Mais au fond de leurs yeux, une même inquiétude les rongeait : et si cette mission ne ressemblait à aucune autre ?
Le vieux bâtiment du centre de commandement de Mortigan n’avait pas changé. Toujours aussi sobre, toujours aussi froid. Les murs gris semblaient porteurs de souvenirs, de missions passées, de victoires silencieuses et de défaites camouflées.
Éric et Jin franchirent les portes d’un pas assuré. À l’intérieur, Siriano les attendait, debout près d’une grande table sur laquelle s’étalait une carte détaillée de la ville. Jennifer et Shistelle discutaient à voix basse, mais se retournèrent aussitôt en les voyant entrer.
Siriano, les bras croisés, esquissa un sourire tendu.
— Eh bien… si on m’avait dit que je reverrais Jin, je ne l’aurais pas cru. Tu as disparu comme une ombre.
Jin, imperturbable, s’avança.
— Les ombres ne disparaissent jamais, Siriano. Elles se déplacent, c’est tout.
Un silence impressionné s’installa. Puis Jennifer brisa la tension en s’approchant d’Éric.
— Rien sur le terrain ? Aucune trace de la fille du président ?
Éric secoua la tête.
— Rien. Pas un indice. Ils l’ont planquée dans un endroit très bien sécurisé… ou très loin. Mais ils ont laissé des traces : les caméras du quartier ont été brouillées pile une heure avant l’enlèvement. C’est un travail de pro.
Shistelle, inquiète :
— On parle d’un groupe structuré, alors ?
Jin répondit calmement :
— Structuré… et renseigné. Ils savaient ce qu’ils faisaient. Ce n’était pas un simple coup de bluff. Ils la veulent pour une seule chose : la clé.
Siriano reprit, le ton plus grave :
— Et ils sont prêts à tout. Le président est sous pression, il exige des résultats. On va devoir se bouger, vite.
Éric jeta un coup d'œil à la carte.
— On recommence depuis le début. Dossier complet. On épluche tous les contacts du président, les lieux qu’elle fréquentait, les dernières menaces reçues.
Siriano hocha la tête.
— On entre en phase active. Et cette fois, on le fait comme avant.
Jin esquissa un sourire.
— Ça me va. Un vrai retour aux actions, non ?
Jennifer, avec un petit rire :
— Vous deux réunis, ça sent les murs qui vont tomber.
Un nouveau chapitre de la mission venait de s’ouvrir, plus complexe, plus personnel. Le compte à rebours était lancé.
La pièce était plongée dans une lumière tamisée, uniquement éclairée par les écrans accrochés au mur. Une carte satellite de Mortigan s’affichait, marquée de points rouges, de cercles bleus et de trajectoires jaunes. Siriano pianotait sur une tablette, tandis que Éric, Jin, Jennifer et Shistelle étaient rassemblés autour de la table ovale.
Siriano lança d’une voix grave :
— La fille du président a été vue pour la dernière fois dans ce périmètre, quartier Nord, zone industrielle désaffectée. Un témoin affirme avoir entendu une voix féminine crier depuis l’un des entrepôts. On ne peut pas négliger ça.
Jin s’approcha, l’air concentré.
— J’ai analysé la structure des lieux. Trois entrepôts, tous connectés par un tunnel sous-terrain datant de l’époque coloniale. Si elle est retenue quelque part, c’est là qu’ils la déplacent pour brouiller les pistes.
Éric ajouta :
— On aura besoin d’un double assaut. Une équipe passe par les tunnels. L’autre entre par le toit. Surprise totale, coordination millimétrée.
Jennifer, regardant la carte :
— Et si c’était un piège ? S’ils nous attendent avec des explosifs ou une diversion ?
Shistelle :
— Alors on les prendra à leur propre jeu. On envoie un drone de reconnaissance au préalable. Et moi, je m’occupe du brouillage de leur réseau. Plus de communications entre eux quand on passe à l’action.
Siriano, hochant la tête :
— Parfait. Voici la répartition :
Jin et Shistelle, par les tunnels.
Éric, Jennifer et moi, par le toit.
Il fit une pause.
— Si on retrouve la fille du président, priorité à l’exfiltration. Jin, tu la prends en charge. Éric, tu couvres la sortie. Le reste, on neutralise.
Un silence déterminé s’installa dans la pièce.
Éric, calmement :
— Cette fois, on ne repart pas sans elle.
Jin, avec un clin d’œil :
— Ni sans quelques souvenirs de guerre.
Ils savaient que l’opération serait risquée. Mais chacun, dans cette salle, portait la même flamme : protéger, sauver, et surtout… terminer ce qu’ils avaient commencé.
La nuit s’était abattue sur le quartier industriel de Mortigan. Le silence était pesant, interrompu seulement par le bruit des gouttes qui tombaient des toitures rouillées. Éric et Jin rampaient dans l’ombre, silencieux comme des félins. Les gants noirs, les visages à demi couverts, ils avançaient derrière une rangée de conteneurs, en direction de l’entrée secondaire de l’entrepôt ciblé.
Un faisceau lumineux balaya brièvement la zone. Deux gardes armés patrouillaient à pas lents, parlant à voix basse.
Éric fit un signe discret. Jin hocha la tête.
Ils se séparèrent.
En quelques secondes, Éric surgit derrière le premier garde, le neutralisant par une prise sèche et silencieuse. L’autre, surpris, n’eut même pas le temps de réagir : Jin arriva par le flanc et lui asséna un coup rapide au cou, puis une clé de bras le fit tomber net.
Les deux corps furent traînés dans un coin sombre.
Éric murmura, en replaçant son oreillette :
— Deux de moins.
Jin, en inspectant l’arme récupérée :
— Ils ne plaisantent pas. AKM russes. Ils attendent du monde.
Éric regarda la porte métallique devant eux :
— C’est ici que ça commence vraiment.
Il colla un petit dispositif de piratage électronique sur le panneau de contrôle. Trois bips brefs plus tard, la porte se déverrouilla silencieusement.
Ils échangèrent un regard. Puis, sans un mot, ils pénétrèrent à l’intérieur.
L’odeur de rouille et de poussière saturait l’air de l’entrepôt plongé dans une pénombre inquiétante. Une lampe vacillante au plafond projetait une lueur tremblante sur une silhouette ligotée au fond de la pièce.
Éric s’approcha rapidement, son arme levée. Il reconnut la jeune femme recroquevillée sur une chaise, bâillonnée, les poignets liés.
— C’est elle, murmura-t-il. La fille du président.
Jin s’apprêtait à trancher les liens lorsqu’une voix cinglante résonna :
— Pas si vite.
Une trentaine d’hommes en armes surgirent, encadrés par un homme imposant au regard froid. C’était le chef des rebelles, un foulard rouge noué autour du bras.
— Vous êtes venu rester avec elle, on dirait, dit-il d’un ton moqueur.
Éric, se plaçant devant la captive, répondit sans trembler :
— On est venu jusqu’ici pour la récupérer… sans te remettre la clé USB. Ne compte pas sur tes gardes pour pouvoir terminer avec nous. On en a mis plusieurs à terre que ce nombre que tu as devant toi.
Le chef fit un petit geste de la main. Les rebelles se ruèrent vers Éric et Jin.
Les balles sifflèrent, les coups pleuvaient. Jin renversa deux adversaires avec une précision implacable, tandis qu’Éric utilisait une barre de fer comme levier pour faire tomber un groupe.
Alors qu’ils commençaient à être débordés, deux nouvelles ombres surgirent par une entrée latérale : Jennifer et Siriano.
Jennifer, revolver au poing :
— Il était temps qu’on vous rejoigne.
Siriano, en se lançant dans le combat :
— J’espère que vous avez laissé du monde à corriger !
Le combat fut intense, chaotique. Mais l’équipe réussit à repousser les assaillants, l’un après l’autre. Jin libéra la fille du président et la mit à l’abri, pendant qu’Éric couvrait leurs arrières.
Le chef des rebelles, voyant ses hommes tomber, siffla un ordre bref et s’éclipsa par une issue secrète, disparaissant dans la nuit.
Quand tout fut terminé, l’entrepôt n’était plus qu’un champ de ruines. La fille du président, tremblante, s’agrippa au bras de Siriano, en larmes mais saine et sauve.
Plus tard, au palais présidentiel…
Siriano, devant le président :
— On a sauvé votre fille, Monsieur… mais le suspect est toujours en fuite.
Il s’interrompit, l’air grave.
— On ne sait pas ce qu’il réserve pour nous. Il va encore se préparer pour un autre défi.
Le président, silencieux, hocha lentement la tête, le regard perdu dans le vide.
Le soleil commençait à décliner sur Mortigan, projetant des ombres longues et orangées sur les murs décrépis de la vieille ville. Éric et Jin marchaient côte à côte, leurs pas résonnant doucement sur les pavés du trottoir.
Ils avaient quitté le palais présidentiel quelques heures plus tôt, la tension de la mission encore palpable dans leurs épaules, mais leur esprit semblait déjà ailleurs.
— Sarah doit être en train de préparer le dîner à cette heure-là, murmura Éric avec un léger sourire.
— Tu penses qu’elle t’a attendu ? demanda Jin, les mains dans les poches.
— Elle m’attend toujours. Même quand je suis en retard, elle fait semblant de ne pas s’inquiéter… mais je connais son regard.
Jin hocha la tête, pensif.
— Alice est pareille. Elle cache ses peurs derrière des sourires. Hier encore, elle m’a dit qu’elle n’aimait pas dormir seule. Et pourtant, elle veut toujours que j’aille sauver le monde, comme si c’était facile.
Un silence s’installa entre eux, confortable.
— Elles sont fortes, dit Éric.
— Plus que nous parfois, répondit Jin en souriant.
Ils s’arrêtèrent un instant à un coin de rue, regardant les passants, les enfants jouant, les commerçants pliant boutique.
— On devrait les emmener quelque part après tout ça, reprit Jin. Un vrai moment à quatre. Loin des missions.
— Un week-end au calme, renchérit Éric. Loin des balles, des plans et des ennemis invisibles.
— Ce serait bien, ouais.
Leurs regards se croisèrent, une complicité silencieuse unissant désormais leurs parcours. Ils reprirent leur marche, plus légers, leurs pensées portées vers Toreno, là où les cœurs les attendaient.
Dans la cuisine baignée de lumière du petit appartement de Toreno, Sarah était accoudée à la table, un carnet ouvert devant elle, une tasse de thé fumant à portée de main. Alice, assise en face, jouait machinalement avec une cuillère, l'air pensif.
— Tu trouves que c’est toujours aussi dur de les laisser partir ? demanda Alice, brisant le silence.
— À chaque fois, répondit Sarah en souriant tristement. Même si je sais qu’ils reviendront… mon cœur ne se calme qu’en les voyant franchir la porte d’entrée.
Alice hocha la tête, l'air songeur.
— Hier soir, Jin m’a dit que c’était un "retour aux actions". Il avait ce regard… tu sais, celui qu’ils ont quand ils sentent que quelque chose de grand va arriver.
— Éric l’a aussi, ce regard, dit Sarah. Surtout quand il essaie de me rassurer. Il ne dit pas tout. Jamais tout. Mais je devine.
Un petit silence s’installa, puis Sarah reprit :
— C’est pour ça qu’on doit rester fortes. Pour eux, mais aussi pour nous.
— Et pour les enfants, ajouta Alice. Ils posent tant de questions sur leur père, sur les missions, sur le danger…
— On leur dit que c’est comme un grand jeu, souffla Sarah. Mais parfois, même moi j’aimerais que ce ne soit qu’un jeu.
Alice sourit doucement, puis son regard se posa sur les jouets dans le salon.
— Dis, ça te dirait une sortie demain ? Juste toi, moi et les enfants ? On pourrait aller au musée ou au zoo… histoire de respirer.
— Ça me dirait beaucoup. Et eux aussi, je pense.
Un rayon de soleil passa par la fenêtre, illuminant leurs visages. Deux femmes fortes, deux piliers invisibles d’une mission qui se jouait au loin, mais dont le cœur battait encore ici, à Toreno.
Mortigan – minuit.
Un silence pesant régnait sur le quartier industriel abandonné. Des entrepôts rongés par le temps, des vitres brisées, et l’odeur de métal et d’humidité flottaient dans l’air. Éric, Jin, Siriano, Jennifer et Shistelle se déplaçaient à pas feutrés entre les bâtiments.
— Selon nos infos, il est planqué ici depuis deux jours, murmura Siriano. Il ne s’attend pas à une contre-attaque.
Ils se faufilèrent jusqu’à un grand hangar. De l’intérieur, une lumière clignotante et des voix étouffées. Jennifer fit un signe : une quinzaine de gardes à l’intérieur.
— On doit frapper vite, dit Jin. Et surtout éviter qu’il s’échappe cette fois.
Shistelle plaça silencieusement des charges fumigènes sur les issues secondaires. Siriano et Jennifer prenaient les côtés, pendant qu’Éric et Jin s’approchaient par l’entrée principale.
— C’est maintenant.
Une seconde plus tard, la porte principale sauta, les fumigènes explosèrent, plongeant le hangar dans un nuage épais. Les tirs fusèrent. Des cris. Le chaos.
Le chef du gang, surpris mais vif, tenta de s’échapper par un conduit métallique. Jin le vit et se lança à sa poursuite. Une course folle s’engagea sur les toits rouillés de l’entrepôt. Il pleuvait. Le métal glissait. Ils se battirent à coups de poings sous l’orage.
Jin fut projeté contre une poutre, le souffle coupé. Mais Éric arriva à temps, bondissant d’un toit voisin. Ensemble, ils maîtrisèrent enfin le chef.
— C’est terminé, lança Éric, haletant, en lui passant les menottes. On t’a laissé filer une fois. Pas deux.
Quelques minutes plus tard, dans la camionnette, le chef attaché, Siriano lança :
— On retourne à Toreno. On a fini ici.
Jennifer, le visage sali de poussière, sourit.
— Du moins, pour cette nuit.
Shistelle ajouta, en démarrant le véhicule :
— La guerre est peut-être loin d’être terminée, mais ce soir… on a frappé fort.
Toreno – matin brumeux.
Un vent léger soufflait sur la ville encore paisible. Dans les rues calmes du quartier résidentiel, une voiture noire ralentit avant de se garer devant la maison familiale d’Éric et Sarah. Le moteur se coupa. Éric sortit le premier, fatigué mais soulagé, suivi de Jin, encore marqué par la nuit agitée à Mortigan.
Sur le pas de la porte, Sarah et Alice attendaient, emmitouflées dans des vestes. Dès qu’elle aperçut son mari, Sarah descendit les marches, le cœur battant.
— Tu es rentré…, murmura-t-elle en se jetant dans ses bras.
— Je suis là, répondit Éric en la serrant fort, les yeux fermés.
Alice s’approcha doucement, le regard fixé sur Jin. Il sourit, tendit la main. Elle ne la prit pas. À la place, elle l’enlaça sans un mot.
— Vous nous avez manqué, dit-elle simplement.
Jin passa une main dans les cheveux d’Alice.
— C’est fini pour l’instant. On est rentrés.
Les enfants sortirent en courant, alertés par le bruit. Ils entourèrent Éric, criant son nom. Sarah leur sourit tendrement, tout en aidant à porter les sacs à l’intérieur.
Dans la cuisine, l’odeur du petit-déjeuner flottait encore.
— J’avais préparé un café, dit Sarah en souriant à Jin. Tu n’as qu’à t’asseoir.
— Ce serait un plaisir, répondit-il.
Pendant que les hommes prenaient place à table, Sarah et Alice se retrouvèrent de côté, près de la fenêtre.
— On les a retrouvés, saines et sauves, dit Sarah. Même si on sait que ça recommencera… au moins, ils sont rentrés cette fois.
— Et nous, on sera encore là, répondit Alice. Comme toujours.
Elles s’échangèrent un sourire complice, solide comme un pacte silencieux.
Toreno – un après-midi ensoleillé.
Le jardin derrière la maison d’Éric était paisible. Une table dressée à l’ombre d’un arbre, quelques boissons fraîches, des rires d’enfants au loin. Sarah et Alice apportaient des fruits pendant que Éric et Jin installaient des chaises supplémentaires.
— On dirait que tout le monde avait besoin de souffler, dit Jin, une bouteille d’eau à la main.
— Après Mortigan, c’est plus que mérité, répondit Éric en souriant.
Le portail grinça doucement. Siriano entra en saluant, suivi de Jennifer et Shistelle. Tous portaient des tenues décontractées, loin de leurs habits d’action.
— Vous avez changé de visage, lança Jin avec un rire. J’ai failli ne pas vous reconnaître.
— On appelle ça : "pause stratégique", répondit Siriano avec humour. Et on en avait besoin.
Ils s’assirent autour de la table. Jennifer leva son verre :
— À notre équipe. À la mission réussie. Et à cette paix, même si elle est temporaire.
— À la paix, répéta Jin, les yeux fixés sur Alice, qui lui souriait.
Les conversations se mêlèrent : souvenirs de missions passées, projets d’avenir, et même des anecdotes sur la première fois où chacun avait rejoint l’agence. Les enfants tournaient autour de la table en riant. Le soleil descendait lentement, baignant le jardin d’une lumière dorée.
Sarah et Alice observaient la scène depuis la véranda, l’une tenant une tasse de thé, l’autre une main posée sur son ventre — un détail discret, mais révélateur.
— Tu crois qu’ils vont pouvoir rester tranquilles cette fois ? demanda Alice.
Sarah répondit avec un regard tendre :
— Peut-être pas pour toujours. Mais aujourd’hui… ils sont là. Et c’est tout ce qui compte.
La nuit était tombée sur Toreno, mais dans le salon d’Éric et Sarah, la tension restait palpable. Tous étaient réunis autour de la table, le regard fixé sur une carte détaillée du quartier présidentiel, épinglée contre le mur.
– La clé USB est toujours entre les mains du président, dit Éric en croisant les bras. Et ce n’est pas demain qu’il va la laisser traîner.
– Il y a peut-être une fenêtre d’ouverture, répliqua Jin. J’ai réussi à intercepter un échange crypté ce matin. Le président reçoit un haut conseiller de l’agence demain à midi. Pendant qu’ils seront en réunion, son bureau sera confié à deux agents de confiance. C’est peut-être là qu’on pourra bouger.
Sarah s’appuya contre le mur, pensive.
– Il nous faut une distraction. Quelque chose de net, mais pas trop flagrant. S’ils sentent une tentative, ils renforceront la sécurité autour de la clé.
– On en parlera demain matin, coupa Jin. Là, Alice et moi, on va devoir rentrer. On a du matériel à récupérer chez nous, et deux ou trois choses à vérifier côté communication.
Alice acquiesça en attrapant son sac.
– On reviendra avant le lever du soleil. Avec tout ce qu’il faut.
– Faites attention, lança Sarah. Toreno est calme en apparence, mais il y a du mouvement en ville. Trop de véhicules banalisés, trop d’oreilles dans les rues.
– On sait, répondit Jin en souriant. On restera dans l’ombre.
Il serra la main d’Éric, puis de Sarah, pendant qu’Alice échangeait un signe discret avec Shistelle.
– À demain, souffla-t-elle.
– À demain, répondit Siriano en verrouillant la porte derrière eux.
Un silence s’installa dans la pièce. Jennifer s’approcha de la fenêtre, écartant un coin du rideau pour jeter un œil dehors.
– Tu leur fais confiance ? demanda-t-elle à Éric.
– À 100 %, répondit-il. Jin est peut-être le seul qui connaît aussi bien le système de sécurité présidentielle. Et Alice… elle est imprévisible, mais brillante.
Shistelle s’assit sur l’accoudoir du canapé, les yeux perdus dans le vide.
– On est vraiment en train de viser le sommet, là. On joue gros.
– C’est pour ça qu’on doit être prêts, répliqua Sarah. Cette nuit, pas de repos. On établit notre stratégie. Demain, on entre dans un autre niveau.
Sur le trajet, dans les rues de Toreno...
La ville semblait endormie, mais Jin ne se fiait jamais à cette impression. Lui et Alice marchaient côte à côte, leurs pas rythmés par le crissement de leurs semelles sur les pavés humides. La ruelle qu’ils prenaient, étroite et mal éclairée, leur servait souvent d’itinéraire de secours.
– T’as remarqué la moto garée au coin de la rue ? demanda Alice à voix basse, sans le regarder.
– Oui. Elle était déjà là en venant. Personne dessus, mais j’ai vu un mégot allumé à côté.
– Tu penses qu’on nous suit ?
– Pas encore. Mais quelqu’un surveille les alentours, c’est clair.
Ils accélérèrent légèrement le pas. Jin jeta un regard furtif au rétro d’un vieux pick-up stationné. Personne derrière.
– On arrive, murmura-t-il. Une fois à l’intérieur, on coupe tout ce qui est connecté.
Alice hocha la tête. Ils prirent un virage à droite, descendirent un escalier discret qui menait à une porte métallique dissimulée derrière une façade banale.
Jin entra un code sur le boîtier mural. La serrure cliqueta.
Chez Jin et Alice...
L’intérieur était sombre et froid. Un appartement modeste, sans luxe mais blindé de technologie. Écrans, câbles, serveurs portables, imprimantes 3D en veille. Alice alluma une lampe de bureau à lumière tamisée. Jin verrouilla la porte derrière eux et abaissa un volet en métal intérieur.
– Bon, dit-elle en posant son sac, on commence par quoi ? La carte magnétique ou les codes d’accès ?
– La carte. On va devoir la dupliquer. Demain, si on doit entrer dans le périmètre présidentiel, il nous faut quelque chose de propre.
Alice sortit une petite carte électronique et la tendit à Jin.
– Récupérée grâce à ma charmante voisine. Elle bosse pour la section logistique du palais. Elle pense que je suis ingénieur en maintenance.
Jin esquissa un sourire en branchant la carte sur un lecteur spécialisé.
– Tu mens avec un calme désarmant.
– J’ai appris avec les meilleurs, répondit-elle, ironique.
Ils restèrent concentrés quelques minutes, le bourdonnement des machines remplissant le silence. Puis Jin rompit la tension.
– T’as remarqué qu’Éric commence à perdre patience ?
– Il a peur de replonger trop loin. Il voulait sortir de tout ça… mais il aime encore l’action. Il déteste juste avoir quelque chose à perdre maintenant.
– Sarah.
– Exact. Il tiendra tant qu’elle tient.
Jin hocha lentement la tête, pensif.
– Et toi ? T’as peur ?
– Pas vraiment. Ce qui m’inquiète, c’est qu’on ne sait pas encore ce qu’il y a réellement dans cette clé. Juste qu’elle peut renverser l’ordre actuel. Rien que ça… ça me dérange.
Jin regarda l’écran. Le duplicateur clignota en vert.
– Carte prête. On a un accès temporaire au bâtiment administratif. Trente secondes max à l’entrée.
– Trente secondes, c’est dix de trop, répondit Alice avec un sourire en coin.
– On dormira après avoir changé le monde, hein ?
– Peut-être. Ou jamais.
Toujours chez Jin et Alice, dans leur appartement sécurisé...
Alice était seule au salon. Jin s’était rendu dans la pièce voisine pour vérifier un disque dur suspect. La lumière tamisée diffusait une ambiance presque apaisante. Alice feuilletait un petit carnet de notes quand un bruit sec se fit entendre, comme un frottement brutal sur le volet métallique.
Elle se redressa, tendue.
– Jin ?
Pas de réponse.
Soudain, un fracas. La fenêtre latérale, pourtant fermée, vola en éclats. Un homme masqué surgit de l’ouverture, tout de noir vêtu, vif comme une ombre.
Alice recula par réflexe, mais l’intrus bondit sur elle, l’envoyant violemment contre le canapé. Elle tenta de se défendre, attrapant une lampe qu’elle balança vers lui, sans succès.
– Qui t’envoie ?! cria-t-elle.
Aucune réponse. Il cherchait clairement à la neutraliser. Il lui attrapa le bras, mais elle le mordit à l’avant-bras, le forçant à lâcher prise.
À ce moment-là, Jin surgit, un petit pistolet paralysant à la main.
– Lâche-la !
Le tir partit, mais le suspect esquiva de justesse et roula au sol. Il balança une bombe fumigène sur le sol, couvrant sa retraite.
– Jin ! cria Alice, toussant dans la fumée.
Jin se précipita vers elle et l’aida à se relever.
– Ça va ? T’as rien ?
– Non, il m’a juste plaquée. Il voulait m’immobiliser, pas me tuer.
La fumée se dissipa lentement. La fenêtre était fracassée, des morceaux de verre jonchaient le sol. Sur la table basse, un petit morceau de papier plié attirait l’attention.
Jin l’attrapa. Les mots, écrits à la main, le figèrent.
"Jin, si tu ne veux pas qu’il y ait un problème entre toi et moi, quitte derrière cette affaire. Si tu veux savoir qui je suis, viens devant l’ancienne place publique. Viens seul."
Il relut le message deux fois, en silence.
– Il sait qui je suis, murmura-t-il. Et il veut me voir. Seul.
Alice se redressa, furieuse.
– C’est un piège. Tu ne peux pas y aller sans prévenir l’équipe.
– Je dois y aller. Ce type ne s’est pas donné autant de mal juste pour me faire peur.
– Et s’il te veut mort ?
– Alors il aura du mal.
Jin serra le poing.
– Je vais y aller, Alice. Mais pas comme une cible. Comme un chasseur.
Toujours chez Jin et Alice, quelques minutes après l’attaque…
Alice désinfectait une petite éraflure sur son bras pendant que Jin fixait encore le message entre ses doigts. Il ne parlait pas, mais son regard était en feu. Alice brisa le silence.
– Tu comptes vraiment y aller seul ?
– J’ai pas le choix.
– Tu crois vraiment ça ? On a une équipe, Jin. Tu ne vas pas là-bas sans les prévenir.
Il la regarda, hésitant.
– T’as raison.
Il sortit son téléphone sécurisé, composa rapidement un numéro.
– Éric. C’est urgent. Viens chez moi. Amène Siriano. On a un souci.
Trente minutes plus tard…
Éric et Siriano arrivèrent par l’entrée arrière. Les volets métalliques avaient été réparés à la hâte, mais les morceaux de verre témoignaient encore de l’intrusion.
– Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda Éric en entrant.
Jin tendit le papier sans un mot. Éric le lut à haute voix, le visage dur.
– "Si tu veux savoir qui je suis, viens devant l’ancienne place publique. Viens seul." … C’est clair, il cherche à t’isoler.
– Il ne m’a pas attaqué pour rien. Il voulait envoyer un message. Et il l’a fait. Je dois y aller, Éric.
– D’accord, répondit Éric. Tu vas y aller… mais pas vraiment seul.
Jin haussa un sourcil.
– Que veux-tu dire ?
Éric posa les deux mains sur la table.
– Nous, on sera derrière toi. Mais très loin. Assez loin pour que ce suspect ne remarque pas que tu es accompagné. On restera dans l’ombre, en appui, prêts à intervenir si ça tourne mal.
Siriano ajouta en hochant la tête :
– On prend deux véhicules. Un pour toi, un pour nous. Tu descends seul, tu avances… et nous, on observe à distance avec des jumelles thermiques. Si on perd le visuel, on enclenche le protocole 6.
Jin acquiesça.
– Ça me va. Mais aucune intervention sans mon signal. Je veux comprendre qui est derrière ça. Pourquoi il me vise, moi.
Alice s’approcha.
– Tu ne vas pas porter ton arme classique. Trop visible. Prends celle dans le tiroir du bas, la compacte.
– Bonne idée, répondit Jin.
Il se dirigea vers le meuble, récupéra l’arme compacte et la fixa à sa ceinture, sous sa veste. Il enfila un sweat sombre à capuche et glissa un micro dans son oreille.
– Départ dans combien de temps ? demanda-t-il.
– Quinze minutes, répondit Éric. On te couvre. Mais fais attention, Jin. Ce genre de message, ça vient jamais d’un inconnu.
Siriano appuya en rangeant son équipement :
– Ce gars te connaît. Et s’il veut que tu viennes seul, c’est qu’il a un lien personnel avec toi.
Jin fixa un instant le papier, puis le jeta dans la cheminée.
– On saura très vite qui il est.
Dans le véhicule d’Éric et Siriano, en route vers le lieu du rendez-vous…
La nuit s’était épaissie. Les phares perçaient l’obscurité sur la route presque déserte. Éric était au volant, concentré, tandis que Siriano, sur le siège passager, observait les alentours à travers une longue-vue thermique.
Le silence pesait, brisé seulement par le ronronnement du moteur.
– Tu trouves pas ça bizarre ? lança soudain Siriano, le regard figé sur la route.
– Quoi ? demanda Éric sans détourner les yeux.
– Ce message. Cette attaque ciblée. Le fait qu’il mentionne Jin, et pas nous tous. Il y a un truc personnel là-dessous.
Éric hocha doucement la tête.
– C’est évident. Mais Jin ne parle pas beaucoup de son passé. On sait juste qu’il a bossé pour des agences privées avant de rejoindre notre groupe.
Siriano serra les lèvres, pensif.
– Ou alors… et je dis bien "ou alors"… Jin a peut-être un de ses parents impliqué dans cette affaire politique.
Éric tourna brièvement la tête vers lui, surpris.
– Tu penses à quoi ?
– Et si cette clé USB n’était pas qu’un dossier gouvernemental ? Si elle contenait des informations sur des alliances secrètes, des trahisons… ou même des noms de hauts responsables impliqués dans des choses sales ? Et si l’un de ces noms avait un lien avec Jin ?
Éric reprit son sérieux, les mains un peu plus fermes sur le volant.
– Si c’est le cas, ce rendez-vous peut vite tourner au piège émotionnel. Le gars cherche peut-être à déstabiliser Jin avant même qu’on ait atteint la clé.
– Ou à l’éliminer pour effacer toute trace, ajouta Siriano. Et s’il en sait autant sur Jin, ça veut dire qu’il nous surveille depuis un moment.
Un silence tendu s’installa.
– On garde les micros ouverts, dit Éric. À la moindre anomalie dans sa voix, dans ses gestes, on intervient. Même si on doit désobéir au protocole.
– Reçu. On le lâche pas.
Ils continuèrent leur route, le cœur en alerte.
Au loin, l’ancienne place publique apparaissait, abandonnée, noyée dans l’ombre. Jin, dans son propre véhicule, roulait quelques centaines de mètres devant eux.
Dans le véhicule de Jin, à quelques minutes de la destination…
La route semblait plus longue qu’à l’habitude. Jin roulait lentement, les mains crispées sur le volant. Le silence de l’habitacle contrastait avec le tumulte dans sa tête.
Le message continuait de tourner en boucle dans son esprit.
"Jin, si tu ne veux pas qu’il y ait un problème entre toi et moi, quitte derrière cette affaire."
Il fixait la route, mais voyait autre chose : des souvenirs flous, des visages oubliés, des mots qu’on n’a jamais pris le temps d’expliquer. Son père. Sa mère. Des absences, des silences… et maintenant ce doute.
– Et si Siriano avait raison… ? murmura-t-il pour lui-même.
Un père ou une mère impliqué dans un scandale d’État ? Ce serait la seule explication logique à cet acharnement. Ce serait aussi… une trahison.
Il appuya sur l’oreillette.
– Éric, vous êtes toujours derrière ?
La voix calme d’Éric lui répondit immédiatement.
– Oui, à cinq cents mètres. On te voit. Ne change rien.
– Très bien. J’arrive à l’entrée de la place. Tenez-vous prêts.
– On est là, Jin. Quoi qu’il arrive.
Il coupa la communication et prit une grande inspiration. Il sentait l’adrénaline courir dans ses veines, mais son visage restait froid, déterminé.
Il gara le véhicule sur le bas-côté, éteignit les phares. L’ancienne place publique se dressait devant lui, silencieuse, presque fantomatique. Des ruines, des bancs rouillés, un vieux kiosque à moitié effondré. L’endroit parfait pour un piège.
Jin sortit lentement, jeta un coup d’œil discret autour de lui, et ajusta son arme à sa ceinture.
– On va voir qui tu es… et pourquoi tu me vises.
Il avança, seul, vers le cœur de la place.
Ancienne place publique, quelques instants plus tard…
Le vent soufflait faiblement, agitant les feuilles mortes qui traînaient sur le sol. Jin avançait à pas mesurés, scrutant chaque ombre, chaque ruine, ses yeux cherchant à déceler un mouvement suspect. La tension était palpable, l’adrénaline faisant battre son cœur plus vite.
Il arriva au centre de la place. Le silence était lourd, presque oppressant. Il s’arrêta, cherchant des indices, des signes d'une présence. Puis, soudain, une silhouette apparut dans l’ombre du vieux kiosque. Un homme grand, silhouette imposante, se tenait là, immobile.
Jin serra les poings. Il sentit un frisson parcourir son échine. L’homme s’approcha lentement, sortant de l’obscurité. L’air semblait se figer autour de lui.
Puis l'homme parla, d'une voix basse et familière, mais dure.
– Tu n’as pas changé, Jin. Toujours aussi direct. Toujours aussi têtu.
Les yeux de Jin s'écarquillèrent.
– Oncle Luc ?? murmura-t-il, incrédule, les mots presque bloqués dans sa gorge.
L’homme en face de lui n’était autre que son oncle, Luc. Il le reconnaissait malgré les années passées, malgré les cicatrices que le temps avait gravées sur son visage. Luc, cet homme qui avait disparu de sa vie des années plus tôt, laissé dans l’ombre de secrets familiaux et de promesses brisées. Un homme avec qui il avait partagé son enfance, avant que tout ne parte en éclats.
Luc sourit d’un air amer, presque ironique.
– Tu n’as pas l’air très content de me revoir, Jin. Pourtant, tu devrais. Après tout, tu n’as jamais cherché à savoir ce qui m’est arrivé, n’est-ce pas ? Tu as préféré oublier.
Jin ne bougea pas, toujours sous le choc.
– Pourquoi ? Pourquoi me faire ça ? Pourquoi m’impliquer dans tout ça ?
Luc haussait les épaules, comme si la question n’avait aucun sens.
– Parce que tu es plus proche de la vérité que tu ne le crois. Et si tu veux vraiment tout savoir, tu dois comprendre que tout ça fait partie d’un jeu beaucoup plus grand. Un jeu où les enjeux sont… bien plus importants que tu ne l’imagines.
Jin se resserra, la colère montant dans ses yeux.
– Qu’est-ce que tu veux de moi, Luc ? Pourquoi cette clé USB ? Et pourquoi me traiter comme ça, en me faisant venir ici ?
Luc laissa un long silence, observant Jin de ses yeux fatigués, comme s’il pesait chaque mot avant de le dire.
– Parce que, Jin, tu es l'un de ceux qui peuvent encore faire la différence. Si tu veux vraiment comprendre, si tu veux voir jusqu'où cette histoire peut aller, tu sais où trouver la réponse. Mais sois prêt à payer le prix.
Jin fit un pas en avant, son regard perçant.
– Qu’est-ce que tu veux dire par là ?
Luc tourna son regard vers l’obscurité, un sourire froid se dessinant sur ses lèvres.
– Ce n’est pas la clé USB qui t’intéresse. C’est le pouvoir derrière elle. Et tu vas devoir choisir de quel côté tu veux te mettre. Sinon… tu risques de disparaître avec le reste.
Une tension lourde s’installa entre eux. Jin n’avait plus de doute : son oncle était profondément impliqué dans une toile bien plus vaste, et il était maintenant piégé au centre de tout ça.
Luc fit un geste vague, puis se détourna.
– Nous n’avons plus rien à nous dire. Si tu veux sauver ta peau, laisse tomber cette histoire. Quitte cette affaire avant qu’elle ne te consume. Sinon… tu verras bien ce que le prochain coup sera.
Jin resta immobile un moment, ses poings serrés, les yeux fixés sur la silhouette qui s’éloignait.
Il savait désormais que cette rencontre n’était que le début d’un chemin semé d’embûches, et que, cette fois, il était pris dans un jeu dont les règles échappaient à sa compréhension.
Mais une chose était certaine : il ne partirait pas sans réponse.
Ancienne place publique, quelques instants après la confrontation…
Le silence était lourd, et les ombres se faisaient de plus en plus menaçantes. Jin observait Luc, les yeux encore pleins de surprise, tandis que ce dernier continuait à s’exprimer.
– Je ne suis pas impliqué dans cette affaire, Jin, dit Luc d’une voix grave. Je suis là pour te sortir de cette galère. J’ai suivi des gens comme toi. Actuellement, je suis suivi moi aussi. Et là, dans cet endroit, je ne devrais pas rester plus d’une minute.
Mais avant qu’ils aient le temps de réagir, un bruit de pas lourd résonna autour d’eux, un son inquiétant qui fit sursauter Jin. Une silhouette se déplaça dans l’ombre. Puis une autre. Et soudain, un groupe de bandits masqués surgit de toutes parts, encerclant Jin et Luc.
– Merde… murmura Jin en préparant son corps à l’affrontement.
Les bandits attaquèrent immédiatement, leur démarche fluide et menaçante. Jin réagit rapidement, esquivant une première attaque et frappant l’un des assaillants d’un coup précis. Il se battait avec l’agilité d’un professionnel, son corps se mouvant avec une rapidité et une précision impressionnantes.
Mais malgré ses efforts, la situation tournait mal. Un bandit parvint à saisir Luc et le plaqua au sol. Un autre assaillant se jeta sur Jin, et même s'il parvint à en mettre quelques-uns hors de combat, les bandits étaient trop nombreux.
– Lâche-le ! cria Jin, désespéré, alors qu’il essayait en vain de se libérer des griffes de ses agresseurs.
Luc était maintenant à terre, immobile, un bandit le maintenant fermement. Un coup violent de la part d’un autre bandit envoya Luc dans l’inconscience. Jin tenta une dernière fois de sauver son oncle, mais il fut retenu par un autre groupe de bandits qui l’empêchèrent d’avancer.
En quelques secondes, tout semblait déjà fini. Les assaillants commencèrent à se retirer aussi rapidement qu’ils étaient arrivés, emportant avec eux Luc, laissant Jin seul au milieu de la place.
Avant de disparaître, l’un des bandits laissa tomber un papier. Jin, encore sous l’effet du choc, se précipita dessus. Il lut rapidement les mots :
“Tu as vu, maintenant. Si tu continues à t'impliquer, tu en payes le prix. Lâche cette affaire, Jin, ou tu ne pourras pas en sortir indemne.”
Jin serra le papier dans sa main. Il n’avait pas le temps de réfléchir à cette menace. Il devait réagir.
Au loin, les phares d’un véhicule se firent soudainement entendre, et des moteurs rugirent dans la nuit. C'était Éric et Siriano qui arrivaient à toute vitesse.
– Jin ! appelèrent-ils en sortant du véhicule, leurs voix pleines d’urgence.
Jin se tourna vers eux, la colère et l’anxiété brûlant dans ses yeux.
– Ils ont pris l’oncle Luc, ils l’ont emmené. Il faut les suivre ! Maintenant !
Éric s'approcha rapidement, son regard déterminé.
– D’accord, mais avant tout, tu vas nous dire ce qui s’est passé ici, et on se charge de les retrouver. Il faut d’abord t’assurer que tu sois prêt pour ce qui va suivre.
Siriano, tout aussi sérieux, scrutait déjà les alentours, cherchant des indices, des signes qui pourraient leur indiquer la direction des assaillants.
– Ce n’est pas une simple menace. C’est un avertissement. Ils veulent nous faire comprendre que nous sommes en danger. Il faut les retrouver avant qu’ils n’aient le temps de disparaître.
Jin, déterminé, souffla profondément. L’adrénaline pulsait dans ses veines, il n’allait pas laisser son oncle entre leurs mains.
– On le sauve d’abord. Après, je m’occupe de régler cette histoire une bonne fois pour toutes.
Éric hocha la tête, et Siriano ajouta :
– Nous, on sera là. Mais maintenant, il faut agir vite. Ils ont un avantage, mais on peut encore les rattraper.
Jin regarda ses coéquipiers, un seul mot dans sa tête : Vengeance.
Un coin reculé à Toreno – quelques minutes après l’enlèvement de Luc
Dans une ruelle sombre et discrète, Éric, Siriano et Jin s’étaient momentanément repliés pour établir leur plan. Jin était encore essoufflé, le regard sombre, ses poings serrés. Le silence était seulement troublé par les bruits de véhicules au loin et le souffle de la colère contenue.
Éric sortit son téléphone, composa rapidement un numéro et attendit.
– Allô, Monsieur le Président ? Ici Éric. Nous avons une urgence. Oncle Luc vient d’être enlevé sous nos yeux. Oui, à l’ancienne place publique. Envoyez-nous des renforts. Discrets, mais rapides. Il ne faut pas qu’ils quittent Toreno.
Il écouta attentivement les réponses de son interlocuteur, hocha la tête, puis raccrocha.
– Le président envoie une équipe tactique. Ils devraient arriver d’ici dix minutes. En attendant, on ne bouge pas seuls.
À cet instant précis, le téléphone de Jin vibra. Il décrocha sans tarder.
– Allô ?
– Jin, je sais que ça commence par mal tourner, dit la voix d’Alice, vive et inquiète. Sarah, Jennifer, Shistelle et moi… on ne veut pas rester ici sans vous. Je sais que vous aurez besoin de nous. On vous a déjà tracé. On sera là dans quelques minutes.
– Quoi ?! Mais Alice, ce n’est pas prudent…
– On ne veut pas rester en arrière, Jin. C’est notre combat aussi. À tout de suite.
Elle raccrocha avant qu’il ait pu ajouter un mot.
Jin tourna les yeux vers Éric et Siriano.
– C’était Alice. Elle arrive avec Sarah, Jennifer et Shistelle. Elles disent qu’on les a déjà tracées, qu’elles veulent être de la partie.
Siriano grimaça.
– Bon sang… maintenant tout le monde est impliqué.
Éric soupira, puis regarda Jin avec sérieux.
– Alors on n’a plus le droit à l’erreur. On va poser un plan clair. Quand les renforts et les filles arrivent, on agit ensemble. Et cette fois, on ne laisse plus rien nous échapper.
Jin hocha la tête, plus déterminé que jamais.
Une quinzaine de minutes plus tard – Rue adjacente à l’ancien quartier industriel de Toreno
Le silence fut brisé par le bruit net de freins et de portières qui claquent. Une voiture sombre s’immobilisa à quelques mètres du groupe. Alice sortit la première, suivie de Sarah, Jennifer et Shistelle. Toutes étaient en tenue discrète, prêtes à agir. Jin accourut vers elles, inquiet.
– Vous avez fait vite, dit-il, un brin soulagé malgré lui.
– On a roulé à fond, répondit Alice. On n’est pas venues pour rester derrière.
Sarah s’approcha d’Éric.
– Alors ? Où en est le plan ?
– Il commence maintenant, dit Éric en montrant d’un signe de tête les nouveaux arrivants.
Derrière eux, deux véhicules tout-terrain de l’armée et une voiture banalisée de la police venaient de se garer. Une dizaine de soldats armés en tenue tactique descendirent, accompagnés de trois officiers de police.
Un homme en veste sombre et insigne présidentiel s’avança vers Éric.
– Je suis le commandant Dossou. Le président nous a envoyés en soutien. Donnez-nous les grandes lignes. Nous sommes opérationnels.
Éric prit un instant, puis tourna son regard vers toute l’équipe réunie : Jin, Alice, Sarah, Jennifer, Shistelle, Siriano, les soldats, les policiers.
– Bien. On a un homme à sauver, et des criminels à neutraliser. Oncle Luc a été enlevé par un groupe organisé, sans doute lié à l’affaire du dossier gouvernemental sur la clé USB.
– Le plan est simple, poursuivit Siriano. On va quadriller la zone autour du lieu de l’enlèvement. On commence par les entrepôts désaffectés et les anciens tunnels ferroviaires. Ils pourraient s’y cacher.
– Jin et moi, on partira en première ligne, dit Éric. Le reste de l’équipe sera réparti en unités mixtes : militaires, policiers, nous tous. Personne ne bouge seul.
– Moi, je veux être avec Jin, coupa Alice.
– D’accord, dit Jin, sans discuter.
Commandant Dossou acquiesça.
– On déploie immédiatement. Mais attention : ils sont bien armés. Si Luc est vivant, ils peuvent tenter de le déplacer à tout moment.
Jennifer se tourna vers Shistelle :
– On ne doit pas les laisser s’échapper cette fois.
Shistelle hocha la tête.
– Ni leur donner l’occasion de blesser qui que ce soit d’autre.
Éric termina :
– Ce soir, c’est eux ou nous. Alors restez concentrés, ne vous laissez pas distraire. Oncle Luc doit sortir vivant. Et cette fois, on découvre qui tire les ficelles.
Tous acquiescèrent, déterminés.
Les groupes se mirent en mouvement. Les moteurs se remirent à vrombir. Toreno allait vivre une nuit agitée.
Entrepôt numéro 3 – Ancien complexe industriel de Toreno
La poussière dansait dans les rayons de lumière qui passaient à travers les vitres brisées. Des caisses rouillées, des outils abandonnés, et une odeur d’humidité donnaient à l’endroit une atmosphère sinistre. Jin et Éric avançaient prudemment, torches à la main, armes prêtes, couvrant chaque angle.
– On dirait que tu n’as plus peur de rien, dit Éric à voix basse, en observant les gestes assurés de Jin.
Jin esquissa un léger sourire sans quitter des yeux le couloir sombre devant lui.
– Quand on te menace chez toi, qu’on attaque ta compagne et qu’on enlève un membre de ta famille… la peur devient un luxe que tu ne peux plus te permettre.
– C’est pas faux, répondit Éric. Mais garde une part de prudence. C’est elle qui te gardera vivant.
Ils s’arrêtèrent net en entendant un grincement métallique plus loin.
Jin leva le poing. Les deux hommes se plaquèrent contre un mur, écoutant. Un bruit de pas… puis plus rien.
– Ça venait de là, murmura Éric en désignant une porte entrouverte à leur droite.
Jin hocha la tête et avança le premier. Il poussa doucement la porte avec le canon de son arme. L’intérieur était sombre, encombré de vieux casiers métalliques.
Soudain, un rat s’échappa en courant.
– Fausse alerte, souffla Jin.
Éric souffla du nez, un rictus aux lèvres.
– Tu vois ? Même sans peur, on n’échappe pas aux surprises.
Ils ressortirent de la pièce et poursuivirent leur exploration.
– Tu penses qu’oncle Luc disait vrai ? demanda Éric après un moment.
– Je pense qu’il en sait plus qu’il ne dit. Et s’il est vraiment suivi, alors ceux qu’on affronte sont bien plus proches du sommet qu’on ne le pensait.
– On n’est peut-être pas loin du centre de tout ça, alors. Faut qu’on reste vigilants. Et qu’on garde nos arrières couverts.
Un grésillement de talkie-walkie coupa la discussion.
– Ici équipe Delta, on a trouvé des traces de sang près de l’entrepôt numéro 5. Demande renforts.
Jin et Éric se regardèrent.
– C’est peut-être là, murmura Jin.
– En route.
Ils sortirent à vive allure, enjambant les débris, courant vers la prochaine étape de cette nuit de tension.
Zone ouest du complexe – Ancienne station de chargement
Le groupe mené par Siriano progressait entre les wagons rouillés et les hangars effondrés. Alice ouvrait la marche, arme au poing. Sarah et Shistelle surveillaient les arrières, pendant que Jennifer analysait les alentours à l’aide d’un détecteur thermique portatif.
Un bruit les fit s’arrêter net.
– Trois silhouettes en approche, souffla Jennifer. Droite. En mouvement.
Siriano fit signe au groupe de se dissimuler derrière les caisses de métal. Les silhouettes devinrent plus nettes : trois hommes armés, en tenue noire, avançant sans se presser. Des gardes. Probablement liés au groupe qui avait capturé Oncle Luc.
Alice échangea un regard avec Siriano. Ce dernier hocha la tête.
– On les prend par surprise.
À peine le mot dit que Sarah lança un petit objet qui émit un flash éblouissant. Les gardes furent désorientés.
– Maintenant ! cria Alice.
Le groupe surgit. Jennifer projeta le premier au sol avec une précision redoutable. Shistelle désarma le second, pendant que Sarah neutralisait le troisième avec un coup net à la nuque. En quelques secondes, les trois hommes étaient inconscients, attachés, bâillonnés.
Siriano récupéra l’une des oreillettes ennemies, la glissa dans sa poche, puis appuya sur son propre émetteur.
– Jin, Éric, vous me recevez ?
– C’est Siriano. On a réussi à mettre certains gardes à terre. Ils étaient trois, sans renfort. On les a neutralisés proprement. Et de votre côté ?
Un court silence suivit, le temps que le signal traverse les bâtiments. Puis une voix grésilla dans l’oreillette.
– Ici Jin. Reçu fort et clair. On vient de repérer des traces de sang. On pense être proches de quelque chose.
Siriano tourna les yeux vers les filles.
– Alors les choses s’accélèrent. Préparez-vous à du mouvement.
Alice serra les dents.
– Ils ont intérêt à être prêts de leur côté. Oncle Luc n’a sûrement plus beaucoup de temps.
Ils se remirent en route, un peu plus pressés, plus silencieux, sentant que la confrontation finale approchait.
Entrepôt numéro 5 – Partie centrale du complexe
Les lourdes portes grincent lorsque Jin et Éric les poussent. À l’intérieur, l’obscurité est à peine percée par quelques lampes suspendues au plafond, balançant doucement sous l’effet du vent. L’odeur du sang et de la poussière est forte.
Des traces sombres mènent vers une zone barricadée de caisses empilées. Jin avance, arme en main, tendu. Éric le suit de près.
Soudain, une silhouette émerge de l’ombre. Un homme en noir, droit, calme. Il est entouré de quatre gardes massifs, visiblement bien entraînés.
Quand la lumière l’éclaire partiellement, Jin s’arrête net. Ses yeux s’écarquillent.
– Alex…??
L’homme sourit légèrement, un sourire qui trahit autant la surprise que la tension.
– Ça fait des années que je te cherche, Jin.
Éric tourne la tête vers Jin, étonné.
– Tu le connais ?
Jin ne répond pas tout de suite. Il fait un pas en avant, toujours méfiant.
– Alex… on a grandi ensemble. On a tout traversé… jusqu’à ce que tu disparaisses du jour au lendemain. Tu étais censé être mort !
– Mort ? Non. Juste effacé. Et tu sais pourquoi ? Parce que j’avais vu ce que vous refusez tous de voir. Le système pour lequel vous vous battez… est corrompu jusqu’à la moelle. J’ai décidé de me battre autrement.
Jin serre la mâchoire.
– Et ça justifie les enlèvements ? Les attaques ? L’alliance avec des criminels ?
Alex ricane.
– Ce que tu appelles "criminels", moi je les appelle les outils nécessaires pour briser un système verrouillé.
Éric s’approche de Jin, murmure :
– Il est instable. Et dangereux.
Les gardes autour d’Alex se tiennent prêts. La tension est palpable. Jin lève lentement les mains.
– Alex, si tu es vraiment celui que j’ai connu… dis-moi où est mon oncle.
Alex plisse les yeux, puis lance froidement :
– Trop tard pour les retrouvailles. Ce soir, tu vas devoir choisir, Jin. Ou tu continues avec eux… ou tu rejoins la vérité.
Il claque des doigts.
Les quatre gardes dégainent en même temps.
Éric sort son arme rapidement.
– Jin, on n’a plus le choix !
Entrepôt numéro 5 – Confrontation
L’ambiance est électrique. Les gardes d’Alex sortent leurs armes en même temps qu’Éric. Jin reste figé, les yeux rivés sur son ancien ami.
Alex murmure, avec un brin de tristesse :
– Dommage que tu aies choisi leur camp.
Mais avant qu’un premier coup ne parte…
– À couvert ! hurle une voix familière.
Une petite grenade flash est lancée à l’intérieur de l’entrepôt. L’instant d’après, une explosion assourdissante fait vibrer les murs. Un éclair de lumière blanche désoriente tout le monde.
Siriano et le reste de l’équipe surgissent. Alice et Shistelle couvrent les angles, Sarah et Jennifer visent les gardes restants.
Le chaos éclate.
Jin se rue sur Alex, le plaque au sol. Les deux hommes roulent sur le béton, échangeant des coups violents.
– T’es devenu fou ! crie Jin entre deux coups de poing.
– Tu ne comprends rien, Jin ! Le vrai ennemi, c’est l’État que tu sers ! hurle Alex en ripostant.
Pendant ce temps, Éric se bat avec deux gardes à la fois. Il parvient à désarmer l’un et à projeter l’autre contre une pile de caisses.
Alice tire sur un troisième garde qui voulait surprendre Jin. Jennifer donne un coup de pied circulaire au dernier garde qui menaçait Shistelle.
Une sirène retentit soudain au loin.
– Renforts de la police de Toreno ! hurle un officier dans un mégaphone.
Des véhicules blindés encerclent rapidement le complexe. Des dizaines d’agents armés pénètrent dans l’entrepôt.
Alex, voyant qu’il est dépassé, tente de fuir, mais Jin le plaque de nouveau au sol.
– Cette fois, tu ne disparais pas, Alex.
Dans une pièce annexe, deux agents retrouvent Oncle Luc, ligoté, mais conscient.
– Jin ! cria l’un des policiers. On a retrouvé votre oncle !
Jin se relève, haletant, les mains couvertes de sang, tandis que Siriano, Éric, Alice, Jennifer, Shistelle et Sarah se regroupent autour de lui.
L’oncle Luc, affaibli, est conduit à l’extérieur sous bonne escorte.
Quelques heures plus tard – Aéroport militaire de Toreno
Le petit avion gouvernemental est prêt. L’équipe monte à bord, fatiguée mais soulagée. Jin, en silence, regarde la ville s’éloigner derrière eux.
Siriano s’assoit à côté de lui.
– C’était chaud, mais on a réussi. Alex… c’est pas juste un fou. C’est un homme blessé, et ça le rend dangereux.
Jin acquiesce lentement.
– On fera le point avec le président. Mais je sens que ce n’est que le début.
Destination : Mortigan.
Objectif : faire le compte rendu au président et préparer la suite.
À bord de l’avion militaire – Vol vers Mortigan
Le ronronnement régulier des turbines berce l’atmosphère tendue mais apaisée. Chacun essaie de reprendre son souffle, assis dans les sièges métalliques de l’appareil. Oncle Luc dort, bandé et sous perfusion. Sarah le veille.
Siriano lance soudain, un léger sourire aux lèvres :
– Jin… je t’avais dit dans mon dernier message, quand on était encore ensemble.
Jin tourne la tête vers lui, surpris.
– Quoi ?
Éric, les bras croisés, reprend aussitôt :
– Je t’avais dit que tu nous reviendrais. Ou bien tu n’as pas lu ce message ?
Jin esquisse un sourire fatigué.
– J’ai tout changé, tu sais. J’ai changé de ville, changé de nom dans mes dossiers, changé de cercle. Je voulais vraiment ne plus avoir affaire à ces histoires de conflits… mais quand la nature l’exige… on ne peut rien faire.
Il laisse échapper un soupir long.
– C’est comme si c’était écrit. Tu peux courir, mais ton sang finit toujours par te rappeler ce que tu es.
Alice le regarde, assise en face.
– Tu t’es battu comme si tu n’avais jamais arrêté. On n’aurait pas réussi sans toi.
– On n’aurait pas réussi sans vous non plus, répond Jin en croisant son regard.
Jennifer prend la parole :
– Ce Alex, c’est pas juste une histoire du passé. Il connaît trop de choses sur vous, sur nous maintenant. Il est dangereux. Mais ce n’est qu’un pion. Quelqu’un l’utilise.
– Exactement, approuve Shistelle. Et cette personne n’a pas encore montré son vrai visage.
Sarah revient s’asseoir.
– Le président va vouloir des réponses. Et on a des pièces, mais pas tout le puzzle.
Un silence s’installe, pesant mais complice.
Siriano conclut doucement :
– On est tous revenus dans ce combat. On va devoir finir ce qu’on a commencé.
Tous hochent la tête. Jin, le regard perdu dans le hublot, murmure :
– Cette fois, on va jusqu’au bout.
Palais présidentiel – Mortigan
La grande porte du palais s’ouvre, laissant entrer l’équipe épuisée mais déterminée. Jin marche aux côtés d’Éric et Siriano. Alice, Jennifer, Shistelle et Sarah suivent derrière. Oncle Luc est escorté vers une aile médicale sous haute sécurité.
Dans le hall d’entrée, le président les attend, entouré de quelques généraux et de conseillers. Il se lève immédiatement à leur arrivée, les bras ouverts.
Éric, en souriant légèrement, prend la parole :
– On voulait prendre la voiture mais on a été obligé de les laisser à Toreno.
Le président sourit calmement.
– Vos véhicules sont amenés chez vous. Ne vous étonnez pas.
(Rires discrets dans l’équipe.)
Siriano en profite pour lancer, l’air moqueur :
– Il semble que ça a été la première fois pour certains de prendre l’avion…
Alice le regarde en plissant les yeux.
– Eh bro, je suis visée là. Attention !
Tout le monde éclate de rire, malgré la fatigue qui pèse encore sur leurs épaules.
Le président lève la main, demandant le silence.
– Mes amis, vous avez accompli quelque chose d’énorme. Ce que vous avez fait à Toreno n’était pas juste une mission. Vous avez évité une brèche dans notre système, vous avez sauvé un homme important, et surtout, vous avez tenu bon malgré les dangers.
Il s’avance vers eux.
– Ce n’est pas seulement l’État qui vous remercie, c’est tout un peuple. Des agents comme vous, on n’en trouve pas à chaque coin de rue. Vous êtes une famille, un groupe uni. Et vous êtes la preuve que, face à la menace, l’union reste notre meilleure force.
Il s’arrête, balayant chacun du regard.
– Reposez-vous ce soir. Mais demain… on aura à parler de la suite. Parce que ce que vous avez découvert à Toreno… n’est que la surface.
Un silence s’installe. Jin échange un regard avec Éric et Siriano. Tous comprennent : la mission continue.
Nuit tombée – Résidence présidentielle, Quartiers réservés
Dans un salon sobrement aménagé pour les accueillir, l’équipe est regroupée, chacun dans un coin du canapé ou assis sur des coussins au sol. Une douce lumière tamise la pièce. Le silence est pesant. Certains fixent le plafond, d’autres contemplent le vide.
C’est Siriano qui, comme souvent, brise le silence d’une voix grave, posée :
– Le président a dit que ce que nous avons découvert à Toreno n'est que la surface. Donc… il y en a d'autres qui sont toujours prêts à renverser le gouvernement actuel.
Un frisson parcourt la pièce. Éric, les bras croisés, regarde le sol, les traits tirés :
– Donc si je comprends bien, la ville de Toreno cache des agents infiltrés et des criminels. Moi je suis fatigué. Jusqu'à quand cela finira ??
Il marque une pause, puis ajoute avec lassitude :
– Cette fois-ci, j’irai dans une petite ville peu reconnue. Toreno n’est plus un refuge pour moi.
Un silence suit ses paroles. Puis Jin, toujours droit malgré la fatigue, murmure :
– Bro… il n’y a pas de repos éternel pour les vivants.
Alice, allongée à moitié sur un coussin, réagit doucement :
– Même quand on fuit, la tempête finit toujours par nous retrouver.
Jennifer hoche la tête :
– Oncle Luc n’a même pas eu le temps d’expliquer. Et ce Alex… il ne tombe pas du ciel. Il représente quelque chose… quelqu’un.
Sarah se lève, va vers la fenêtre, regarde la ville endormie :
– On aurait dit un combat de clôture, mais c’était juste le premier mur.
Shistelle conclut d’une voix posée :
– Et si c’est le début, il faut qu’on soit prêts. Même si on est fatigués.
Ils se regardent tous. Aucun mot de plus. Le silence, cette fois, est complice. Un silence qui sait que demain, tout peut recommencer.
Matin – Résidence présidentielle, Quartiers réservés
Le soleil perce doucement les rideaux des chambres. Petit à petit, les membres de l’équipe émergent de leur sommeil, certains encore les yeux mi-clos, d’autres déjà debout.
Siriano, à peine levé, regarde son téléphone qui vibre. Il décroche, la voix encore un peu rauque.
– Allô ?
La voix du président, claire et calme, se fait entendre à l’autre bout du fil :
– Allô, vous êtes libres pour le moment. Au cas où quelque chose va mal tourner, on vous appellera. Chacun est libre d’aller où il veut.
Siriano sourit, hoche la tête comme s’il était vu, puis répond simplement :
– Bien reçu, monsieur le Président.
Il raccroche et rejoint le salon où tout le monde se retrouve pour un petit déjeuner rapide. Il tape doucement dans ses mains pour attirer l’attention.
– Les gars, message du président : on est libres pour le moment. S’il se passe quelque chose, on nous contactera. D’ici là, chacun fait ce qu’il veut.
Un grand soupir de soulagement parcourt la pièce.
Jin lève aussitôt la main avec un grand sourire :
– Cooool !!! Éric, on retourne à Toreno ?
Éric, une tasse de café en main, opine :
– Avec plaisir. Mais cette fois, quand on y sera… on se balade, pas de plan, pas de mission.
Jennifer, adossée à la porte, rit doucement :
– Et nous, on reste à Mortigan. Un peu de calme ici, ça nous fera du bien.
Siriano sourit, prenant ses clés posées sur la table :
– Moi, je quitte Mortigan. Je vais aller me reposer dans une autre ville. Il est bien de changer d’air.
Éric, en rangeant son gobelet, lance :
– Moi aussi, quand j’irai à Toreno avec Jin, on ira se balader. Faire un vrai tour cette fois.
Alice, les bras croisés, les taquine :
– Ce serait cool si vous, les hommes, vous allez dans une autre ville ensemble… et nous on reste à Toreno. Juste pour voir comment vous survivez sans nous.
Tout le monde éclate de rire. Sarah, souriante, ajoute :
– Ça risque d’être triste pour eux. Mais bon… une pause ne fait jamais de mal.
Scène – Route vers Toreno, puis arrivée en ville
Le convoi quitte Mortigan au petit matin. L’air est frais, l’atmosphère détendue. Dans les voitures, on entend quelques éclats de rire, des échanges paisibles. Tous ont laissé derrière eux le palais présidentiel, les entrepôts, les fusillades… pour un temps.
Quelques heures plus tard, Toreno se dessine à l’horizon. Les souvenirs y sont encore frais, mais la ville semble paisible pour le moment. Les voitures ralentissent à l’entrée, chacun observe les lieux comme s’ils les redécouvraient.
Ils arrivent devant la maison de Jin. Les hommes descendent d’un côté, les femmes de l’autre. Petites valises, sacs à dos, sourires sur les visages.
Éric, regardant autour de lui, se tourne vers Alice, Jennifer, Sarah et Shistelle avec un petit sourire malicieux :
– Prenez soin des enfants. Nous, on part en aventure.
Jennifer, bras croisés, lève un sourcil amusé :
– Des enfants ? C’est à nous que tu parles là ?
Shistelle, faussement vexée :
– Faites attention à ne pas vous perdre cette fois.
Sarah, souriante :
– Ramenez au moins quelque chose d’intéressant.
Alice, taquine :
– Ouais, pas juste des égratignures et des excuses bidons, hein.
Les rires fusent. Jin, sac léger sur le dos, claque dans la main d’Éric.
– On y va. Une petite virée dans ce fameux parc du nord… loin du bruit, loin des enquêtes. Juste les gars et la nature.
Siriano ferme la portière de la voiture et lance :
– Laissez-les parler. Elles savent qu’on reviendra quand même.
Éric, en s’éloignant, crie par-dessus son épaule :
– Et si on ne revient pas… c’est que l’aventure en valait vraiment la peine !
Les hommes s’éloignent dans un autre véhicule, direction les montagnes du nord de Toreno, vers un parc naturel peu connu, promesse de tranquillité… ou de nouveaux rebondissements.
Scène – À Toreno, chez Jin
Le soleil commence à grimper dans le ciel de Toreno. Dans la maison, l’ambiance est douce. Les filles sont en mode détente, mais pas totalement. Une légère tension plane, celle de femmes habituées à l’action.
Alice descend au salon en short et t-shirt, les cheveux attachés à la va-vite. Elle trouve Jennifer en train de consulter discrètement un dossier resté dans la valise d’Éric.
– T’as pas pu t’en empêcher hein, dit Alice en souriant.
Jennifer, concentrée :
– J’essaie juste de comprendre pourquoi ils sont si sûrs que l’affaire est finie. Ce Alex, ce réseau, Toreno… Ça sent encore le piège.
Shistelle débarque avec un plateau de jus frais :
– Les filles, détente un peu. Laissez les hommes se croire utiles aujourd’hui.
Sarah, depuis la cuisine, lance :
– On pourrait en profiter pour nous balader en ville. Voir si certains visages nous paraissent familiers. On sait toutes que l’ennemi n’est jamais loin.
Alice, en s’asseyant :
– Moi je suis partante. Et puis, si on se croise un regard louche, on saura quoi faire.
Jennifer range rapidement les documents.
– D’accord, mais on reste discrètes. Promenade oui, mais les yeux ouverts.
Scène – Dans les rues de Toreno
Les quatre femmes sortent, habillées simplement, lunettes de soleil, sacs légers. Rien qui attire l’attention. Elles marchent dans une ruelle commerçante, saluent quelques passants, observent les mouvements autour d’elles.
Shistelle, en chuchotant :
– Je parie qu’ils sont en train de jouer aux explorateurs là-bas pendant qu’on assure la vraie surveillance ici.
Sarah sourit :
– Peut-être… mais s’il se passe quelque chose ici, ils seront bien contents de nous avoir.
Alice, observant une voiture noire qui passe lentement :
– J’ai vu ce véhicule hier soir, garé près de la vieille station essence. Ça me paraît louche.
Jennifer, sérieuse :
– On le suit discrètement. Mais sans faire de vague.
Elles prennent un chemin parallèle, observant la voiture. Elle finit par s’arrêter devant un ancien entrepôt abandonné.
Shistelle, les bras croisés :
– On prend des photos. On analyse ce lieu ce soir. Si on sent que c’est chaud, on appelle les gars. Sinon, on garde ça pour plus tard.
Alice, en activant discrètement son téléphone :
– Les reines aussi peuvent jouer sur l’échiquier.
Scène – Devant l’entrepôt abandonné, Toreno
Les filles observent l’entrepôt en gardant une distance de sécurité. Le bâtiment, délabré et silencieux, semble inhabité, mais une tension invisible flotte dans l’air.
Jennifer, à voix basse :
– Trop calme. Même les oiseaux se taisent ici…
Soudain, une silhouette familière émerge de l’ombre d’un angle du bâtiment. L’homme s’approche lentement. Les filles se crispent d’abord, mais Alice reconnaît immédiatement la démarche.
– Attendez… c’est… Oncle Luc !
Luc, visiblement essoufflé, lève la main :
– Ne posez pas de questions. Quittons ce lieu, maintenant.
Sarah, surprise :
– Mais qu’est-ce que vous faites ici ?
Luc, baissant la voix, les yeux balayant les alentours :
– Il y a des choses que vous ne devez pas savoir ici. Pas encore. Votre présence ici peut éveiller des soupçons. Rentrez à la maison, immédiatement.
Shistelle échange un regard rapide avec Jennifer, puis hoche la tête.
Alice, sans discuter, prend la tête du groupe :
– Allons-y. S’il est ici, c’est que le danger est plus proche qu’on ne le pense.
Elles rebroussent chemin en silence, suivant Luc qui disparaît dans une ruelle parallèle, refusant de répondre à la moindre question.
Scène – Retour à la maison, quelques minutes plus tard
Les filles referment la porte derrière elles. La tension est encore palpable.
Jennifer, regard fixé vers la rue à travers les rideaux :
– S’il est là, c’est que le réseau est encore actif. Et plus proche qu’on ne l’imagine.
Alice, en soufflant :
– On doit prévenir les garçons. Mais pas maintenant. Pas au téléphone.
Sarah, déterminée :
– Ce n’est pas fini. On pensait que Toreno allait nous laisser souffler… mais on vient d’avoir un rappel.
Scène – Parc naturel à quelques kilomètres de Toreno
La lumière du jour filtre à travers les arbres denses du parc. Le chant des oiseaux et le bruissement des feuilles composent une atmosphère paisible. Jin, Eric et Siriano marchent lentement, sac à dos léger et bouteilles d’eau à la main.
Eric, s'étirant les bras :
– Ah… enfin un peu d’air pur. J’ai l’impression que mes poumons redécouvrent la vie.
Siriano, en souriant :
– T’as pas tort. Ça nous change des grenades et des entrepôts pleins de brutes.
Jin, le regard un peu perdu dans les feuillages :
– Vous savez que j’avais presque oublié ce que ça faisait de ne pas avoir à surveiller ses arrières…
Ils s’installent sur un tronc d’arbre renversé. Un moment de silence s’installe, coupé par le chant d’un oiseau.
Eric, fixant Jin :
– Hé Jin… t’as changé, tu sais.
Jin, sans tourner la tête :
– C’est ce genre de vie qui change un homme.
Siriano, amusé :
– T’as vu comment t’as sauté sur Alex l’autre fois ? Même moi j’ai eu peur pour lui.
Eric, en riant :
– Et dire que ce même Jin voulait vivre paisiblement à Toreno avec une bibliothèque et une guitare…
Jin, en riant à son tour :
– C’est toujours le plan. Mais la guitare attendra.
Siriano, s’adossant contre le tronc :
– Vous croyez qu’on aura vraiment la paix un jour ? Ou bien… c’est le destin qui nous colle aux missions comme ça ?
Eric, en soupirant :
– Peut-être qu’on est faits pour ça. Mais une chose est sûre : dès que ça se calme, je me barre loin. Très loin. Genre une île déserte sans téléphone.
Jin, souriant :
– Juste préviens-nous avant de disparaître, bro.
Ils éclatent tous les trois de rire, mais un silence s’installe juste après. Une sorte d’instinct les relie : ils savent que le calme ne dure jamais longtemps.
Siriano, comme s’il sentait quelque chose :
– Vous sentez pas que le calme est trop parfait ?
Eric, en fronçant les sourcils :
– T’allais bien jusqu’à ce que tu dises ça…
Jin, regardant son téléphone sans notifications :
– Pas de nouvelles. Mais ça ne veut pas dire qu’il ne se passe rien.
Ils reprennent leur marche, un peu plus attentifs désormais, comme si l’ombre d’un nouvel orage se formait à l’horizon.
Scène – Retour à Toreno
Les hommes et les femmes se retrouvent sur la route, après une journée de séparation. Le voyage a été calme, mais l’atmosphère est empreinte d'une tension palpable. Arrivés à Toreno, les deux groupes se divisent naturellement.
Eric, arrêtant sa voiture, regarde l’équipe une dernière fois avant de partir.
– Bon, on vous laisse ici. Le reste de l’équipe a déjà filé. Prenez soin de vous ici. Vous êtes les derniers à rester à Toreno, alors profitez-en tant que vous pouvez.
Jin, en souriant :
– On sait qu’on n’aura pas de répit, mais on peut toujours espérer un peu de calme.
Alice, en souriant à Jin et Eric :
– C’est à nous de s’occuper de ce qu’il reste ici. Profitez de Mortigan. On vous rejoint plus tard, on l’espère.
Sarah, en rigolant :
– Vous allez vraiment partir à l’aventure à Mortigan ? Faites attention, hein.
Eric, se retournant vers la voiture où Jin le rejoint :
– T’inquiètes, on sera prudents. Ce n’est pas notre première fois à Mortigan. Mais vous, amusez-vous à Toreno.
La voiture démarre doucement alors que l’équipe regarde leurs amis partir. Le bruit du moteur s’éloigne peu à peu, et ils se retrouvent dans une sorte de calme étrange.
Scène – Toreno
Le groupe resté à Toreno se dirige vers la maison d'Oncle Luc. Ils savent qu'ils ne peuvent pas se reposer longtemps, mais ce moment de calme est important. Leurs pas résonnent dans la rue déserte, l'air frais de la soirée les entourant.
Alice, regardant autour d'elle, brise le silence :
– Vous pensez vraiment qu’on est en sécurité ici ? Que Toreno est terminé ?
Jin, d’un ton calme mais pensif :
– Je crois qu’on ne pourra jamais vraiment être en sécurité. Mais ici, au moins, on peut se ressourcer. Toreno est notre base, mais elle est aussi un piège. On doit être prudents.
Sarah, fixant le ciel :
– Oui… Mais c'est ici que tout a commencé. Alors peut-être que c’est ici que l’on doit finir.
Ils arrivent à la maison. Le portail se referme doucement derrière eux, comme si le temps s’était arrêté, avant d’être à nouveau chamboulé.
EMSTORIE Book 02
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