Pour un régime de banane...

Pour un régime de banane...

Chapitre 1 : Le régime de trop 

La bananeraie était étouffante.
L’air lourd collait à la peau. Les feuilles larges formaient un plafond vert, presque oppressant.

Rosky avançait entre les bananiers quand il s’arrêta brusquement.
Devant lui, un tronc venait d’être tranché net. La sève coulait encore.

Un homme tenait un régime de banane fraîchement coupé.

Barnabé.

Le sang de Rosky se mit à bouillir. Barnabé avait quitté sa propre bananeraie. Il avait osé entrer ici. Sans autorisation. Comme un voleur.

Rosky s’approcha, le regard noir.

— Barnabé, tu quittes ta bananeraie pour venir dans la mienne couper des régimes sans mon consentement ?

Barnabé se retourna lentement. Aucun regret sur son visage. Seulement du mépris.

— Et puis quoi ? cracha-t-il. N’ai-je pas le droit de toucher à ce qui t’appartient ?

— Pas sans mon consentement, répondit Rosky, les poings serrés.

Barnabé souleva le régime de banane comme un trophée.

— J’ai déjà coupé ce régime. Il est à moi.
Il s’approcha d’un pas menaçant.
— Si tu tentes de me l’arracher, je te ferai baigner dans un lac de sang.

La provocation fut la goutte de trop.

Rosky se jeta sur lui. Barnabé riposta aussitôt. Les corps s’entrechoquèrent violemment. Les bananiers furent écrasés sous leurs pas. La rage avait remplacé la parole.

Barnabé sortit sa machette d’un geste brutal et tenta de frapper Rosky à la poitrine. La lame siffla dangereusement. Rosky esquiva de justesse, sentant le vent du métal passer près de sa peau.

Sans réfléchir, Rosky leva sa propre machette et frappa de toutes ses forces.

La lame s’enfonça dans le pied droit de Barnabé.

— Aaaah !

Un cri déchirant traversa la bananeraie. Barnabé s’effondra lourdement au sol, se tordant de douleur. Le sang commença à couler sur la terre humide.

Ses hurlements alertèrent les habitants du village voisin. Ils accoururent en courant, paniqués, et se jetèrent entre les deux hommes avant que la violence ne tourne au massacre.

— Arrêtez ! Arrêtez ! criaient-ils.

Un voisin, choqué par la scène, lança :

— Mais pourquoi tout ça ? Vous êtes prêts à vous tuer pour un régime de banane ?

Rosky, encore tremblant de colère, répondit d’une voix dure :

— Barnabé est un imposteur. Il envahit ma bananeraie, coupe mes régimes sans mon consentement et ose m’attaquer avec une machette. Ce n’est pas juste.

Le voisin se tourna vers Barnabé, toujours au sol.

— Tu as tort, Barnabé.

Barnabé releva lentement la tête. Ses yeux brûlaient de haine.

— Tant qu’on est encore sur terre, on va toujours se croiser, gronda-t-il.
— Rosky, tu as déclenché une guerre. Tu n’auras plus jamais la paix.

Rosky le fixa, sans peur.

— Très bien. Mais sache une chose : je ne croiserai pas les bras pendant que tu cherches à me détruire.

Le silence retomba lourdement sur la bananeraie.
Le sang, la menace et la haine étaient désormais plantés dans la terre, au même titre que les bananiers.


 

Chapitre 2 : Les braises sous la cendre

Barnabé fut emmené hors de la bananeraie, soutenu par deux hommes. Son pied droit saignait encore. Chaque pas lui arrachait une grimace, mais sa colère semblait plus vive que la douleur.

Rosky resta sur place.
La machette toujours à la main.
Le sol portait encore les traces du combat : feuilles déchirées, terre retournée, taches sombres de sang.

Les habitants murmuraient autour de lui.

— Ça aurait pu finir mal…
— Pour un simple régime de banane…
— Ces deux-là ne s’entendent pas depuis longtemps.

Rosky n’écoutait pas. Son regard suivait Barnabé jusqu’à ce qu’il disparaisse derrière les bananiers. Il savait une chose : les mots prononcés n’étaient pas en l’air. Barnabé ne menaçait jamais pour rien.

Un vieil homme du village s’approcha.

— Rosky, rentre chez toi, dit-il calmement. Ce qui s’est passé aujourd’hui ne s’arrêtera pas là.

Rosky hocha la tête.
Il quitta la bananeraie, le cœur lourd mais l’esprit en alerte.

Chez Barnabé, la colère explosa.

Allongé sur une natte, le pied bandé à la hâte, il serrait les dents. Autour de lui, quelques proches tentaient de le calmer.

— Tu as eu tort d’aller là-bas, dit l’un.
— Rosky défendait ce qui est à lui, ajouta un autre.

Barnabé frappa le sol du poing.

— Tort ? cracha-t-il. Il m’a humilié. Il m’a blessé devant tout le village.

Il marqua une pause, le regard dur.

— Personne ne me fait ça et s’en sort vivant.

Les mots étaient clairs. Sans trembler.
La guerre annoncée venait de prendre forme.

Pendant ce temps, Rosky ne trouva pas le repos.
La nuit tomba lentement. Les bruits habituels du village prirent une autre couleur. Chaque pas, chaque voix lointaine semblait suspecte.

Il repensait à la scène.
Au régime de banane.
À la machette levée.
À la menace.

— Je n’ai pas cherché cette guerre, pensa-t-il. Mais je ne la fuirai pas.

Il rangea soigneusement sa machette. Non pour attaquer. Pour se défendre.

Car désormais, ce n’était plus une histoire de bananes.
C’était une affaire d’honneur, de territoire et de survie.

Et dans le village, chacun le sentait :
le calme n’était qu’une illusion.

 

Chapitre 3 : La terre en feu

La nuit était déjà bien avancée quand Barnabé revint.

Il n’était pas seul.
Avec lui, quelques hommes marchaient en silence, portant des bidons d’essence. Leurs pas écrasaient les feuilles mortes. Aucun mot n’était échangé. Tout était décidé.

Ils pénétrèrent dans la bananeraie de Rosky comme des ombres.

Barnabé ouvrit un bidon. L’odeur forte de l’essence se répandit aussitôt. Il enversa le liquide au pied des bananiers, sans hésitation. Les autres firent de même, avançant entre les rangées, arrosant la terre, les troncs, les feuilles sèches.

Puis Barnabé sortit une allumette.

Une seule.

Il la frotta.
La flamme jaillit.

Il la jeta.

Le feu prit immédiatement. Les flammes coururent le long des feuilles imbibées d’essence. En quelques secondes, la bananeraie s’embrasa. Le crépitement du feu déchira le silence de la nuit.

Rosky était dans la bananeraie.

Il travaillait encore quand il aperçut une lueur étrange, au loin. Une lueur qui grossissait. Qui avançait.

Puis il sentit la chaleur.

— Le feu…

Il se mit à courir. Mais déjà, les flammes gagnaient du terrain. Le feu devenait intense, incontrôlable. Les bananiers brûlaient comme de la paille sèche. La fumée envahissait l’air, piquant les yeux, coupant la respiration.

Rosky comprit qu’il ne pouvait rien sauver.

Il tourna le dos aux flammes et courut pour sa vie.

Derrière lui, toute sa bananeraie brûlait.

Tout.

Essoufflé, couvert de suie, Rosky s’arrêta à distance. Il se retourna. Là où se trouvait son travail, son espoir, sa survie, il n’y avait plus qu’un brasier géant.

C’est alors qu’il le vit.

Barnabé.

Debout, calme, éclairé par les flammes.

Il souriait.

— Ros ! Tu as cherché et tu as trouvé.

La rage submergea Rosky. Il se jeta vers lui, tenta de l’attraper. Mais Barnabé recula, puis disparut dans l’obscurité avec les autres.

Rosky resta là.
Impuissant.
Le cœur en feu comme sa terre.

Cette nuit-là, Barnabé n’avait pas seulement brûlé une bananeraie.
Il avait réduit en cendres toute possibilité de paix.

Chapitre 4 : Œil pour œil

À l’aube, Barnabé se préparait à quitter le village.
Une affaire l’appelait en ville. Importante. Pressante.

Avant de partir, il rassembla ses hommes près de sa bananeraie. Son regard était inquiet, durci par les événements récents.

— Gardez bien ma bananeraie, leur dit-il. Je ne sais pas ce que Rosky prépare. Il peut passer par derrière et brûler ma plantation.

Un des hommes hocha la tête.

— D’accord. On veille.

Barnabé monta dans le véhicule et quitta le village, sans savoir que le danger était déjà en marche.

Rosky n’avait pas dormi.
La nuit précédente avait tout consumé : sa bananeraie, ses efforts, sa patience.

Il arriva avec dix hommes. Ils avançaient en silence, déterminés. Leurs visages étaient fermés. Aucun mot inutile. Devant eux s’étendait la bananeraie de Barnabé, encore intacte.

Rosky leva la main.
Le signal.

En quelques instants, le chaos éclata.

Des explosions secouèrent la plantation. Les flammes surgirent de partout. Les bananiers furent projetés au sol, déchirés, engloutis par le feu. La terre trembla. La fumée noire monta vers le ciel.

La bananeraie de Barnabé était attaquée sans pitié.

Les hommes restés pour la garder tentèrent d’avancer. Mais la peur les cloua sur place. Chaque pas pouvait être le dernier. Redoutant d’être soufflés par une explosion, ils reculèrent, puis prirent la fuite.

Personne n’osa affronter Rosky et les siens.

Le feu gagna rapidement du terrain.
Tout brûlait.
Tout disparaissait.

Rosky observa les flammes, immobile. Son regard ne tremblait pas. Sa voix se leva, froide et lourde de sens :

— Œil pour œil. Dent pour dent.

La bananeraie de Barnabé fut réduite en cendres, exactement comme la sienne l’avait été.

Ce jour-là, la vengeance avait parlé.
Et désormais, il n’y avait plus de retour possible.


 

Chapitre 5 : Le point de non-retour

Barnabé revint au village en fin de journée.

Dès qu’il mit pied à terre, il sentit que quelque chose n’allait pas. L’air était lourd. Les regards se détournaient. Personne n’osait parler en premier.

Un de ses hommes finit par s’avancer.

— Chef… la bananeraie…

Barnabé comprit avant même la fin de la phrase.

— Parle.

— Elle a été attaquée. Tout a brûlé. Il ne reste rien.

Le visage de Barnabé se déforma de rage.

— Vous ! hurla-t-il. Incapables d’empêcher un seul homme ?

Les hommes baissèrent la tête. Le silence pesa quelques secondes. Puis l’un d’eux osa parler.

— On ne voulait pas risquer nos vies pour un régime de banane.
Il inspira profondément, puis ajouta :
— Monsieur Barnabé, vous savez très bien que c’est vous qui aviez provoqué Rosky.

Le temps sembla s’arrêter.

Barnabé fixa l’homme. Lentement. Froidement.

Sans un mot de plus, il sortit un pistolet.

Un coup de feu retentit.

L’homme s’écroula au sol, sans vie. Les autres reculèrent, terrorisés. Certains tremblaient. D’autres n’osaient même plus respirer.

Barnabé regarda le corps à ses pieds, puis leva la tête vers les survivants.

— Quiconque sera contre mes désirs sera éliminé sur-le-champ.

Personne ne répondit.
Personne ne protesta.

La peur venait de s’installer définitivement autour de Barnabé.

Ce jour-là, le conflit dépassa la terre et les bananes.
Il entra dans une zone où le sang, le pouvoir et la mort faisaient désormais la loi.

Et Rosky n’était plus seulement un ennemi.
Il était devenu une cible.

Chapitre 6 : Le départ nécessaire

Le village semblait plus silencieux que d’habitude.
Un silence lourd, inquiétant.

Rosky était assis devant ce qui restait de sa vie quand un homme s’approcha discrètement. Son regard était sérieux, presque inquiet.

— Rosky, j’aimerais que tu quittes ce village, dit-il à voix basse.

Rosky releva la tête, surpris.

— Pourquoi ? demanda-t-il. Ici, c’est chez moi.

L’homme hésita un instant, puis parla :

— Barnabé a tué l’un de ses hommes.
Il marqua une pause.
— Cet homme lui a dit que c’est lui-même qui t’a provoqué. Barnabé n’a pas supporté la vérité. Il a sorti un pistolet et il l’a abattu.

Rosky resta silencieux.
Ses mâchoires se serrèrent. Il comprit alors que Barnabé avait franchi une ligne dangereuse. Ce n’était plus seulement une affaire de vengeance ou de bananeraie. C’était devenu une histoire de mort.

— Cet homme est devenu incontrôlable, ajouta le messager. Ta vie est en danger.

Rosky se leva lentement.

— Je pars en ville, dit-il calmement.

— Tu fuis Barnabé ? demanda l’homme.

Rosky secoua la tête.

— Non. Je ne fuis pas Barnabé.
Il fixa l’horizon.
— Je vais me chercher ailleurs. Me reconstruire. Et quand le moment viendra, je serai prêt.

L’homme hocha la tête, comprenant que ce départ n’était pas une fuite, mais une stratégie.

Ce jour-là, Rosky quitta le village sans bruit.
Derrière lui, il laissait la terre brûlée, la haine et la violence.

Mais devant lui, une autre route s’ouvrait.
Et Barnabé ne savait pas encore que cette route mènerait, tôt ou tard, à leur ultime face-à-face.


 

Chapitre 7 : Le feu de la vengeance

Le village dormait encore sous la nuit lourde et silencieuse.
La lune se reflétait sur les toits, sur les chemins, sur les rares fenêtres éclairées.

Barnabé avançait, seul cette fois, un sourire cruel sur les lèvres. Dans ses mains, un bidon d’essence et une torche. Ses yeux brillaient de haine. Chaque pas résonnait comme une promesse de destruction.

Il arriva devant la maison de Rosky.
Cette maison, simple mais fière, représentait tout ce que Rosky avait construit dans ce village.

Barnabé renifla l’air. Personne à l’horizon. Tout était parfait pour l’attaque.

Il versa l’essence autour de la maison. Les flammes allaient bientôt transformer le bois et la terre en cendres. Il prit sa torche, l’approcha du sol, et en un instant, le feu jaillit.

Le bois craqua, les murs grincèrent. Les flammes s’élevèrent haut dans le ciel, projetant des ombres dansantes sur le sol. La fumée noire s’étira en colonnes épaisses, engloutissant tout sur son passage.

Barnabé recula, observant le chaos qu’il avait déclenché. Il souriait, satisfait. Chaque minute qui passait, la maison disparaissait, réduite à des braises et de la fumée.

Le village s’éveilla peu à peu. Des cris, des pleurs, des hommes et des femmes accourant vers l’incendie. Mais il était trop tard. La maison de Rosky n’était plus qu’un tas fumant.

Barnabé murmura pour lui-même, froidement :

— Ceci n’est qu’un avertissement. Je ne laisse rien sur mon chemin.

Puis il disparut dans l’obscurité, laissant derrière lui le feu et la peur.


 

Chapitre 8 : La vengeance sans témoin

Rosky reçut la nouvelle en ville.

Un homme était venu le chercher, le visage grave.

— Ta maison a brûlé, dit-il simplement.

Rosky resta silencieux quelques secondes.

— On sait qui a fait ça ?

— Non. Personne n’a vu. Personne ne sait.

Rosky inspira profondément. Il n’avait pas besoin d’en savoir plus.

— C’est sûrement Barnabé, lâcha-t-il d’une voix sèche.

Sans perdre de temps, il rassembla ses hommes et prit la route du village.

Arrivé au village, Rosky ne passa par personne.
Il alla droit au but.

Il se rendit directement à la maison de Barnabé.

La cour était vide. La porte fermée. Barnabé n’était pas là.

Rosky observa autour de lui, puis se tourna vers ses hommes.

— On commence.

Ils entrèrent dans l’enclos.

Les moutons bêlèrent. Les volailles s’agitèrent. En quelques minutes, tout fut réduit au silence. Aucun animal ne fut épargné. Les corps furent chargés rapidement dans la voiture.

Rosky regarda une dernière fois la cour.

— Maintenant, la maison.

L’essence fut versée. Le feu fut mis sans hésitation. Les flammes prirent vite, dévorant les murs, le toit, les souvenirs. La maison de Barnabé brûlait comme avaient brûlé la bananeraie et la maison de Rosky.

Rosky observa le brasier quelques secondes, puis se tourna vers ses hommes.

— On se casse !

Ils montèrent dans la voiture. Le moteur rugit.

Alors que le véhicule s’éloignait, l’un des hommes lança, presque avec ironie :

— Arrivés en ville, on mangera de la viande jusqu’à se coucher là-dessus.

La voiture disparut dans la poussière.

Derrière eux, une maison brûlait.
Devant eux, la ville les attendait.

Mais une chose était désormais certaine :
il n’y avait plus d’innocents dans cette guerre.

Chapitre 9 : L’étape supérieure

Le bar était bruyant.
La musique crachait d’un vieux haut-parleur. Les rires se mêlaient aux verres qui s’entrechoquaient. Barnabé était assis avec quelques amis, parlant de tout et de rien, comme si rien n’avait changé.

Il buvait lentement. Son regard était calme. Trop calme.

Soudain, un homme entra précipitamment. Son visage était pâle. Il chercha Barnabé des yeux, puis s’approcha de la table.

— Barnabé…

La musique continua. Les rires aussi. Mais l’homme insista.

— Ta maison est brûlée.

Le silence s’abattit autour de la table. Barnabé posa lentement son verre. Il ne cria pas. Il ne s’étonna même pas.

— Je savais que ça arriverait, dit-il froidement.

Il se leva, fit quelques pas, puis se retourna vers les autres.

— Rosky veut qu’on passe à l’étape supérieure.

Personne ne parla.

— Ce n’est plus une histoire de terres ou de maisons, continua-t-il. Maintenant, c’est une histoire de sang.

Un de ses amis demanda, la voix basse :

— Et on fait quoi ?

Barnabé serra les dents.

— L’un d’entre nous doit mourir.
Il marqua une pause.
— Ou lui, ou nous.

Il se pencha légèrement en avant.

— On se coince à Mankpé.

Les regards se croisèrent. Tous comprirent ce que cela signifiait. Plus de retour en arrière. Plus de demi-mesure.

Barnabé reprit son verre, but une gorgée, puis conclut :

— Cette fois, ça se termine.

La musique continua à jouer, mais le bar avait perdu toute légèreté.
La guerre venait d’entrer dans sa phase la plus dangereuse.

Chapitre 10 : De la jungle à la rue

La route menant à Mankpé était sombre et poussiéreuse.
Le véhicule avançait à vive allure, avalant les kilomètres dans le silence. À l’intérieur, Barnabé et ses amis bandits étaient tendus. Plus personne ne parlait pour rien.

Les visages étaient fermés.
Les regards, lourds de haine.

Barnabé fixait la route devant lui. Ses pensées étaient claires. Tout ce qui avait commencé dans une bananeraie avait dépassé les champs, les villages et les maisons brûlées. Désormais, la guerre changeait de terrain.

Il brisa enfin le silence.

— De la jungle à la rue, dit-il d’une voix grave.
Il inspira profondément.
— Je vois que ça va être un combat dur entre lui et moi.

Personne ne répondit. Tous savaient que Rosky n’était plus l’homme d’avant. Les flammes, les pertes et la fuite l’avaient transformé.

Barnabé esquissa un sourire dur.

— On verra bien si le lion mangera de l’herbe, ajouta-t-il.

La voiture continua sa course vers la ville.
Mankpé se rapprochait.

Là-bas, il n’y aurait ni bananeraie, ni témoins familiers, ni règles du village. Seulement deux hommes, deux colères, et une guerre qui réclamait désormais une fin.

Cette nuit-là, la jungle avait changé de visage.
Et la rue s’apprêtait à devenir un nouveau champ de bataille.


 

Chapitre 11 : Le message

L’entrepôt de Rosky à Mankpé était en pleine activité.
Des employés chargeaient et déchargeaient des marchandises, concentrés sur leur travail, loin d’imaginer ce qui allait arriver.

Soudain, des véhicules s’arrêtèrent brusquement devant le bâtiment.

Barnabé descendit le premier.
Derrière lui, quinze bandits, déterminés, silencieux.

Ils entrèrent sans demander.
La peur se répandit aussitôt.

— Attrapez-les, ordonna Barnabé.

Les bandits se mirent à frapper. Des coups pleuvaient. Les employés criaient, tombaient, tentaient de se protéger. Personne ne comprenait ce qui se passait. C’était brutal, rapide, humiliant.

Barnabé s’avança au milieu de la confusion. Il attrapa un employé par le col et le plaqua contre un mur.

— Où est votre chef ? demanda-t-il d’une voix glaciale.

L’homme, tremblant, secoua la tête.

— Aucune idée… Je ne sais pas où il est.

Barnabé le fixa longuement, cherchant un mensonge. Puis il le repoussa violemment au sol.

— Vous allez tous lui transmettre un message, dit-il en regardant les autres employés étendus à terre.
— Dites-lui que je suis à Mankpé. Et que je le cherche.

Les coups cessèrent aussi brusquement qu’ils avaient commencé. Les bandits reculèrent. Personne n’était mort. Mais tous étaient marqués, physiquement et moralement.

Barnabé se dirigea vers la sortie.

— La prochaine fois, lança-t-il sans se retourner, je ne frapperai pas seulement.

Il monta dans le véhicule avec ses hommes et disparut dans la ville.

Dans l’entrepôt, le silence retomba.
Rosky venait de recevoir son avertissement.

La confrontation finale n’était plus qu’une question de temps.


 

Chapitre 12 : La certitude

Rosky arriva à l’entrepôt en fin de journée.

Dès qu’il franchit le portail, il comprit que quelque chose de grave s’était passé. Les employés étaient assis ou allongés un peu partout. Certains tenaient leurs côtes, d’autres avaient le visage marqué. L’ambiance était lourde, silencieuse.

Rosky s’avança rapidement.

— Qu’est-ce qui s’est passé ici ?

Un employé se leva avec difficulté. Il boitait légèrement. Son visage exprimait la douleur.

— Quelqu’un est venu ici, patron, dit-il.
— Ils étaient quinze. Ils nous ont frappés sans raison. Coups de poing, coups de pied…
Il inspira profondément.
— Actuellement, j’ai mal partout, patron.

Rosky serra les poings. Son regard se durcit.

— Ils ont dit quelque chose ?

— Ils demandaient où vous étiez. Ils ont dit de vous prévenir qu’ils étaient à Mankpé.

Rosky n’eut plus aucun doute.

— C’est Barnabé, dit-il froidement.
— Il est venu se venger, alors que c’est lui qui a commencé.

Il balaya l’entrepôt du regard.
Ce lieu, qu’il avait construit pour travailler honnêtement, était désormais mêlé à la violence d’un conflit qui n’en finissait plus.

— Reposez-vous, dit-il enfin à ses employés. Ce qui arrive maintenant ne vous concerne plus.

Mais au fond de lui, Rosky savait une chose :
Barnabé avait porté la guerre jusqu’à la ville.
Et cette fois, il n’y aurait plus d’avertissement.


 

Chapitre 13 : La chasse

Rosky était assis avec Arex et Omer dans un lieu public de Mankpé.
Ils sirotaient tranquillement du vin, essayant, l’espace d’un moment, d’oublier la pression et la violence qui les entouraient.

L’ambiance était presque normale.

Puis tout bascula.

Des silhouettes surgirent brusquement. Des pas précipités. Des cris.
Les coups pleuvèrent sans avertissement.

— Attention ! cria Arex.

Rosky et ses amis se levèrent d’un bond. Ils ripostèrent aussitôt. Poings, esquives, corps qui s’entrechoquent. La bagarre était brutale, confuse. Mais très vite, Rosky comprit une chose essentielle.

Ils étaient trop nombreux.

Il balaya la zone du regard. D’autres arrivaient encore.

— Courez ! lança-t-il à ses amis.

Sans discuter, Arex et Omer se mirent à courir. Rosky courut avec eux. Derrière, les bandits se lancèrent à leur poursuite, hurlant, déterminés à ne pas les laisser s’échapper.

Le souffle court, Rosky ralentit légèrement, sortit un engin qu’il alluma rapidement, puis le lança derrière lui, sans se retourner.

Ils continuèrent à courir.

Une explosion violente retentit derrière eux. Le sol trembla. Des cris s’élevèrent. Certains assaillants furent projetés à terre. La poursuite s’arrêta net.

Arex se retourna, encore sous le choc.

— Bro ! Merci !

Rosky ralentit enfin. Il respirait fort, mais son regard était clair.

— C’est Barnabé qui est derrière tout ça, dit-il calmement.
— Il me cherche.

Il posa une main sur l’épaule d’Arex, puis sur celle d’Omer.

— Arex. Omer. Ne vous inquiétez pas.
Il marqua une pause.
— Je vais tout régler.

Ils repartirent, disparaissant dans la foule de Mankpé.

Mais une chose était désormais certaine :
la chasse était ouverte… et elle touchait à sa fin.

Chapitre 14 : Le face-à-face

La nuit enveloppait Mankpé d’un calme trompeur.

Rosky avançait seul, le regard fixe, l’esprit prêt. Soudain, plusieurs silhouettes surgirent devant lui et lui barrèrent la voie. Des bandits. Encore.

Rosky ne ralentit pas.

Il frappa le premier, puis le second. Les coups partirent vite, secs. Les corps tombèrent les uns après les autres. Aucun mot. Seulement le bruit des impacts et des respirations coupées. En quelques instants, tous les bandits étaient à terre, incapables de se relever.

Alors une voix s’éleva, lente et moqueuse :

— Rosky… Tu pensais que c’était terminé, n’est-ce pas ?

Rosky se redressa.

— Non, petit. Ce n’est que le début.

Rosky tourna la tête.

Il le vit.

— Barnabé.

Les deux hommes se faisaient face, séparés par quelques mètres seulement.

— Barnabé, dit Rosky d’une voix ferme, tu sais très bien que c’est toi qui as commencé. Maintenant tu veux ma peau. Normalement, c’est à moi de me venger… mais je me suis calmé.

Barnabé esquissa un sourire dur.

— Alors pourquoi, quand j’ai brûlé ta maison, tu as aussi brûlé la mienne ?
Il secoua la tête.
— On ne peut pas s’arrêter là. L’un d’entre nous doit mourir.

Sans prévenir, Barnabé lança un couteau vers Rosky.

Rosky réagit aussitôt. Il bondit sur le côté, puis se projeta vers Barnabé comme un ballon lancé de toutes ses forces. Barnabé esquiva de justesse.

Ils se rapprochèrent.

Barnabé courut vers Rosky et l’attaqua frontalement. La bagarre éclata.

Les coups de poing retentirent dans la rue silencieuse. Les deux hommes se frappaient sans retenue. Mais peu à peu, Rosky prit l’avantage. Plus rapide. Plus précis. Plus déterminé.

Il enchaîna les coups. Barnabé recula, déséquilibré.

Dans un dernier mouvement, Rosky le saisit et le projeta violemment contre le mur d’une école voisine. Le choc résonna lourdement.

Avant que Rosky ne puisse continuer, des sirènes se firent entendre.

La police arriva en urgence.

Les agents se précipitèrent, s’interposèrent et séparèrent les deux hommes.

Rosky recula, le souffle court.
Barnabé, appuyé contre le mur, respirait difficilement.

Le combat était interrompu.

Mais dans leurs regards, une chose était claire :
ce conflit n’était pas encore totalement éteint.


 

Chapitre 15 : Devant l’inspecteur

Le commissariat de Mankpé était calme, mais l’atmosphère dans le bureau de l’inspecteur était lourde.

Rosky et Barnabé se tenaient face à lui. Debout. Silencieux. Leurs regards ne se croisaient pas.

L’inspecteur, un homme au visage dur et fatigué, feuilletait quelques documents avant de lever la tête.

— Bon. Parlez.

Barnabé fut le premier à donner sa version. Il expliqua que Rosky avait détruit sa maison, qu’il n’avait fait que répondre, que la vengeance avait pris le dessus. Il parlait avec froideur, comme si tout cela était normal.

Rosky prit ensuite la parole. Il raconta comment Barnabé avait commencé, comment sa maison avait été brûlée, comment il avait essayé de se calmer avant que la situation ne dégénère.

L’inspecteur les écouta sans les interrompre.

Puis il posa les dossiers sur la table avec fermeté.

— Vous auriez dû régler tout ça d’où vous venez, dit-il sèchement.
— Ici, ce n’est pas une jungle.

Il les regarda tour à tour.

— Si j’apprends encore qu’il y a un problème entre vous deux, je vous enferme tous les deux. Sans discussion.

Un silence pesant s’installa.

— Allez ! Disparaissez !

Barnabé se tourna aussitôt vers la porte. Sans un mot, sans regarder Rosky, il quitta le commissariat le premier.

Rosky resta quelques secondes de plus, immobile, puis fit demi-tour à son tour.

Le combat était officiellement terminé.

Mais au fond de leurs esprits, la haine, elle, n’était peut-être pas totalement enterrée.


 

Chapitre 16 : L’appel de trop

La nuit était déjà avancée quand le téléphone de Rosky vibra.

Il regarda l’écran.
Barnabé.

Rosky hésita une seconde, puis décrocha.

— Barnabé… tu ne veux toujours pas lâcher cette affaire ?

Un court silence s’installa à l’autre bout du fil, puis la voix froide de Barnabé répondit :

— On prend rendez-vous. Dans une autre forêt. Loin de la ville.
— Pour que cette affaire se termine, l’un d’entre nous doit mourir.

Rosky serra les dents. Sa voix resta calme, mais ferme.

— Je n’ai pas envie de te tuer, Barnabé.
— Mais je suis prêt à me battre avec toi.

Barnabé esquissa un rire bref, sans joie.

— Alors prépare-toi. Cette fois, il n’y aura ni police, ni témoins.

La ligne se coupa.

Rosky resta immobile, le téléphone encore collé à l’oreille. Il savait que cet appel changeait tout. Ce n’était plus une histoire de maisons brûlées ou de représailles.

C’était un duel.

Dans son regard, il n’y avait ni peur, ni colère excessive. Seulement une certitude : cette rencontre déciderait de la fin.

Chapitre 17 : La mobilisation

Barnabé se tenait debout au centre d’un vaste terrain vague, à la périphérie du village. La nuit tombait lentement, et autour de lui se massait une foule impressionnante.
Plus de cent hommes. Des visages fermés, certains armés de machettes, d’autres de barres de fer, de couteaux ou de simples bâtons. Tous attendaient sa parole.

Barnabé leva la main. Le silence se fit.

— Écoutez-moi bien, dit-il d’une voix grave.
— Dans quelques jours, nous allons affronter Rosky.

Un murmure parcourut la foule.

— Pas en ville. Pas devant la police.
— Dans une forêt, loin de tout. Là où personne ne viendra nous séparer.

Il fit quelques pas, le regard dur.

— Cette histoire a trop duré.
— On va en finir avec lui une bonne fois pour toutes.

Certains hommes acquiescèrent, d’autres serrèrent leurs armes avec excitation. Barnabé conclut, implacable :

— Celui qui hésite peut partir maintenant.
— Ceux qui restent savent pourquoi ils sont là.

Personne ne bougea.

Barnabé esquissa un sourire froid. Il savait qu’il venait de lancer une machine qu’on ne pouvait plus arrêter.

La forêt allait devenir un champ de décision.


 

Chapitre 18 : L’avantage de l’esprit

La nuit était calme à Mankpé. Trop calme.

Rosky était assis à l’arrière d’un petit atelier abandonné quand un homme entra précipitamment, le souffle court.

— Rosky…, dit-il à voix basse.
— Barnabé rassemble du monde. Beaucoup de monde.
— Plus de cent hommes.

Rosky ne bougea pas. Pas un battement de cil.

— Où ? demanda-t-il simplement.

— Dans une forêt, loin de la ville.
— Ils disent qu’ils veulent en finir une bonne fois pour toutes.

Un silence lourd tomba. Arex et Omer, présents, échangèrent un regard inquiet.

— Plus de cent hommes…, murmura Omer.
— On n’est pas assez nombreux.

Rosky se leva lentement.

— Justement, répondit-il calmement.
— Quand on est moins nombreux, on ne cherche pas la force. On cherche l’intelligence.

Il prit une craie et traça rapidement un plan au sol.

— Barnabé pense que la forêt lui appartient parce qu’il est nombreux.
— Il se trompe. La forêt ne favorise pas les foules. Elle favorise ceux qui savent s’y déplacer.

Il désigna plusieurs points.

— On ne les affronte pas tous en même temps.
— On les fatigue. On les disperse. On les affole.

Arex fronça les sourcils.

— Tu veux dire… des embuscades ?

— Exactement, répondit Rosky.
— Des pièges simples. Du bruit ailleurs. De la peur partout.
— Ils croiront nous encercler, alors que ce sera eux qui se perdront.

Omer hésita.

— Et Barnabé ?

Le regard de Rosky se durcit.

— Barnabé est le cœur.
— Quand le cœur tombe, le corps s’écroule.

Il écrasa la craie sous son pied.

— Il veut la guerre ?
— Il l’aura. Mais à ma manière.

Au-dehors, le vent soufflait entre les arbres.
La forêt attendait.

Chapitre 19 : La forêt avale les hommes

La forêt était dense, sombre, étouffante.
Rosky et ses hommes y étaient entrés bien avant l’arrivée de Barnabé. Ils ne parlaient pas. Ils se fondaient dans les arbres, dans les hautes herbes, dans l’ombre.

Rosky leva lentement le poing.
Tout le monde se figea.

Au loin, des voix. Puis des pas. Beaucoup de pas.

Barnabé entra dans la clairière avec sa foule armée. Plus de cent hommes. Confiants. Bruyants. Trop sûrs d’eux.

Barnabé avança de quelques mètres et cria :

— Rosky ! Montre-toi !
— Tu n’as plus d’endroit où fuir !

Sa voix se perdit entre les arbres.

Un silence.
Puis soudain—

BANG ! BANG ! BANG !

Les coups de feu éclatèrent de partout à la fois. Pas d’une seule direction. De toutes.

Les hommes de Barnabé tombèrent les uns après les autres. Certains sans comprendre d’où venait la mort. D’autres en hurlant, frappés aux jambes, aux épaules, incapables de continuer.

La panique explosa.

— Ils sont partout !
— Reculez !
— On est encerclés !

Les balles sifflaient, les cris se mêlaient aux détonations. Les pièges se déclenchèrent. Des hommes chutaient dans des fosses. D’autres abandonnaient leurs armes pour courir à l’aveugle.

En quelques minutes, quatre-vingts hommes étaient hors de combat. Étendus au sol, blessés, inconscients ou fuyant dans la peur.

Il n’en restait plus qu’une vingtaine.

Ces vingt-là tremblaient. Les yeux écarquillés. La sueur froide sur le visage.

— Barnabé…, murmura l’un d’eux.
— Ce n’est pas normal…

Un à un, ils reculèrent. Puis ils tournèrent le dos et s’enfuirent dans la forêt, abandonnant tout.

Barnabé resta seul.

Il tourna sur lui-même, haletant, l’arme tremblante dans la main. Autour de lui, la forêt semblait respirer.

Une silhouette sortit lentement de l’ombre.

Rosky.

Calme. Debout. Intact.

— Tu vois, dit-il d’une voix froide,
— le nombre ne fait pas la victoire.

Barnabé serra les dents.
La forêt avait choisi son camp.

Chapitre 20 : La fin de la guerre

La forêt semblait retenir son souffle.

Rosky et Barnabé se faisaient face, à quelques mètres seulement. La tension était palpable. Les arbres, témoins silencieux, semblaient reculer devant la violence qui allait éclater.

Sans prévenir, le duel commença.

Coup de poing. Coup de pied. Esquive. Riposte.

Les deux hommes étaient rapides, précis, presque impossibles à suivre. Chaque mouvement était un mélange de force et de technique. La terre tremblait sous leurs pas, les feuilles volaient dans tous les sens. Le combat durait depuis de longues minutes, et pourtant aucun ne montrait de fatigue.

Petit à petit, Rosky prit l’avantage. Ses coups étaient plus précis, ses mouvements plus calculés. Il lisait Barnabé, anticipait ses attaques, contrait avec une rapidité implacable.

Soudain, une ouverture : Rosky frappa Barnabé avec un crochet violent et le projeta contre un arbre. Le choc résonna dans la clairière. Barnabé recula, étourdi.

— Je n’ai pas envie de te tuer, dit Rosky, la voix ferme mais calme.

Barnabé, dans un dernier élan de folie, sortit un couteau et le lança vers Rosky.

Rosky pivota au dernier moment. La lame filait dans l’air… mais ce fut Barnabé qui la reçut. Rosky avait joué avec le couteau comme un ballon. La lame atteignit le cou de Barnabé.

Le sang jaillit violemment. Barnabé chancela, tomba sur un tronc d’arbre et resta immobile.

Le silence s’installa. La forêt semblait retenir son souffle à nouveau.

Rosky s’éloigna lentement du corps. Le regard dur, la respiration encore haletante.

— Et voilà ! Tout ça pour un régime de banane… murmura-t-il.

Il tourna le dos à la clairière, aux arbres, aux souvenirs de cette guerre, et s’éloigna dans l’ombre de la forêt.

La vengeance était accomplie. La guerre terminée.

Et la bananeraie… n’existait plus que dans les souvenirs des hommes.

Epilogue : Après la tempête

Quelques semaines avaient passé depuis la fin de la guerre dans la forêt.

Rosky était de retour à Mankpé, mais la ville n’était plus la même à ses yeux. Les cris, les bagarres et les incendies des bananeraies semblaient désormais loin, presque irréels. La vengeance avait été accomplie, mais elle avait laissé ses traces.

Il se promenait dans les rues calmes, observant les visages des habitants. Certains le regardaient avec respect, d’autres avec crainte. Mais Rosky ne cherchait ni reconnaissance ni peur. Il voulait simplement avancer.

Ses amis, Arex et Omer, étaient à ses côtés. Ensemble, ils reconstruisaient lentement ce qui avait été détruit. Pas seulement des lieux, mais aussi une partie d’eux-mêmes.

Rosky se rendit un matin sur les terres qui avaient autrefois été sa bananeraie. Tout n’était que cendres et sol nu. Il s’agenouilla, toucha la terre du bout des doigts et murmura :

— Tout ça… pour un régime de banane… Mais au moins, c’est fini.

Il se releva. Son regard se tourna vers l’horizon. La vie continuait, et il savait qu’il pouvait encore choisir la paix.

Pour Rosky, la forêt avait été une épreuve. La violence, un enseignement. La vengeance, une conclusion nécessaire mais douloureuse.

Et tandis que le soleil se levait sur Mankpé, Rosky prit une grande inspiration. Il n’était plus simplement un homme en guerre. Il était désormais un homme qui savait ce que coûte la haine… et ce que vaut la paix.

La guerre pour un régime de banane était terminée. Mais les leçons, elles, resteraient à jamais.


 

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