Se dire littéraire...
21 mai 2025Se dire littéraire, c’est naviguer entre l’amour de la lecture et celui de l’écriture. C’est embrasser un monde où les mots deviennent des refuges, des armes, des ponts entre les êtres. Lire, c’est s’ouvrir à d’autres vies, d’autres époques, d’autres vérités. Écrire, c’est tenter de capturer l’indicible, d’exprimer l’intérieur, de laisser une trace. Être littéraire, ce n’est pas seulement aimer les livres, c’est surtout croire au pouvoir du langage pour transformer, questionner, émouvoir.
La littérature a toujours été le miroir et la mémoire des sociétés. Des récits mythologiques aux romans contemporains, elle accompagne l’humanité dans ses doutes, ses combats, ses rêves. Elle garde les cicatrices de l’histoire et révèle les espoirs de demain. En ce sens, la littérature n’est jamais un simple divertissement : elle est un acte de résistance, une façon de penser le monde autrement.
À travers les siècles, elle a évolué, s’est adaptée, transformée. Des épopées antiques aux poèmes romantiques, du théâtre classique aux nouvelles réalistes, chaque époque a trouvé dans la littérature un moyen d’expression privilégié. Aujourd’hui, avec le numérique, elle explore encore de nouveaux territoires : blogs, romans interactifs, poésie sur les réseaux sociaux… la littérature continue de vivre, de muter, de toucher.
Et dans cette grande fresque mondiale, la littérature africaine tient une place unique. Porteuse d’oralité, de mémoire, de révolte et de beauté, elle raconte des peuples, des douleurs, des renaissances. Des voix comme celles de Chinua Achebe, Mariama Bâ, Ahmadou Kourouma ou Léonora Miano ont marqué les consciences. Elles prouvent que les mots peuvent franchir les frontières, porter les identités et bâtir des ponts entre continents.
Se dire littéraire et ne pas aimer la lecture ni l’écriture, c’est laisser son jardin en friche. C’est posséder une terre fertile et refuser d’y semer quoi que ce soit. Car la lecture est l’arrosage quotidien de notre imagination, et l’écriture, le fruit que l’on cueille après l’effort, parfois doux, parfois acide, mais toujours nourrissant. Être littéraire, ce n’est pas une étiquette à coller sur un CV, c’est un engagement intime avec le monde des idées, des émotions, et de la transmission.
Beaucoup sont titulaires d’un baccalauréat littéraire, mais n’en connaissent pas la véritable valeur après l’obtention. Ils le considèrent comme une simple étape scolaire, un passage obligé, sans en saisir la richesse. Pourtant, ce diplôme ne se résume pas à une série de matières. Il représente une formation à la pensée critique, à la sensibilité humaine, à l’art de s’exprimer avec justesse et profondeur. Il ouvre des portes invisibles : celles de la réflexion, de la nuance, de la capacité à comprendre les autres à travers leurs récits.
La littérature, ce n’est pas que du passé figé dans des livres anciens. C’est un outil vivant, une boussole pour s’orienter dans un monde souvent confus. Celui qui a été formé aux lettres possède une force rare : celle de savoir lire entre les lignes, d’interpréter le silence, de faire parler ce que beaucoup n’entendent pas.
Être titulaire d’un baccalauréat littéraire et dire que "tout a déjà été écrit", c’est passer à côté du sens même de cette voie. C’est ne pas comprendre que la littérature ne se limite pas à répéter, mais à réinterpréter. Chaque génération apporte son regard, sa voix, sa manière de dire le monde. Même si les thèmes semblent éternels — l’amour, la mort, l’injustice, la liberté — les mots pour les exprimer, eux, ne cessent d’évoluer.
Choisir une filière littéraire, c’est justement affirmer qu’il reste encore tant à dire, à écrire, à transmettre. C’est croire que nos histoires comptent, que nos voix méritent d’être entendues. Ce n’est pas un choix de facilité, mais un acte de foi : foi en la puissance des mots, en la complexité de l’humain, en la beauté du dialogue entre les âmes.
Si des entrepreneurs, des financiers écrivent, qu’en est-il pour un titulaire d’un baccalauréat littéraire ? Il faut reconnaître le monde dans lequel on s’est plongé, et en assumer pleinement l’héritage. La maîtrise des mots, de la pensée, de la langue n’est pas un luxe, mais une responsabilité. Quand ceux qui n’ont pas été formés aux lettres prennent la plume pour partager une vision, défendre une idée ou construire un récit d’entreprise, le littéraire, lui, ne peut se taire ou se replier. Il doit se lever, écrire, contribuer.
Avoir reçu une formation littéraire, c’est avoir entre les mains une matière vivante : la culture, la critique, la créativité. Ce bagage ne demande qu’à être utilisé, transmis, mis au service du réel. Il ne s’agit pas d’attendre une reconnaissance extérieure, mais de créer sa place, de faire vibrer sa voix, d’inscrire sa trace dans les pages du monde contemporain.
En définitive, être littéraire, ce n’est pas simplement avoir suivi un cursus. C’est une manière d’être au monde. C’est choisir de voir au-delà des apparences, de questionner les évidences, de donner du sens là où il semble manquer. La littérature, c’est l’acte de résister à l’oubli, de célébrer l’humain, de bâtir des ponts entre les époques, les cultures, les expériences.
Il ne suffit pas d’avoir obtenu un baccalauréat littéraire pour se dire littéraire. Il faut continuer à lire, à écrire, à réfléchir, à créer. Il faut cultiver ce jardin qu’on porte en soi, et ne jamais cesser d’en faire jaillir la beauté, la révolte, la mémoire. Car tant qu’il y aura des mots, il y aura de l’espoir.