Nœud de fer
23 mai 2025Nœud de fer
Personnages principaux:
Henry : Étudiant principal finissant à Cotonou, calme, discipliné, expert en karaté.
Chen Yu : Jeune chinois en fuite, maître en kung-fu, porteur d’un artefact sacré.
Nicodème : Étudiant à Cotonou, loyal et imprévisible, combat de rue hybride.
Antagonistes:
Maître Kurojin : Chef du Clan de l’Écaille Noire, ancien maître de Chen Yu, dangereux et corrompu.
Ivy : Tueuse silencieuse du clan, agile et précise, spécialiste des lames.
Tseng "Le Poing Rouge" : Colosse brutal, adepte du combat de rue, envoyé pour tuer Henry.
Reiko : Guerrière élégante, manipulatrice du chi, chargée d’arrêter Chen Yu.
La ruelle était sombre, traversée par le ronronnement d’un générateur en fin de vie. Le lampadaire au coin de la résidence universitaire, quelque part dans les faubourgs de Cotonou, clignotait faiblement, comme s’il avait peur d’éclairer ce qui allait se passer. Une moto s’arrêta net devant le portail rouillé. Le moteur s’éteignit dans un souffle nerveux. Chen Yu descendit sans un mot, le regard fuyant, le visage marqué par la fatigue et la tension.
Il tira lentement son sac à dos, couvert de poussière, et jeta un coup d’œil derrière lui. Personne en vue. Mais il savait qu’on le suivait.
Une voix calme s’éleva depuis l’ombre du mur.
— Tu m’avais dit trois jours, frère. T’as disparu une semaine.
Chen Yu releva la tête. Henry était là, appuyé contre le mur, bras croisés, en tee-shirt, comme s’il l’attendait depuis des heures.
— Ils m’ont retrouvé, répondit Chen Yu, haletant.
— Qui ?
— Le Clan de l’Écaille Noire.
Henry ne répondit pas tout de suite. Son regard descendit vers le sac. Il sentit le danger avant même de l’entendre.
— Qu’est-ce que t’as encore embarqué ?
— Quelque chose qu’ils n’auraient jamais dû toucher, murmura Chen Yu.
Il n’eut pas besoin d’en dire plus. Des bruits de pas lourds, lents, résonnèrent dans la ruelle. Trois silhouettes émergèrent des ténèbres. Des capuches sombres, des pas sûrs. L’un tenait une lame recourbée. L’autre une chaîne en acier. Le troisième portait un masque de démon peint en rouge et or.
Chen Yu glissa instinctivement le sac derrière lui.
— File avec ça, dit-il à Henry. Je les retiens.
— Tu crois que je vais te laisser seul ? Tu m’as pris pour qui ?
L’un des assaillants siffla un mot en chinois. Puis il chargea. Chen Yu bloqua l’attaque d’un mouvement fluide, tourna sur lui-même et frappa à la gorge. L’homme recula, suffoquant. Un autre bondit sur Henry avec la chaîne. Il esquiva de justesse, puis frappa dans le genou. Un craquement sec. L’ennemi hurla.
Un pavé fendit l’air et frappa le troisième homme en pleine tempe. Il s’effondra. Une silhouette surgit du coin de la rue, en rigolant.
— Sérieux, les gars ? Vous pouviez pas attendre demain ? J’étais pas encore échauffé.
Nicodème s’approcha tranquillement, les poings déjà fermés.
— Bon. On fait ça à l’ancienne.
Ils se mirent en formation instinctivement. Dos à dos, les trois amis faisaient face aux trois combattants restants. Le combat s’engagea. Les coups pleuvaient, secs, rapides, sans dialogue. Henry frappait comme une enclume. Chaque coup était brutal, précis. Chen Yu, lui, glissait entre les attaques, fluide, aérien, presque chorégraphique. Nicodème riait entre deux crochets imprévisibles, jouant avec son adversaire comme un fauve.
Un genou au sol. Un cri. Un fuyard. Puis le silence.
Chen Yu cracha au sol. Son bras saignait légèrement, mais il restait debout. Henry soufflait fort. Nicodème s’étira comme s’il venait de finir une séance de sport.
— J’ai cru que c’était un contrôle surprise, dit-il en ramassant le sac.
Henry fixa Chen Yu.
— Maintenant tu vas nous dire ce qu’il y a là-dedans.
Chen Yu s’agenouilla lentement, ouvrit le sac. Il sortit un petit coffret en bois gravé de symboles anciens. Il l’ouvrit à moitié. Une lumière blanche, douce, en sortit comme un souffle vivant.
— Ils veulent ça, dit-il. Et ils vont traverser le monde pour le récupérer.
Henry le referma d’un coup sec.
— Alors on va devoir les précéder.
ls n’eurent que quelques secondes de répit. Déjà, au loin, des moteurs hurlaient dans la nuit, déchirant le silence comme une lame. Henry releva la tête, alerte.
— On bouge. Tout de suite.
— Ils nous encerclent, dit Chen Yu.
— C’est Cotonou, mon gars, répondit Nicodème en lançant le sac à Henry. Ils nous encerclent pas, ils nous cherchent. Y a des ruelles que même Google peut pas cartographier.
Ils prirent une ruelle étroite derrière la résidence. Henry ouvrait la marche, Chen Yu au centre, Nicodème fermait la marche. Les pas résonnaient dans les flaques d’eau, les murs étaient couverts de graffitis, les toitures en tôle vibraient sous le vent.
Ils coururent jusqu’à un carrefour à Tokpa. Le marché géant était désert à cette heure, mais les stands vides formaient un labyrinthe étouffant. Des chiens errants grognaient en les voyant passer. L’odeur du poisson sec et du vieux plastique restait suspendue dans l’air.
Un cri fendit la nuit derrière eux. Une moto surgit, puis deux autres. Les hommes étaient différents, mais leur regard parlait la même langue : sans pitié.
— Ils nous suivent par radio, cracha Henry. Faut les semer maintenant.
Chen Yu bondit sur une pile de cageots renversés, escalada un mur, sauta de l’autre côté comme s’il connaissait déjà le chemin. Henry et Nicodème le suivirent, glissant dans l’humidité. Ils débouchèrent dans une rue du quartier Zongo. Là, la lumière revenait, vive, néons encore allumés, un bar encore ouvert, musique naija battant dans les murs.
— Si on entre là-dedans, dit Nicodème, c’est fini pour eux. Trop de témoins.
— Ou trop de balles perdues, répondit Henry.
— Alors on prend les toits.
Ils montèrent sur un petit bâtiment à l’aide d’un escalier de secours rouillé. Les motos tournaient dans la rue, lentement, comme des requins flairant le sang. D’en haut, Cotonou semblait s’étendre à l’infini, vivante même la nuit, mais remplie de pièges.
Chen Yu s'arrêta, reprit son souffle, et regarda l’horizon.
— Je les reconnais, dit-il doucement. Ce sont les hommes de Reiko.
Henry le fixa.
— Reiko ?
Chen Yu hocha la tête.
— C’est elle qu’ils envoient quand la diplomatie échoue.
Une détonation résonna. Une balle frappa le bord du toit à quelques centimètres du pied de Nicodème.
— OK, diplomatie échouée, lança-t-il en reprenant sa course.
Ils sautèrent de toit en toit jusqu’à une maison abandonnée au bord de Dédokpo. Ils y entrèrent par une lucarne. À l’intérieur, tout était poussière, silence et béton nu. Le genre d’endroit où personne ne pense à chercher. Ils refermèrent, s’assirent en silence, haletants.
Chen Yu posa le sac au sol, le regard vide. Henry gardait l’oreille tendue. Nicodème vérifiait les alentours avec prudence.
— On pourra pas rester là, dit Henry. Ils enverront d’autres gens. Mieux armés. Moins patients.
— J’ai un contact, dit Chen Yu. Quelqu’un en ville. Un ancien maître. Il peut nous aider à quitter le pays.
— Où est-ce qu’il est ? demanda Nicodème.
— À Agla, près du temple oublié.
Henry souffla longuement.
— Alors on repart à l’aube.
Le soleil se levait à peine sur Cotonou. L’air du matin portait cette odeur familière de terre humide et d’essence brûlée. Les klaxons étaient encore rares, les rues presque vides. Henry avançait d’un pas ferme, capuche sur la tête. À côté de lui, Chen Yu portait le sac avec un soin religieux. Nicodème ouvrait la route, lunettes noires sur le nez malgré la lumière encore faible.
Ils marchaient à travers Fidjrossè, puis bifurquèrent vers Agla, longeant les maisons basses, les terrains vagues et les murs ornés de fresques fanées. L’endroit avait changé, mais quelque chose restait figé : une énergie ancienne, presque tribale, dormait sous le béton.
— Ton maître, il est du genre à nous tendre un piège ou à nous offrir du thé ? demanda Henry.
Chen Yu sourit à peine.
— Il t’offrira du silence. Et si tu survis à son regard, peut-être qu’il te parlera.
— Génial, grogna Nicodème. Un autre moine vénère qui parle en énigmes.
Pendant ce temps, dans un bureau étroit au cœur d’un immeuble discret de Ganhi, une femme observait des images sur un écran. Trois caméras de surveillance. Trois angles différents. Trois silhouettes en fuite, que le logiciel suivait et identifiait avec précision. La femme ne clignait pas des yeux.
Reiko.
Ses cheveux noirs étaient tirés en arrière, sa peau claire, impeccable. Elle portait un costume sans défaut, mais son regard trahissait quelque chose d’inflexible, presque inhumain. Une lame courte, parfaitement polie, reposait sur le bureau à côté de ses gants de combat.
Un homme entra sans frapper, transpirant déjà sous sa veste.
— On a perdu leur trace à Zongo. Ils ont pris les toits. Aucun signal GPS. On croit qu’ils sont passés par Dédokpo.
Reiko tourna lentement la tête vers lui. Il baissa les yeux.
— Je ne crois pas. Je veux que tu saches.
Elle se leva sans un mot. Chaussures silencieuses. Pas contrôlés. Elle se dirigea vers l’ascenseur, effaçant son image des écrans.
— Je vais les retrouver moi-même, murmura-t-elle. Ce que l’Écaille Noire veut… je le ramène. Ou je l’enterre avec eux.
À Agla, les trois jeunes hommes arrivèrent devant un vieux bâtiment, presque caché par des herbes hautes et des murs en latérite fissurée. Un portail en bois, sculpté de symboles oubliés, gardait l’entrée. Henry s’arrêta.
— On est sûrs que c’est là ?
Chen Yu s’avança, leva une main et frappa trois fois. Puis il attendit. Le silence s’étira.
Puis un grincement lent.
Le portail s’ouvrit, à peine. Une main ridée, sèche comme le bois, tira la porte.
Un vieil homme apparut. Longue barbe blanche. Regard perçant. Il ne dit rien. Il regarda Henry. Longtemps.
Puis il fixa Chen Yu.
— Tu as amené le noyau, dit-il simplement.
Chen Yu hocha la tête.
— Alors le monde est plus en danger que je le croyais.
Le vieux maître recula pour les laisser entrer. L’intérieur de la maison était simple, mais chargé d’objets anciens : parchemins encadrés, armes anciennes, sculptures étranges. L’odeur du bois, du vieux cuir et de l’encens dominait l’air. Ils prirent place autour d’une petite table basse. Le vieil homme s’assit sans un mot, puis regarda Chen Yu.
— Tu ne devais jamais le retirer de son sanctuaire, dit-il.
— Ils allaient le prendre, maître.
Le vieil homme fixa le sac. Henry, silencieux, l’ouvrit lentement et en sortit le petit coffret. Il le posa sur la table. L’ancien posa une main dessus, ferma les yeux un instant.
— Ce que vous avez là… ce n’est pas une arme. C’est un nœud.
Chen Yu fronça les sourcils.
— Un nœud ?
— Entre les mondes. Entre ce qui est vu… et ce qui est caché.
Le silence tomba. Seule la voix des coqs à l’extérieur rompait l’instant.
— Celui qui l’ouvre sans préparation... réveillera une force que ni vous, ni l’Écaille Noire, ne pourrez contrôler. Ils croient vouloir le pouvoir. Mais ce pouvoir dévore.
Henry se pencha.
— Pourquoi nous ?
Le maître le regarda, comme s’il voyait à travers lui.
— Parce que vous êtes là. Vivants. Et que parfois, le destin choisit ceux qui n’étaient pas prêts… mais qui ont le cœur clair.
Chen Yu soupira.
— Que devons-nous faire ?
Le maître répondit en se levant. Il marcha vers une armoire et en sortit une carte usée, la déroulant lentement. Il pointa une île minuscule, perdue au large de la côte africaine.
— Il y a un temple oublié là-bas. C’est là que vous devez l’emmener. Là où le nœud pourra être refermé. Mais vous devrez affronter ce qui vous suit.
Henry fronça les sourcils.
— Et c’est là que Reiko entre en scène.
Au même moment, au bord du quartier Adjaha, Reiko s’approcha d’un enfant qui jouait avec un pneu en fer dans une ruelle. Elle s’accroupit.
— Trois hommes. L’un avec une cicatrice à la joue, l’autre qui sourit trop, et le dernier qui parle comme un étranger. Tu les as vus ?
L’enfant hésita. Reiko tendit une pièce. L’enfant la prit et pointa une direction.
— Ils sont passés vers le vieux temple. Ce matin.
Elle se releva, sans sourire.
— Merci.
Elle marcha, sans bruit, jusqu’à une moto noire qui l’attendait. Son second sortit d’un coin d’ombre.
— Ils sont rapides.
— Pas assez, répondit-elle. Je vais leur couper le chemin.
Elle monta à moto. Le moteur vrombit doucement. Elle partit vers Agla, comme une ombre affamée.
Le calme était trop parfait.
Henry sentit le changement d’atmosphère avant même d’entendre les moteurs. Un frisson électrique dans l’air, une vibration dans les murs du vieux temple. Le maître s’arrêta au milieu de son explication. Chen Yu releva la tête. Nicodème fronça les sourcils.
— Ils sont là, murmura Henry.
— Comment ? On a pas été suivis, j’ai vérifié !
— Tu peux pas fuir un prédateur qui n’a jamais besoin de courir, répondit Chen Yu.
Un vrombissement sourd monta de l’extérieur. Puis des pas. Lourds. Synchronisés.
Le portail ancien explosa soudainement, projetant des éclats de bois jusqu’au fond de la pièce. Une grenade fumigène roula lentement sur le sol. Elle siffla un instant, puis libéra un brouillard épais et acide. Des voix en mandarin crièrent. Des silhouettes casquées envahirent l’espace sacré.
— Bougez ! cria Henry.
Le combat éclata aussitôt.
Chen Yu tourna sur lui-même, bloquant un coup de matraque avec l’avant-bras avant d’éjecter son assaillant d’un coup de pied retourné. Henry attrapa une barre de bois au sol et frappa comme un marteau. Nicodème bondit sur une table et sauta dans le tas, distribuant crochets et genoux à une vitesse hallucinante.
Mais les ennemis étaient nombreux. Organisés. Armés.
Une balle frôla l’épaule du maître, qui se déplaçait pourtant avec une grâce irréelle pour son âge. Il saisit le bras d’un soldat avec une précision chirurgicale, lui brisa le poignet et l’envoya heurter un mur.
— Repliez-vous dans la salle intérieure ! cria-t-il.
Ils reculèrent, luttant à chaque pas. Le maître ouvrit une porte secrète derrière une statue. Une vieille spirale d’escaliers descendait vers les fondations du temple.
Mais au moment où ils allaient passer, elle apparut.
Reiko.
Silencieuse. Sereine. Presque surnaturelle.
Elle avançait au milieu du chaos, sabre court à la main, uniforme noir impeccable, les yeux rivés sur Henry.
— Donne-moi le coffret, dit-elle. Je t’épargnerai la douleur.
Henry serra les dents, puis tendit le coffret… d’une main. Et de l’autre, il lança une poignée de poussière de ciment dans ses yeux. Reiko recula d’un pas, à peine troublée. Trop tard. Chen Yu bondit, la frappa au torse d’un coup de paume. Elle bloqua, pivota, tenta une taille au ventre. Henry intercepta la lame avec un coup de bâton. L’impact vibra dans tout son bras.
Nicodème, derrière elle, tenta un saut. Elle l’attrapa au vol, le projeta contre un mur. Mais cette seconde de distraction suffit.
— Maintenant ! cria le maître.
Ils plongèrent tous dans l’ouverture. Reiko bondit pour les suivre, mais une explosion minuscule, artisanale, fit s’effondrer l’entrée derrière eux. Juste assez pour les couvrir.
Silence.
Reiko resta figée dans la fumée. Ses hommes arrivaient derrière, certains blessés, d’autres à terre.
Elle rengaina son sabre, lentement.
— Ils partent vers l’île, dit-elle. Informez le port. Informez l’ambassade. Aucun avion. Aucun bateau.
Elle regarda les ruines du mur effondré.
— La prochaine fois… je ne parlerai pas.
Le port de Cotonou, à l’aube, brillait d’un éclat sale. Des conteneurs empilés, des grues immobiles, et l’odeur de mazout et de poisson fermenté. L’endroit paraissait calme, presque banal. Mais Henry savait : chaque visage pouvait être un piège. Chaque mouvement pouvait annoncer la fin.
Ils avançaient lentement, capuches relevées, sacs serrés contre eux.
— Ton contact est sûr ? demanda Nicodème, nerveux.
— Autant que la mer est salée, répondit le maître d’une voix calme.
Ils passèrent devant un douanier endormi, traversèrent une zone d’entrepôts jusqu’à un quai abandonné. Là, un petit bateau à moteur les attendait. Usé, mais encore vaillant. Un homme en pagne, torse nu, les salua d’un simple geste du menton.
— C’est lui, murmura le maître. Il nous doit une vie.
Sans poser de question, l’homme les fit monter à bord. Il tapa deux fois sur le moteur. Celui-ci cracha, trembla, puis rugit doucement.
— L’île est loin, dit l’homme. Vous aurez froid. Et vous aurez peur. Mais vous y arriverez… si vous ne regardez pas derrière.
Henry s’assit à l’arrière. Il jeta un regard vers la ville qui s’éloignait lentement.
— Tu crois qu’elle nous a vus partir ? demanda-t-il à Chen Yu.
Chen Yu garda les yeux sur l’horizon.
— Si elle ne nous a pas vus… elle nous a sentis.
Pendant que la mer s’ouvrait devant eux, un autre bateau quittait discrètement un autre quai du port. Plus petit. Plus rapide.
À son bord, silencieuse, droite, la silhouette noire de Reiko regardait l’eau sans un mot.
Le pilote se tourna vers elle.
— Vous voulez vraiment aller là-bas, madame ? C’est une île maudite, ils disent.
Reiko ne répondit pas.
Elle fixait un point invisible sur l’eau. Elle savait exactement où ils allaient. Et elle comptait bien les y attendre.
La mer était agitée, battue par un vent capricieux. Les vagues frappaient la coque du vieux bateau, qui avançait avec difficulté. Le moteur toussait. La côte disparaissait lentement derrière eux.
Chen Yu observait l’horizon, silencieux, puis se tourna vers Henry et Nicodème.
— Elle nous suit, dit-il simplement.
— Je sais, répondit Henry sans détourner les yeux.
— Alors on ne peut pas aller sur l’île. Pas maintenant.
Le maître leva un sourcil.
— Tu as un plan ?
Chen Yu hocha la tête.
— Je pars avec le coffret. Toi, Henry, tu restes avec le maître et Nicodème. On vous ramène vers Cotonou, mais sur une autre rive. Reiko pensera que je suis l’objectif. Elle me suivra.
— C’est du suicide, lança Nicodème. Tu veux la confronter seul ?
— Je veux lui faire croire qu’elle a gagné. Elle ne cherche que ça : le pouvoir. Le symbole. Le coffret. Si elle croit que je l’ai, elle oubliera le reste.
Le maître fixa Chen Yu longuement.
— Très bien. Mais choisis bien l’endroit. Il doit être silencieux, dangereux… et sacré.
Chen Yu acquiesça.
— Ganvié.
Le vieux pêcheur qui conduisait le bateau hocha la tête. Il comprenait. Il ne dit rien. Juste un regard, lourd de respect, à Chen Yu.
Quelques minutes plus tard, sur une petite pirogue à moteur dissimulée derrière le bateau principal, Chen Yu et deux hommes du maître changèrent de route. Disparus dans les mangroves. Cap vers Ganvié.
Henry, Nicodème et le maître, eux, rebroussèrent chemin dans le silence du matin. Le bateau tangua, se glissa le long d’une côte isolée entre Avlékété et Ouidah, loin des regards. Ils revinrent discrètement sur la terre ferme, marchant à travers les chemins sablonneux, les bosquets et les ruines oubliées.
— Tu crois qu’elle va tomber dans le piège ? demanda Nicodème.
— Reiko ne tombe pas, répondit Henry. Mais elle calcule. Et si on change les chiffres… peut-être qu’elle perdra du temps.
Pendant ce temps, au large, à bord de son bateau rapide, Reiko se tenait debout face au vent. Le signal du drone en éclaireur lui confirmait une trajectoire.
— Cap sud-est, dit le pilote.
Reiko sourit à peine.
— Ils vont sur l’île. C’est terminé.
Mais elle ne savait pas encore… que l’ombre qu’elle poursuivait n’était qu’un leurre. Et que le vrai combat… recommencerait là où tout avait commencé : à Cotonou.
Ganvié
La cité flottante s’étalait sur les eaux comme un mirage vivant. Des maisons sur pilotis, des barques effilées qui glissaient lentement entre les canaux, des enfants qui jouaient pieds nus sur les passerelles humides. Chen Yu avançait prudemment, seul, vêtu d’un pagne et d’une chemise usée. Le coffret, une réplique, était attaché sous sa chemise.
Il savait qu’elle viendrait.
Il comptait dessus.
Il atteignit une passerelle plus large, au centre du village. C’était un ancien marché suspendu. Vide, ce matin-là. Le silence régnait, troublé seulement par le clapotis de l’eau. Il s’arrêta. Ferma les yeux.
Elle arriva sans bruit.
Un clapotis plus rapide. Puis… le silence total.
Chen Yu ouvrit les yeux.
Reiko était là. Debout, à quelques mètres. Seule. Le sabre à la main. Le regard froid.
— Fin du jeu, dit-elle.
Chen Yu recula d’un pas.
— Tu me suis depuis Cotonou pour une boîte vide ?
Elle haussa à peine un sourcil.
— Vide ou pas… tu as ce que je veux.
Elle attaqua.
Rapide. Précise. Furtive.
Chen Yu para le coup, recula sur la passerelle. Les planches grincèrent sous leurs pieds. Le combat éclata comme une tempête. Reiko frappait bas, rapide, calculée. Chen Yu utilisait le minimum de gestes, détournant la lame plus qu’il ne bloquait. Un coup rata de peu son visage. Il répondit d’un coup de pied retourné qui la força à reculer.
Le combat se prolongea au bord de l’eau. Des spectateurs silencieux sortaient de leurs maisons, fascinés.
Un vieux piroguier lança un avertissement :
— Si vous tombez, l’eau vous prendra.
Chen Yu saisit l’instant. Il feinta, glissa sous son coup, frappa Reiko au flanc. Elle chancela. Il plongea dans l’eau noire, disparaissant sous les pilotis.
Reiko voulut le suivre mais une pirogue surgit devant elle. Le vieux la fixait.
— Pas ici, madame. Ici, c’est Ganvié. Et l’eau protège les justes.
Reiko serra le poing. Chen Yu s’échappait. Pour cette fois.
Cotonou – Quartier Jonquet.
Dans une maison en ruine cachée derrière des murs délabrés, Henry, Nicodème et le maître posaient une carte sur une table poussiéreuse.
— Si Reiko est à Ganvié, alors on a quelques heures, dit Nicodème.
— Pas plus, répondit le maître. Elle comprendra vite.
Henry soupira.
— Il nous faut de l’aide. Des armes. Une sortie.
— Il nous faut surtout du silence. Et une ruse de plus, dit le maître.
Un bruit les fit se retourner.
Chen Yu, trempé, les fixait depuis l’entrée.
— Elle est tombée dans le piège. Pour un instant.
Henry sourit.
— Alors l’heure est venue… de reprendre l’avantage.
Le maître hocha la tête.
— La fin approche. Et pour vaincre l’Écaille Noire… il nous faudra bien plus que de la force.
Gbégamey, Cotonou.
Le jour tombait lentement sur le quartier, laissant la lumière orangée filtrer entre les tôles ondulées et les câbles électriques. Des vendeuses repliaient leurs étals, des enfants couraient pieds nus. Le tumulte habituel de la ville masquait une tension palpable.
Dans une cour intérieure cachée derrière une boutique de pièces détachées, Henry, Nicodème et le maître discutaient autour d’un vieux plan de Cotonou griffonné à la main.
— Il faut la frapper là où elle ne s’y attend pas, dit Henry.
— Elle s’attend à tout, répondit Nicodème en serrant les poings.
Le maître restait silencieux, les yeux fermés, comme s’il méditait. Puis il murmura :
— Il existe un ancien puits à Gbégamey. C’est un lieu de passage… mais aussi un lieu de passage entre ce monde et l’autre. On peut s’y cacher. Ou y piéger.
Soudain, un bruit dans le mur. Une silhouette surgit de l’ombre.
Instinctivement, Henry se mit en garde, mais un rire discret l’arrêta.
— Vous êtes lents, dit une voix familière.
Chen Yu, couvert de poussière et de fatigue, apparut à travers un passage secret. Personne ne l’avait vu venir.
— Comment tu nous as trouvés ? demanda Henry, ébahi.
— Vous faites du bruit, dit-il en souriant. Même les morts vous entendent.
Il déposa un petit boîtier sur la table : un émetteur brouilleur.
— Reiko cherche encore ma trace à Ganvié. On a une fenêtre.
— Et on frappe où ? demanda Nicodème.
— Pas nous, dit le maître. Elle doit frapper d’abord.
Henry fronça les sourcils.
— Tu veux dire… qu’on lui tend un piège ?
— Mieux. On la laisse penser qu’elle a gagné.
Ouidah – Ancienne bâtisse coloniale, cachée dans les terres rouges.
À l’intérieur d’un bâtiment rongé par les lianes et le sel, Reiko marchait lentement, suivie de deux hommes en noir. Des fresques anciennes ornaient les murs. Des symboles. Des noms. L’Écaille Noire y apparaissait dans plusieurs langues. Le mythe n’était pas qu’un mythe.
— Il était là, dit un vieil homme assis dans l’ombre. Le coffret. Le vrai. Celui qui contenait la source de leur pouvoir.
— Et où est-il maintenant ? demanda Reiko.
— En pièces. Dissimulé dans trois lieux. Cotonou. Porto-Novo. Et… au cœur d’un homme. Un porteur.
Elle resta silencieuse, mais son regard s’aiguisa.
— Chen Yu.
— Peut-être. S’il a été choisi. S’il l’a réveillé.
Reiko se retourna vers ses hommes.
— Rassemblez les autres. Envoyez des drones. Il ne s’échappera plus.
Un grand homme à l’allure militaire s’avança.
— Nous avons un plan. À Gbégamey, il y a un ancien puits rituel. On pense qu’ils vont s’y cacher.
— Parfait, dit Reiko. Qu’ils viennent à nous. Qu’ils croient encore pouvoir gagner.
Elle sortit son sabre. Il scintillait sous la lumière rougeâtre.
— Mais cette fois… personne ne reviendra.
Gbégamey – Nuit tombée.
La cour du vieux puits était vide, noyée dans une pénombre presque mystique. Un silence étrange régnait, troublé seulement par les chants lointains d’un groupe d’évangélistes. Henry était accroupi sur un toit, en surveillance. Chen Yu, posté derrière un mur cassé, gardait l’entrée. Nicodème, lui, tournait en rond, nerveux.
— C’est trop calme, murmura-t-il.
— C’est ce qu’on voulait, répondit Henry à l’oreillette.
Le maître était dans l’ombre du puits, assis en tailleur, les yeux fermés. Il récitait une prière ancienne. Le piège était tendu : s’ils venaient, le sol se déroberait, les murs exploseraient en fumée aveuglante, les ruelles se transformeraient en labyrinthe mortel.
Ils vinrent.
Silencieusement.
Des silhouettes noires surgirent des toits, des venelles, des égouts. Reiko était en tête, froide et rapide. Ses gardes étaient lourdement armés, mais silencieux. Professionnels. Précis.
— Contact visuel, souffla Henry. C’est elle.
Ils attendirent. Juste une seconde de plus.
Puis tout explosa.
Des grenades fumigènes éclatèrent. Des fils tendus s’enflammèrent. Le sol craqua. Les murs éclatèrent en éclats de ciment. Chen Yu surgit derrière deux gardes et les mit au sol avec un double coup de pied circulaire. Henry sauta d’un toit, atterrissant sur Reiko elle-même. Elle le repoussa d’un coup de genou.
Nicodème lutta comme un lion, son bâton de combat tournoyant dans l’obscurité. Il esquiva une lame, frappa une gorge, puis reçut un coup au torse qui l’envoya rouler dans la poussière.
Reiko se tenait droite. Elle tourna lentement sur elle-même.
— Vous n’apprenez donc jamais.
Le maître frappa le sol avec ses deux mains. Une onde se propagea. Les pierres vibrèrent. Le sol trembla.
— Maintenant ! cria-t-il.
Chen Yu lança une corde vers le toit. Henry attrapa Nicodème. Tous trois grimpèrent dans l’ombre. Une dernière explosion couvrit leur fuite. Reiko voulut les poursuivre… mais trop tard. Ils avaient disparu, comme des ombres dans les toits.
Elle se baissa.
Quelque chose brillait dans la poussière.
Une médaille. Vieille. Usée. En bronze.
Elle la ramassa, la fixa longuement. Gravé dessus : « N.D. – Force et Honneur »
Un sourire lent étira ses lèvres.
— Je vous tiens.
Flashback – 20 ans plus tôt, quelque part en Afrique de l’Ouest.
Le ciel était rouge. Le feu dévorait un temple de pierre. Des corps gisaient. Le jeune homme fuyait, blessé, portant un coffre dans ses bras.
Il s’appelait Akpo. Et ce jour-là, il trahit l’Écaille Noire.
Il courait à travers la brousse, poursuivi par d’autres initiés. Il tenait entre ses mains le fragment interdit. L’arme ultime. Ce qu’ils avaient scellé. Ce que Reiko voulait aujourd’hui.
Une main l’attrapa. Son frère d’armes. Un regard.
— Tu ne peux pas fuir l’Écaille. Elle est en toi.
— Alors je devrai vivre avec… et ne jamais me retourner.
Il frappa. S’enfuit. Et disparut pendant deux décennies, changeant de nom, enseignant la paix… tout en redoutant le retour du feu.
Ce jour-là, le futur maître d’Henry, Nicodème et Chen Yu… comprit que l’Écaille Noire ne mourait jamais. Elle dormait.
Et qu’un jour… elle reviendrait.
La médaille tournait lentement entre les doigts gantés de Reiko. Elle était assise dans une maison abandonnée à Akpakpa, un ordinateur ouvert devant elle. Les données circulaient : noms, adresses, anciens dossiers scolaires. Tout ce qu’elle avait besoin de savoir.
Nicodème Dossou.
Frère : Timothée Dossou, 13 ans.
Sœur : Olivia Dossou, 16 ans.
Dernier domicile connu : Zogbo, à deux rues d’un ancien poste de police abandonné.
— Capturez-les, dit-elle à ses hommes. En douceur. Vivants.
Deux heures plus tard, dans une chambre obscure, Timothée et Olivia étaient assis, ligotés, silencieux. Ils n’avaient pas crié. Pas pleuré. Mais ils avaient compris que ce n’était pas un jeu.
Reiko entra, s’accroupit devant eux.
— Votre frère a quelque chose qui m’appartient. Et je veux qu’il vienne me le rendre lui-même.
Place Toffa, Porto-Novo.
Le soleil tapait fort. Le marché vibrait. Des femmes vendaient des arachides, des sachets d’eau glacée, du gari bien tassé dans des bouteilles recyclées. Les trois héros étaient assis à l’ombre d’un grand baobab. Pour la première fois depuis des jours… ils respiraient.
— Ça ressemble presque à la paix, murmura Chen Yu.
Henry hocha la tête, les yeux dans le vide.
— Ne t’y habitue pas.
Nicodème, lui, triturait son collier. Ou du moins… tentait de le faire.
Il fronça les sourcils. Fouilla sa poche. Puis son sac. Se releva.
— Ma médaille.
— Tu l’as laissée à Gbégamey ? demanda Henry.
Mais il savait déjà.
Nicodème pâlit. Une sueur glacée coula dans son dos.
— Elle l’a.
Le téléphone de Henry vibra. Un numéro inconnu.
Il décrocha. Mit le haut-parleur.
La voix était douce. Tranchante. Reiko.
— Bonjour, mes trois petits fuyards.
Silence.
— J’ai vos traces. Et mieux encore… j’ai les deux plus jeunes Dossou avec moi. Ils vont bien. Pour l’instant.
Nicodème recula, comme frappé au ventre.
— Si vous voulez les revoir vivants, une seule condition. Amenez-moi Chen Yu. À Ouidah. Demain soir. Seul. Vous avez vingt-quatre heures.
— Et si on refuse ? cracha Henry.
Un léger rire.
— Alors je renverrai la médaille. Avec du sang dessus.
L’appel coupa net.
Nicodème s’assit au sol. Son regard était vide. Le silence pesait. Chen Yu se leva.
— Je vais y aller.
— Non, répondit Henry. C’est exactement ce qu’elle veut.
Le maître, en retrait, les avait écoutés en silence. Il s’avança enfin.
— Il existe un moyen. Pour les sauver… et piéger Reiko.
Ils le regardèrent.
— Mais il faudra aller plus loin que Porto-Novo. Plus loin que la peur. Jusqu’à l’endroit où tout a commencé.
Adjagbo, fin d’après-midi.
Le vent soufflait entre les herbes hautes. Le vieux sentier menait à une porte en pierre, à moitié engloutie par la terre rouge. On disait qu’en-dessous, dormait une connaissance interdite.
Le maître s’avança le premier, posant la main sur le vieux relief gravé d’un serpent entrelacé d’écailles.
— Ce lieu a été abandonné pour une raison.
— Alors pourquoi y entrer ? demanda Chen Yu.
— Parce que ce que Reiko cherche… est peut-être encore plus dangereux qu’elle.
Ils descendirent dans l’obscurité, torches en main, les murs couverts de symboles oubliés. Plus ils avançaient, plus l’air devenait dense, chargé d’une énergie sourde.
Tout au fond, ils trouvèrent une salle circulaire. Au centre, un autel. Sur l’autel, un bracelet noir, incrusté de minuscules pierres violettes.
— C’est un "Gardien", dit le maître. Une relique créée pour contrer l’Écaille. Si l’Écaille est poison, ceci est l’antidote.
Chen Yu tendit la main, hésita.
— C’est toi qui dois le porter, dit le maître. Le sang du dragon en toi est ancien.
À peine eut-il saisi le bracelet qu’un souffle d’énergie se répandit. Le sol vibra. Le temple entier semblait se réveiller… ou protester.
Ils coururent. Derrière eux, la terre s’effondrait.
Ils jaillirent à l’air libre juste à temps.
— Et maintenant ? demanda Nicodème.
— Maintenant, dit Henry, on va à Ouidah.
Ouidah – une usine désaffectée, à l’écart du centre.
Deux gardes surveillaient l’entrée. En silence, Nicodème se glissa derrière l’un d’eux et l’assomma d’un coup rapide. Chen Yu neutralisa l’autre.
À l’intérieur, Timothée et Olivia étaient enfermés dans une cage métallique, sous bonne garde.
Reiko n’était pas là.
Le plan était simple : distraction par Henry, attaque directe par Nicodème, libération par Chen Yu. Et cela marcha… presque.
Le combat fut rude. Les gardes étaient nombreux, bien entraînés. Le sol tremblait sous les coups. Chen Yu se battait avec une précision surnaturelle, le bracelet au poignet, envoyant ses adversaires voler dans les airs.
Nicodème brisa le cadenas de la cage. Les enfants coururent vers lui, tremblants mais indemnes.
— On s’en va !
Mais à cet instant… Reiko apparut.
Sortie d’un couloir, silhouette droite, souriante.
— Vous partez déjà ?
Elle lança une attaque foudroyante. Le combat fut bref. Violent. Henry tenta de la retenir, mais elle était trop rapide.
Elle ne voulait pas tuer.
Elle voulait gagner du temps.
Quand elle recula enfin, blessée à l’épaule mais souriante, elle montra ce qu’elle tenait à la main : la médaille.
— Vous avez les enfants. Moi j’ai l’âme de l’un des vôtres.
Elle disparut dans un nuage de fumée, comme un fantôme.
Ils ne purent la suivre.
La nuit tomba sur Ouidah. Le trio, les enfants, et le maître s’éloignèrent dans une vieille voiture banalisée. Timothée dormait. Olivia sanglotait en silence.
Nicodème fixait la route, le regard vide.
— Elle a ma médaille, murmura-t-il. Mon lien avec mon père. Elle le sait.
Chen Yu serra le poing.
— La prochaine fois… elle ne s’enfuira pas.
Henry tourna la tête vers le maître.
— Où est le troisième fragment ?
Le vieux homme baissa les yeux.
— En Europe. À Londres. Et il n’est pas gardé par des soldats… mais par une vérité qu’aucun de nous n’est prêt à entendre.
Londres – Devant Big Ben, matin gris.
Les touristes se pressaient, les klaxons retentissaient. Henry, Chen Yu et Nicodème étaient camouflés sous des manteaux noirs, sacs à dos simples, regards tendus.
— En dessous de la Tamise, souffla le maître via oreillette. Une salle qui n’existe sur aucun plan officiel. C’est là que se cache le troisième fragment.
— Et comment on y entre ? demanda Nicodème.
Henry montra discrètement une grille d’évacuation, à l’ombre d’un pont.
— Par là.
Ils s’enfoncèrent dans les égouts, glissant entre les murs humides, descendant plus bas que les fondations même de la ville.
Une porte métallique. Fermée à triple verrou. Chen Yu s’en approcha, son bracelet noir brillait faiblement.
— C’est ici.
Il posa sa main. Le métal vibra. Les verrous sautèrent.
Derrière la porte : un musée enfoui, éclairé par une lumière bleutée. Des vitrines contenant des objets oubliés de civilisations anciennes.
Au centre, sur un socle : le troisième fragment.
Un petit totem de pierre noire, gravé d’éclairs et de dragons enlacés.
Henry tendit la main.
— Il est… vivant.
Mais à cet instant, une alarme silencieuse s’enclencha. Des grilles tombèrent. Des lames jaillirent du sol. Le sol se mit à trembler.
— C’est un piège ! cria Nicodème.
Des drones s’activèrent dans le plafond. Chen Yu sauta, les détruisit en plein vol. Henry brisa le socle, prit le fragment.
La sortie se refermait. Ils coururent, bondirent par une étroite ouverture… et jaillirent à l’air libre près de la Tamise, haletants.
Ils avaient réussi.
Ailleurs – Lieu inconnu. Salle circulaire. Mur noir.
Reiko se tenait au centre. Devant elle, six silhouettes en manteaux sombres. Membres du Cercle de l’Écaille Noire, hauts gradés, invisibles au monde.
— Ils ont mis la main sur le troisième fragment, dit-elle froidement.
— Tu avais promis de les diviser, dit l’un des membres.
— J’ai tenté, répliqua-t-elle. Famille. Pièges. Traque.
Mais ils sont plus unis que prévu. Trop liés.
Un autre membre du Cercle parla.
— Alors on ne les affrontera plus ensemble. On les forcera à se séparer. Trois cibles, trois continents. Trois leurres.
Reiko sourit à peine.
— Je m’en charge.
Elle se retourna. Ses yeux brûlaient d’ambition.
Retour à Londres – Dans un appartement sécurisé.
Le trio posait le troisième fragment sur la table. Les trois artefacts semblaient vibrer, appelant quelque chose.
Le maître les observa, grave.
— Vous avez réuni les clés. Mais l’Écaille, elle, a ouvert sa porte.
Une alarme s’alluma. Un message sur l’écran :
Fuite de données – coordonnées compromises – danger imminent
— On est traqués, dit Henry.
Chen Yu se leva d’un bond.
— Ils arrivent. Et cette fois, ils veulent nous séparer.
Nicodème regarda les fragments.
— Alors on doit frapper les premiers.
Explosion à Londres.
La chambre trembla. Une grenade flash venait d’être lancée. Les vitres volèrent en éclats.
Henry se jeta sur le sol. Chen Yu tenta de se relever, mais un second choc le projeta contre le mur. Des hommes masqués envahirent l'appartement, rapides, efficaces.
— Dispersez-les ! cria une voix dans les radios. Pas de sang. Juste la séparation.
Henry fut saisi, emmené de force dans un fourgon.
Chen Yu fut assommé, un sac sur la tête.
Nicodème, plus vif, tenta de fuir par les escaliers, mais reçut un tir paralysant dans le dos.
L’écran de surveillance du maître s’éteignit. Il murmura :
— C’est commencé.
France – Henry, réveil à Marseille.
Il émergea sur un sol froid, dans une ruelle déserte. Son sac était intact, mais aucun de ses outils technologiques ne fonctionnait.
Un papier glissé sous sa main :
“Marseille. Ancienne ville portuaire de l’Écaille. Cherche le port. Tu y trouveras ton passé.”
Henry marcha. Des souvenirs revinrent.
Son père. Un agent disparu. Lié autrefois au Cercle.
Un ancien hangar, à l’abandon… une photo retrouvée.
Il y avait une vérité cachée ici. Sur lui. Et peut-être sur pourquoi Reiko le connaît depuis toujours.
Chine – Chen Yu, réveil à Kunming.
Le ciel était gris. Il était attaché dans un monastère moderne. Un homme l’attendait.
— Tu es revenu, dit-il.
Chen Yu le reconnut : Maître Long, l’homme qui l’avait élevé avant sa fuite vers l’Afrique.
— Tu portes le Gardien… et pourtant tu continues de fuir.
Une épreuve l’attendait ici. Pas un combat physique. Un duel d’honneur, contre celui qui l’avait banni. S’il gagnait, il gagnerait un artefact oublié. S’il perdait… il perdait le droit de se battre au nom du Dragon.
Bénin – Nicodème, réveil à Cotonou.
Il était chez lui. Dans la chambre de son enfance. Vide.
Le quartier semblait figé dans le temps. Pas un bruit. Pas une voiture.
Juste une présence : une silhouette vêtue de noir. Un ancien ami.
Tanguy. Ancien frère d’arme devenu mercenaire.
— Tu as grandi. Mais tu n’as rien compris. Reiko nous a sauvés. Et toi, tu la combats.
Ils se battirent. Férocement. Dans les rues de Zogbo, entre les lampadaires brisés et les murs couverts de graffitis.
Nicodème gagna. Mais Tanguy, avant de s’effondrer, lui murmura :
— Tu veux sauver le monde ? Elle a déjà commencé à le remodeler.
En parallèle – Reiko. Salle souterraine en Allemagne.
Devant elle : l’Arme finale de l’Écaille.
Une relique énergétique ancienne. Alimentée par les trois fragments.
Mais il lui manque encore une pièce.
La médaille de Nicodème.
Elle la sort de sa poche. La pose sur l’autel.
L’énergie pulse.
— Quand ils comprendront, il sera trop tard.
Paris – Gare désaffectée de La Petite Ceinture, tombée dans l’oubli.
Sous les rails rouillés, au fond d’un ancien quai, un centre de résistance avait été aménagé. Des murs couverts de plans, des ordinateurs branchés sur des générateurs, et un vieux projecteur encore chaud.
Henry fut le premier à arriver, le visage marqué par ce qu’il avait vu à Marseille.
Vint ensuite Chen Yu, le pas plus lent, plus lourd : l’épreuve contre Maître Long l’avait changé. Il avait récupéré un ancien sabre de jade, silencieux et vibrant d’histoire.
Puis Nicodème, plus fermé que jamais. Tanguy lui avait glissé un disque dur avant de tomber.
— On est de retour, souffla Henry.
Le maître, en ligne cryptée depuis le Bénin, apparut sur un écran.
— Vous avez chacun vu un pan du futur. Partagez.
Scène croisée – Vérités dévoilées.
Henry – Marseille.
Dans les documents de son père disparu, une lettre : “L’Arme de l’Écaille est une machine. Une forge à âme. Elle ne détruit pas… elle réécrit ce que tu es.”
Reiko ne veut pas dominer. Elle veut effacer les souvenirs de l’humanité. Rendre les hommes dociles, sans passé, sans colère. Créer un monde purifié.
Chen Yu – Kunming.
Maître Long lui avait montré un vieux rouleau.
Le bracelet noir qu’il porte ne protège pas seulement. Il est une clé. S’il est placé dans l’Arme de l’Écaille, il peut retourner son pouvoir, et inverser le processus de domination. Mais cela pourrait le tuer.
Nicodème – Cotonou.
Le disque dur de Tanguy contenait un plan. Pas une attaque. Un réseau mondial.
Des satellites. Des relais dans des temples anciens. Des drones.
Reiko avait activé un système global de diffusion mentale.
Et la médaille qu’elle possède ?
C’est le dernier catalyseur. Une relique de sang. Le lien génétique avec la première activation du prototype. Le père de Nicodème en était le porteur initial.
Retour à Paris – dans la gare.
Silence. Le projecteur éteint. Les trois héros se regardent. Plus que jamais… ils comprennent que ce combat n’est pas pour eux seuls.
C’est le monde qui est en jeu.
Chen Yu serre le bracelet à son poignet. Nicodème baisse la tête, les poings serrés.
Henry pose la main sur l’épaule de chacun.
— On va devoir attaquer. Là où elle ne nous attend pas.
Le maître parle depuis l’écran.
— L’activation aura lieu à Berlin, dans les entrailles d’un ancien bunker. Vous n’aurez qu’une chance.
Quelque part à Paris – la veille du départ.
La pluie tombait doucement sur les toits de zinc. À l’intérieur du repaire, la lumière était tamisée.
Chacun savait que le lendemain… le monde pourrait changer.
Ou s’arrêter.
Henry, assis près d’un vieux bureau, griffonnait sur un papier jauni.
“Maman… je n’ai pas toujours compris pourquoi papa est parti. Mais aujourd’hui, je le comprends. S’il faut disparaître pour empêcher l’effacement… alors je partirai aussi. Je t’aime. Pardonne-moi.”
Il plia la lettre. La glissa dans une boîte en métal.
Chen Yu, méditant sur le sol, avait ouvert un carnet de cuir. Il écrivit simplement en chinois :
“À mon maître, Maître Long. Si je tombe, que ce bracelet retourne à la montagne. Qu’il ne serve plus jamais à tuer, mais à garder la paix.”
Puis il attacha le carnet à la poignée de son sac.
Nicodème, silencieux, regardait une photo froissée : ses frère et sœur, enfin libérés.
“À vous deux… Je vous laisse ce que j’ai de plus précieux : ma volonté. Vous êtes ma lumière. Et ce combat, c’est pour qu’elle continue de briller.”
Il prit un vieux pendentif en bois, le noua autour de la lettre.
Un silence intense. Une lumière faible.
Puis, sans un mot, ils se levèrent. Ils étaient prêts.
Berlin – Zone interdite. Entrée du Bunker 9.
La nuit tombait sur un quartier désert. Entouré de grilles électriques, de blocs de béton, et de drones au vol silencieux.
Le Bunker 9, ancienne base de commandement de la guerre froide, était maintenant le cœur noir du projet de l’Écaille.
Les héros étaient là. Camouflés, calmes, précis.
Henry prit la tête.
— On entre par les conduits thermiques. Les scanners optiques ne couvrent que les entrées principales.
Chen Yu, sabre au dos, bracelet en veille.
— Dès qu’on atteint le noyau, je place le bracelet dans le cœur. Mais une fois lancé… rien ne pourra l’arrêter.
Nicodème posa une bombe IEM artisanale contre une grille.
— À trois.
1… 2… 3.
La grille sauta.
Ils glissèrent à l’intérieur. Couloirs sombres, murs de métal et néons rouges. Des alarmes silencieuses.
Puis vinrent les gardes augmentés. Des hommes, fusionnés à des implants cybernétiques. Mouvements précis. Yeux brillants. Armes greffées au bras.
Le combat fut rude.
Chen Yu virevoltait entre les lames.
Henry désarmait, brisait, assommait avec rapidité.
Nicodème improvisait, utilisant les parois comme appui, jetant des shurikens récupérés dans les réserves.
Plus bas, les portes du noyau central.
Un cercle métallique. Un autel moderne.
Au centre : l’Arme de l’Écaille. Pulsante. Vivante.
Et devant… Reiko.
Elle les attendait.
— Vous avez résisté jusqu’ici. Félicitations.
Elle leva la main.
Derrière elle, une armée de drones activés.
Mais elle n’attaqua pas. Pas tout de suite.
— Vous avez encore le choix. Le monde, tel qu’il est, souffre. Je peux le purifier.
Chen Yu s’avança, bracelet levé.
— Ou tu peux t’effacer avec lui.
Les lumières s’éteignirent.
Le combat final venait de commencer.
Berlin – Salle centrale du Bunker 9.
Le sol vibrait. Les turbines de l’Arme de l’Écaille tournaient en grondant.
Reiko, droite, calme, fixait le trio.
Derrière elle, les gardes augmentés se déployaient, lourdement armés. Des exosquelettes, des poings en acier, des senseurs tactiques.
— Vous avez dépassé les limites. Maintenant… vous tombez, souffla-t-elle.
Le combat éclata.
Chen Yu fut le premier à charger, sabre dégainé, tranchant un bras mécanique dans une pluie d’étincelles.
Henry enchaîna un garde par une série de coups secs, bloquant une lame vibrante d’un genou, puis brisant la nuque d’un crochet retourné.
Nicodème, plus féroce que jamais, ramassa une hache tactique au sol et fendit l’armure d’un ennemi, criant pour couvrir le bruit des explosions.
Les drones tentèrent de prendre l’ascendant, mais Henry lança un détonateur IEM : une décharge frappa l’air, éteignant les systèmes.
Chen Yu se retourna vers le noyau de l’Arme :
— Elle essaie de l’activer !
Reiko, maintenant seule, le bracelet de Nicodème dans une main, la paume sur le noyau.
— Un seul fragment me suffit… pour relancer le cycle.
Chen Yu bondit. Le bracelet à son bras activa un contre-signal.
Impact.
La salle vibra. Le noyau recula. L’activation fut interrompue.
Reiko chancela… puis recula dans la fumée.
BANG ! Une dernière grenade éclata, couvrant sa fuite.
Quand la poussière se dissipa…
elle avait disparu.
Et avec elle… la médaille de Nicodème.
Extérieur du bunker – fin de mission.
Assis sur les marches, en sueur, les vêtements déchirés, les trois héros reprenaient leur souffle.
Nicodème regardait le ciel noir de Berlin. Il parlait doucement, le regard fixe :
— Ma médaille est toujours avec elle.
Il serra les dents.
— Elle cherche à nous attirer de ville en ville. Elle veut nous séparer. Pas par force… par fatigue. Par le doute. Elle joue avec nos liens.
Henry répondit :
— Alors on arrête de la suivre. On l’affronte où elle veut qu’on tombe… mais ensemble.
Chen Yu se releva. Son sabre à la main.
— Elle est partie à Cotonou. Et cette fois… elle veut qu’on vienne.
Henry le regarda.
— Et si on l’y attendait ?
Silence.
Un nouveau plan se dessinait.
Cotonou – Quartier Jonquet, de nuit.
Le trio était de retour. Cette fois, ils n’étaient pas là pour fuir.
Ils étaient là pour retourner le piège contre Reiko.
Le maître, en ligne depuis Ouidah, leur avait transmis une carte : un ancien entrepôt, transformé en base clandestine.
— Elle l’a choisi parce qu’elle pense qu’on n’oserait jamais attaquer en pleine ville.
— Elle oublie qu’on connaît cette ville mieux qu’elle, répondit Henry, serrant les poings.
Ils divisèrent les rôles : Chen Yu, en haut, repérant les mouvements par les toits.
Henry et Nicodème, au sol, prêts à frapper fort et vite.
Cotonou – Plus tôt ce soir.
Reiko était déjà là.
La médaille de Nicodème accrochée à son cou, elle s’adressait à un groupe de bandits locaux, anciens du Cercle.
— Cette ville a oublié sa grandeur. Avec l’Écaille, je peux vous offrir plus que de l’argent… Je peux effacer vos peurs. Vous ne tremblerez plus devant aucun ennemi. Vous deviendrez des dieux dans un monde sans douleur.
Certains hésitaient. D’autres acceptaient déjà.
À ses côtés, Tseng, bras croisés, silencieux comme l’acier.
Et Ivy, provocante, les yeux brillants d’arrogance.
Reiko sourit.
— Ils viendront. Et vous leur montrerez pourquoi on ne revient jamais là où on a fui.
L’attaque – Quartier de l’entrepôt.
La nuit tomba. Un silence étrange s’installa.
Puis… l’explosion d’une grenade aveuglante.
Chen Yu surgit du toit, atterrissant en tourbillon, balayant deux gardes avec un seul mouvement de bras.
Henry enfonça la porte principale d’un coup de pied rotatif, les poings chargés.
Nicodème, derrière lui, hurla :
— REIKO ! Ma médaille, rends-la-moi !
Mais à peine eut-il franchi la salle principale que deux silhouettes lui barrèrent la route :
Tseng, maître du style Shaolin-canon.
Ivy, bondissante, rapide, violente, frappant comme une panthère.
Combat brutal.
Nicodème tenta d’atteindre Reiko, mais Tseng le frappa à la gorge, suivi d’un coup de genou.
Ivy enchaîna avec un double coup de pied sauté qui l’envoya rouler au sol.
— Tu veux ta médaille ? Viens la chercher, ricana-t-elle.
Henry surgit alors, enchaînant Tseng avec une série de coups puissants, défendant Nicodème comme un frère.
Chen Yu rejoignit la mêlée, ses coups précis fendant l’air, bloquant une lame lancée par un garde avec sa paume.
Mais au moment où ils prirent le dessus… Reiko disparut.
Une fumée dense envahit la pièce.
Une grenade flash.
Une moto rugit dehors.
Reiko, Ivy et Tseng fuyaient déjà.
Nicodème, au sol, saigna des lèvres. Il frappa le sol de rage.
— Encore… elle est encore partie avec ma médaille !
Henry l’aida à se relever.
— Ce n’est pas fini. Mais on la fait fuir sur son propre terrain. Cette fois, elle perd du terrain.
Chen Yu observa les bandits blessés, inconscients.
— Elle va se replier… et se venger. La prochaine étape sera violente.
Quelque part à Parakou – Camp secret
Reiko, enroulée dans un manteau rouge sombre, observait les flammes d’un feu rituel. Autour d’elle, des hommes masqués, tatoués du symbole de l’Écaille Noire, récitaient des mots dans une langue ancienne.
À ses côtés, Ivy nettoyait ses lames, tandis que Tseng méditait en silence.
Reiko s’adressa au chef du groupe :
— Je vous apporte la moitié du pouvoir. Et avec votre arme… nous mettrons fin au cycle de défaite. Cotonou tombera.
L’homme au masque rituellement décoré hocha la tête.
— Nous vous donnerons ce que nous gardons depuis cent ans. Le Gardien de l’Arme des Ombres est réveillé. Il obéira à celui qui possède… la médaille de sang.
Reiko sortit la médaille de Nicodème, et l’éleva vers le feu.
Un cri animal se fit entendre dans les bois.
Quelque chose avait été libéré.
Cotonou – Quartier Avotrou – Maison abandonnée
Chen Yu se tenait devant une dalle brisée. Ils avaient suivi des symboles gravés dans les murs, des marques anciennes laissées par des membres du Cercle… il y a longtemps.
Nicodème, encore blessé, découvrit une trappe métallique dissimulée sous une couche de sable et de vieilles herbes.
— On est en plein centre-ville… Qui aurait cru ? souffla Henry.
Ils descendirent.
Un couloir souterrain, orné de fresques en relief, s’ouvrit devant eux.
Torches en main, ils progressèrent.
Chen Yu s’arrêta net.
— C’est ici. L’endroit d’où l’Écaille Noire serait née. Un ancien temple de fusion entre les croyances béninoises et asiatiques. Une alliance oubliée… qui a mal tourné.
Sur un mur, une peinture représentait trois guerriers face à un être sans visage, portant… la médaille.
Henry s'approcha d’un autel. Une inscription :
Celui qui veut reprendre ce qui fut divisé… doit briser le dernier serment.
Ils s’échangèrent un regard.
Mais avant qu’ils puissent en dire plus…
Extérieur du repaire – quelques instants plus tard
Le maître apparut, boitant, ensanglanté.
Henry courut vers lui, le rattrapa avant qu’il ne tombe.
— Maître ! Que s’est-il passé ?
Le vieux combattant sourit faiblement.
— Elle a l’arme… Elle l’a réveillée dans le nord. Un gardien endormi depuis un siècle. Ce n’est plus un combat d’honneur, c’est une guerre de survie…
Il sortit un fragment de pierre sculptée.
— Cette inscription… La médaille… n’est pas seulement une clef. Elle est le cœur d’une ancienne malédiction. Si elle est activée dans le cercle final… le monde entier sombrera dans un cycle éternel de domination.
Le silence tomba.
Chen Yu murmura :
— Elle va l’activer. À Parakou… ou ailleurs.
Henry se redressa.
— Alors on part au nord. On l’arrête là-bas, avant qu’elle n’ouvre le Cercle…
Cotonou – Crépuscule. Quartier Xwlacodji.
Le ciel était rouge.
Le vent portait une odeur étrange, ancienne.
Un grondement secoua le sol.
Des enfants s’enfuirent en hurlant.
Des voitures freinèrent brusquement.
Le Gardien des Ombres venait d’être invoqué.
Une silhouette gigantesque, drapée de chaînes et d’ossements, marchait dans la ville. À ses côtés, des hommes aux visages recouverts de masques tribaux et de casques technologiques.
Au sommet d’un immeuble, Reiko observait, les bras croisés.
— S’ils pensent pouvoir m’arrêter, qu’ils essaient d’abord de sauver leur ville.
Dans les ruelles – Le Trio en action
Henry fonçait à travers les rues, bousculant les civils, prêt à frapper fort.
Chen Yu, bondissant de toit en toit, lançait des chaînes pour faire tomber les sbires du Gardien.
Nicodème, plus féroce que jamais, esquivait, frappait, protégeait les innocents.
Le combat dura plus d’une heure.
Le trio mit finalement à terre la créature, en utilisant un ancien sceau trouvé sous Cotonou.
Mais le sol trembla de nouveau.
— Elle ne voulait pas nous détruire ici. C’était une diversion… murmura Chen Yu.
Henry regarda le nord.
— Elle est déjà en route vers Parakou.
Ouidah – Dans une forêt sacrée
L’ancien allié du maître, un vieil homme à la barbe blanche, leur tendit un artefact en pierre noire, orné de runes anciennes.
— Ce talisman protège le porteur du “Serment Brisé”. Sans lui, celui qui approche du cercle final sera consumé par l’énergie de la médaille.
Henry hocha la tête.
— On ne l’a peut-être pas encore… mais elle, elle ne pourra pas l’utiliser si on a ça.
Route vers Parakou – Nuit tombée
Sur la route 2, le trio fonçait à moto.
Chaque virage les rapprochait du destin.
Chaque mètre gagnait du temps contre la destruction.
Parakou – Au sommet du mont Alédjo
Une ancienne structure circulaire, entourée de statues brisées, s’ouvrait comme une bouche géante.
Reiko y attendait, Ivy et Tseng à ses côtés, la médaille levée vers le ciel.
Le vent se déchaînait.
Henry hurla :
— Tu ne l’activeras pas !
Elle rit.
— Essayez donc. Une dernière fois.
Combat final (Partie 1)
Les corps s’entrechoquèrent.
Chen Yu contre Tseng, dans un ballet martial brutal, technique contre technique.
Ivy contre Nicodème, coups violents, poings contre sol, bottes contre côtes.
Henry face à Reiko, dans un duel au sabre, éclairé par les flammes du rituel.
Les héros encaissèrent, ripostèrent, tombèrent… se relevèrent.
Mais cette fois, Reiko n’avait pas prévu leur résistance.
Elle hurla :
— Retraite !
Les sbires jetèrent des fumigènes. Les motos rugirent dans la nuit.
Encore une fois, elle leur échappa.
Après la bataille – Parakou, au pied du mont
Les trois s’étaient assis, haletants, autour d’un feu éteint.
Nicodème tenait le talisman.
Il regarda sa main vide.
— On fait tout…
Il frappa le sol de sa paume.
— …mais on ne réussit toujours pas à récupérer ma médaille.
Il serra les dents.
— Elle joue avec nous. De ville en ville. Elle nous teste. Et elle gagne du temps.
Chen Yu posa une main sur son épaule.
— Pas pour longtemps.
Henry regarda vers l’est.
— La dernière étape. Le vrai cœur du Cercle. Là où tout a commencé.
Les montagnes du Sichuan, en Chine. Le vent glacial soufflait entre les pics enneigés, caressant les murs d’un ancien sanctuaire caché dans les hauteurs. On l’appelait le Temple du Premier Cercle, disparu des cartes depuis des siècles.
Le trio s’y rendit en suivant les coordonnées cachées dans le talisman noir récupéré à Ouidah.
À l’intérieur du sanctuaire, le silence régnait. Des fresques couvraient les murs, représentant des scènes de guerre et de trahison. Le nom de Reiko y apparaissait… mais pas comme une ennemie.
— C’est… impossible, murmura Henry.
— Elle était une protectrice du Cercle, ajouta Chen Yu, stupéfait.
— Pourquoi alors vouloir détruire tout ça ? demanda Nicodème, confus.
Une voix résonna derrière eux :
— Parce qu’elle a été trahie.
Le maître du trio sortit de l’ombre… suivi d’un autre homme.
Maître Liang, que tous croyaient mort depuis des années.
Mais son regard n’était plus le même.
— Je suis revenu parce qu’il est temps de finir ce que j’ai commencé, dit Liang.
Il pointa Chen Yu du doigt.
— Et tu n’étais qu’un pion. Comme ton père.
Un fracas. Des disciples sortirent des murs, armés. Une ambuscade.
Le maître du trio tenta de s’interposer mais fut grièvement blessé.
— C’est moi… qui ai vendu Reiko au Cercle. Pour survivre. Et aujourd’hui, c’est elle… qui revient réclamer justice, pas vengeance.
Un combat éclata.
Le sanctuaire devint une tempête de coups, de cris et de sabres.
Mais malgré la trahison, le trio triompha. Liang fut battu, laissé inconscient.
Le maître, au sol, tendit la main vers Henry.
— Reiko n’est pas le mal. C’est la clé… et la serrure. Mais si elle active la médaille dans le mauvais lieu, même involontairement… ce sera la fin du monde.
Pendant ce temps…
Reiko, à l’autre bout de l’Asie, apparut sur les écrans de plusieurs dirigeants du monde.
— Choisissez. La ville de Lomé, que j’ai maintenant piégée… ou la médaille. Venez la chercher. Mais vous n’aurez pas les deux.
Le message était clair : elle voulait les briser. Mentalement. Définitivement.
Le trio à Lomé – Le choix
Ils foncèrent vers la ville côtière. Les rues étaient déjà en feu, envahies de drones, de gardes augmentés, et de dispositifs explosifs.
Ils combattirent comme jamais.
Henry brisa un mur à mains nues pour libérer des otages.
Chen Yu escalada les façades comme une ombre.
Nicodème, déchaîné, arrêta une colonne de gardes à lui seul.
Ils sauvèrent Lomé.
Mais une fois la dernière bombe désactivée…
Reiko s’était envolée, avec la médaille, toujours.
Sur le toit d’un immeuble, au lever du soleil
Le trio, couvert de sueur, de poussière et de sang, contemplait l’horizon.
Nicodème s’assit lentement, regarda sa main vide.
— On fait tout… on sauve des vies… on va au bout…
Il respira lentement. Une larme coula.
— Mais on ne réussit toujours pas à récupérer ma médaille.
Silence.
Henry posa une main sur son épaule.
Chen Yu ferma les yeux.
— On n’a pas encore gagné… Mais on n’a pas encore perdu non plus.
Tokyo — Sanctuaire de l’Aube Noire, au cœur d’un quartier discret, camouflé dans l’ombre d’un temple zen millénaire.
La médaille de Nicodème résonnait dans les airs, vibrant d’une énergie invisible. Autour, les murs gravés de runes anciennes clignotaient comme un cœur battant.
Reiko se tenait au centre, la main levée. Derrière elle, Ivy et Tseng veillaient, lames dégainées.
— C’est ici que tout a commencé… Et ici que tout s’achèvera, souffla-t-elle.
Un cercle d’activation apparut au sol.
Mais la porte du sanctuaire explosa.
Henry entra le premier, brisant une colonne d’un seul coup.
Chen Yu surgit en bondissant sur les poutres, rapide comme un éclair.
Nicodème roula au sol et se redressa face à Reiko.
— Ma médaille. Rends-la.
— Tu n’es pas prêt à la porter.
— Peut-être pas. Mais je suis prêt à me battre pour elle.
Le combat éclata. Épique. Intense.
Reiko affrontait Chen Yu. Tseng, face à Henry. Ivy, contre Nicodème.
Les poings fusaient. Les lames sifflaient.
Le cercle d’activation s’approcha du point critique.
Mais Chen Yu, d’un saut prodigieux, renversa le socle central. L’énergie se dissipa.
L’activation était stoppée.
Reiko, furieuse, lança une grenade fumigène.
Une explosion de cendres noires. Et elle disparut… encore.
Cotonou — Le Lac Nokoué, deux semaines plus tard
Au petit matin, trois pirogues glissaient sur l’eau calme.
Sous le lac, une structure dormait depuis des siècles : le Temple de l’Écaille Ancestrale, invisible à l’œil nu.
Le trio, guidé par une carte déchiffrée par le maître, plongea dans les profondeurs.
L’air était dense, la lumière bleue, presque mystique.
Ils remontèrent dans une cavité souterraine, creusée dans la pierre.
Reiko s’y trouvait, assise… les yeux fermés.
Autour d’elle, les derniers membres du Cercle.
Mais cette fois, le trio était prêt.
Henry : rapide et précis.
Chen Yu : fluide et mortel.
Nicodème : furieux et implacable.
Le combat fut long. Poétique. Brutal. Traditionnel et moderne à la fois.
Le style de Scott Adkins, mêlé à la grâce des films de kung fu anciens.
Un à un, les gardes tombèrent.
Reiko tenta de s’enfuir une dernière fois.
Mais cette fois…
Nicodème la rattrapa.
D’un coup de genou, il la fit tomber.
Il tendit la main, arracha sa médaille du cou de Reiko.
Silence.
— Je la récupère. Non pour moi. Mais pour tout ce qu’on a traversé.
— Tu penses avoir gagné ? murmura Reiko.
— Non. Je pense qu’on a empêché le pire.
Cotonou — Quartier Agla, deux jours plus tard
Le soleil tombait doucement, dorant les ruelles poussiéreuses et les toits plats. Le trio marchait, presque apaisé. Nicodème tenait sa médaille autour du cou, comme un talisman retrouvé.
— On dirait que c’est vraiment terminé, dit Henry.
— On va enfin pouvoir souffler, ajouta Chen Yu.
Mais soudain…
Un bruit. Des pas rapides. Une ombre qui surgit d’un mur.
Ivy, en tête, suivie de Tseng et de plusieurs dizaines de gardes, surgissent dans la rue, encerclant les trois.
Le combat éclate immédiatement.
Des coups pleuvent dans tous les sens.
Les gardes sont entraînés, puissants, méthodiques.
Le trio se défend avec rage et maîtrise. Mais ils sont trop nombreux.
Nicodème tente de fuir avec la médaille, la serrant fort.
Mais Ivy le percute d’un coup de pied circulaire dans le flanc.
Il tombe, roule, se redresse — mais Tseng surgit dans son dos.
D’un mouvement vif, il lui arrache la chaîne.
— Non ! crie Nicodème, en se jetant vers lui — trop tard.
Une silhouette avance entre les gardes, posée, élégante, sûre d’elle.
Reiko.
Elle s’approche de Nicodème au sol, s’accroupit, son regard moqueur droit dans le sien.
Un sourire cruel.
— Nico, Nico... tu pensais que c’était terminé ?
Elle éclate de rire. Un rire froid, féroce, presque triomphant.
— C’est maintenant que la vraie bataille commence.
Puis elle se redresse. Un geste bref.
Ivy, Tseng, et les gardes s’effacent avec elle dans les ruelles de la ville, comme des ombres avalées par la nuit.
Le trio, blessé, reste à terre, haletant.
Henry frappe le sol du poing.
— Ils l’ont encore…
Chen Yu regarde l’horizon, sombre.
Nicodème, lui, serre les dents. Plus déterminé que jamais.
— Alors on va leur faire comprendre qu’on ne recule jamais. Pas à Cotonou. Pas ailleurs.
Gbégamey – Cotonou, en fin d’après-midi
Le ciel était couvert, l’air lourd. Les ruelles étaient calmes, presque trop.
Nicodème marchait seul, capuche sur la tête, le regard fixe.
Il savait que Reiko rôdait dans ce secteur. Il l’avait senti.
Et il avait raison.
Au détour d’un vieux terrain vague entouré de murs peints, il la vit.
Reiko, calme, debout sur une dalle, entourée de gardes. Ivy et Tseng à ses côtés.
Nicodème n’attendit pas. Il s’avança d’un pas rageur et cria :
— REIKO ! Rends-moi ma médaille !
Le cri résonna dans Gbégamey comme un coup de tonnerre.
Les passants s’éloignèrent. Le silence tomba.
Reiko tourna lentement la tête vers lui, un sourire narquois aux lèvres.
— Encore toi… Tu n’abandonnes jamais, hein, Nico ?
Elle fit un simple signe de la main.
Les gardes foncèrent. Ivy et Tseng en tête.
Nicodème se battit avec force, colère, style.
Mais ils étaient trop nombreux.
Tseng le frappa au ventre, Nicodème recula, puis Ivy l’attrapa par la nuque, l’envoya contre un mur.
Il tenta de se relever, mais un coup de pied au flanc le fit retomber.
Plusieurs coups de poing le clouèrent au sol. Ivy s’approcha de lui, menaçante.
Reiko s’avança, le regardant de haut.
— Tu n’apprends donc jamais…
Nicodème, à terre, cracha un filet de sang mais murmura :
— Tu ne pourras pas… me garder… à genoux.
Soudain, des cris au loin. Une course.
Henry et Chen Yu arrivèrent enfin, essoufflés.
— NICODÈME !!
Les gardes se retournèrent, surpris.
Mais trop tard. Reiko, Ivy et Tseng disparaissaient déjà dans les ruelles, s’enfonçant dans l’ombre, la médaille toujours en main.
Henry se pencha vers Nicodème, furieux contre lui-même.
— Pourquoi t’es parti seul, frère ?
Chen Yu regardait l’endroit d’où Reiko venait de disparaître.
— Ils ont encore un plan. Et cette fois, ils veulent qu’on se brise entre nous.
Nicodème leva la tête, blessé, mais les yeux brûlants de feu.
— Alors on va se renforcer. Et leur montrer que rien ne peut nous séparer.
Cotonou – Un appartement discret à Akpakpa, le lendemain soir
La pièce était faiblement éclairée. Les trois étaient réunis autour d’une vieille carte de la ville posée sur une table. Les visages étaient tendus. Les blessures visibles.
Nicodème fixait le sol, les poings serrés.
Un silence pesant. Puis il leva lentement la tête :
— Je ne peux pas accepter qu’une femme nous manipule ainsi.
Ses yeux brûlaient de rage.
— Elle joue avec nous comme si on était des pions. Elle se sert de ma médaille comme d’un appât… et je suis fatigué de fuir. Cette fois, on l’affronte.
Chen Yu croisa les bras.
— Tu veux foncer là-bas seul ? C’est exactement ce qu’elle attend.
Nicodème répondit sans hésiter :
— Justement. On va lui donner ce qu’elle veut. Mais à notre manière.
Henry s’avança, l’air grave.
— Tu veux te livrer ?
— Non. Je veux me montrer. La faire croire qu’elle m’a eu, encore une fois. Mais cette fois, vous serez là. Avec des renforts.
Il pointa un endroit sur la carte.
— Cadjèhoun. Entre les rues arrières, y’a un entrepôt abandonné qu’elle utilise comme base. Elle m’y attendra. Seule, elle pensera que je viens supplier.
Henry hocha lentement la tête.
— Et pendant ce temps, nous on se planque autour. Dès qu’elle montre la médaille ou tente de frapper, on surgit. Pas seulement nous : avec des policiers. Cette fois, on l’encercle.
Chen Yu sourit.
— Un piège dans son propre piège…
Nicodème ferma les yeux un instant.
— Mais cette fois, si j’ai Reiko en face, je la laisserai pas fuir. Je veux qu’elle me rende cette médaille, avec ses propres mains.
Henry le regarda fixement.
— Alors on va s’assurer que personne ne bouge tant qu’on n’a pas gagné.
Chen Yu ajouta, en posant la main sur la table :
— C’est maintenant qu’on passe à l’attaque.
Les trois se regardèrent, liés par la même flamme.
La guerre allait changer de visage.
Cadjèhoun – Cotonou, nuit noire
L’entrepôt était silencieux. Abandonné en apparence. Mais à l’intérieur, des ombres bougeaient. Reiko était là, assise sur une vieille caisse, un léger sourire sur les lèvres. Ivy et Tseng, postés dans l’ombre, surveillaient les entrées. Quelques gardes armés montaient la garde en silence.
Un bruit de pas résonna sur le gravier à l’extérieur.
Nicodème entra, seul, mains visibles. Son regard droit, sans peur.
Reiko se leva lentement.
— Nico Nico… encore seul ? Tu n’apprends donc jamais.
Nicodème s’arrêta à quelques mètres d’elle.
— Je suis là pour récupérer ce qui m’appartient. Ma médaille. Tu n’as plus rien à gagner.
Reiko éclata de rire.
— Mais c’est toi qui viens à moi. Encore une fois. Tu me rends service, tu sais.
Elle fit signe à Ivy et Tseng.
Mais soudain…
Des projecteurs s’allumèrent d’un coup.
Des cris de policiers en civil retentirent autour de l’entrepôt.
— POLICE ! Personne ne bouge !
Henry et Chen Yu surgirent des hauteurs de la charpente, fonçant sur Ivy et Tseng avant qu’ils n’aient le temps de réagir.
Nicodème enchaîna un coup de pied circulaire sur le garde le plus proche, puis fonça droit sur Reiko.
Elle tenta de fuir, mais Henry lui coupa la route.
Combat violent. Rapide. Net.
Chen Yu neutralisa deux gardes avec un enchaînement rapide de bras et de jambes. Henry projeta Tseng contre une pile de bidons. Ivy tenta de s’enfuir, mais une patrouille l’intercepta dehors.
Reiko, acculée contre un mur, tenta de se défendre.
Nicodème ne lui laissa aucune chance.
Il la fit tomber au sol d’un crochet du droit. Elle grimaça, sonné.
Il s’agenouilla à côté d’elle, tendit la main.
— Ma médaille. Maintenant.
Reiko, haletante, le fixa un moment. Puis, à bout de force… elle sortit la médaille de sous sa veste et la lui tendit.
Nicodème la prit, et la serra dans son poing.
Un silence tomba.
Henry posa la main sur son épaule.
— On l’a fait, frère. C’est fini.
Chen Yu ajouta en regardant Reiko au sol :
— Ou presque.
Plage de Fidjrossè – Cotonou, au coucher du soleil
Le sable chaud caressait leurs pieds nus. Le vent soulevait doucement les vagues. Le trio était assis face à l’océan, silencieux un instant. Pas besoin de mots.
Nicodème tourna la médaille entre ses doigts, enfin en paix.
— Vous vous rendez compte ? On l’a fait. On a traversé l’Afrique, l’Europe, l’Asie… et on est revenus ici. Comme si tout devait finir là.
Henry sourit, les yeux fixés sur l’horizon.
— Ou peut-être que c’était le début de quelque chose. Une épreuve. Une mission. Une renaissance.
Chen Yu, allongé sur le sable, la tête sur ses mains, soupira calmement.
— Et maintenant, je vous invite chez moi. Vous verrez la Chine comme jamais. On mangera, on s’entraînera… et on oubliera Reiko pour de bon.
Ils se regardèrent. Un rire commun jaillit. Léger. Sincère.
Le lendemain – Aéroport de Cotonou
Chen Yu, Henry et Nicodème montèrent à bord du vol pour Shanghai. Un petit groupe dans la foule, mais avec des cicatrices qu’eux seuls comprenaient.
En plein vol, quelque part au-dessus du continent africain
Le repas était servi. Chen Yu découpait son poulet avec précision.
— En Chine, ce qu’on mange en avion, c’est presque une insulte à notre cuisine !
Henry éclata de rire.
— Frère, ce riz-là est déjà meilleur que celui que j’ai mangé à Berlin.
Nicodème leva son verre.
— À l’amitié. À la loyauté. Et à toutes les bastons qu’on a gagnées.
Chen Yu et Henry levèrent leur verre aussi.
— À la médaille retrouvée ! ajouta Chen Yu avec un clin d’œil.
Nicodème sourit, regardant à travers le hublot.
Loin en dessous, les nuages cachaient les terres qu’ils avaient traversées.
Mais cette fois, tout était calme.
FIN
EMSTORIE Book 05
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